‹ Le déclin de l'EuropeChapitre 45 sur 59 · LES FOYERS DE REVOLTE ÉTATS-UNIS, EGYPTE, INDE · texte numérisé non relu

LES FOYERS DE REVOLTE ÉTATS-UNIS, EGYPTE, INDE

De violentes bagarres entre Blancs et Noirs qui ensanglantèrent au mois de juillet igig les rues de Washington et de Chicago ont ramené en pleine lumière le conflit des races, toujours latent aux Etats-Unis. Il y a dans la situation des Noirs aux États-Unis une curieuse opposition entre le droit et la réalité. En droit, le Nègre est libre ; la loi lui garantit l'égalité ; il reçoit l'instruction ; il peut acquérir des biens ; il joue, partout et surtout dans le Sud, un rôle capital

2'JO LE DÉCUN DE |.^EUBOPE

dans le recrutement de la main-d'œuvre industrielle et agricole ; il parait à son honneur dans les professions libérales, pasteur, instituteur, médecin, avocat. En fait, les mœurs lui demeurent hostiles et, sur de grandes étendues de rUnion, on le méprise et même on le maltraite ; en période troublée, on le lynche ; en temps normal, on le tient à Técart ; tous ceux qui voyagent aux États-Unis remarquent que les gens de couleur ont leurs hôtels, leurs restaurants ; qu'on leur affecte des compartiments spéciaux dans les salles d'attente, dans les gares, dans les tramwajs et qu'on leur interdit, si ce n'est coïnme serviteurs, l'entrée des établissements où fréquentent les Blancs.

Longtemps les Nègres ont accepté cette situation avec résignation. Depuis la guerre, leur attitude change. De l'indifférence et de la lassitude, ils passent au mécontentement et à l'irritation. On les a recrutés pour la guerre; à l'armée américaine, ils ont donné plus de Sooooo soldats ; sous l'uniforme ils ont fait, en face de l'ennemi, hpnneur au pavillon étoile ; ils ont combattu en Europe pour la démocratie ; ils espéraient qu'à leur retour cette démocratie

iVElL DES PEIUFLES 1»1>1GEHES

s'ouvrirait à eux ; mais on leur recoonai la qualité de citoyens ; quand ils son d'Europe dans les villes du Sud, on d pas les regarder alors que les rues se pa pour célébrer leurs camarades blancs vu en France comment les Français leurs soldats de couleur; ils ont vu i laisse s'y mêler à la vie nationale, q reçoit sans la moindre hostilité dans et les restaurants et que la règle des communs est cette égalité familière oublier les différences et les préjuj Nègres américains cessent d'être paf veulent voir cesser l'injustice.

A ces raisons de sentiment et d»

s'ajoute une raison économique qui a un force. Les Nègres comptent maintenas un élément essentiel dans la vie maté rUnioa. Du fait de la guerre, beauooii grants européens qui fournissaient 1 main-d'œuvre furent rappelés dans lei Pour les remplacer dans les mines et li factures, un fort mouvement de migrât s'établit du Sud vers le Nord, migrati tauée sans chef, ni propagande, sotlit

le manque d'ouvriers r elle marque une étape décisive dans révolution du problème noir.

Dans le Sud, les patrons blancs qui voyaient s'éloigner leurs ouvriers noirs comprirent que, s'ils voulaient les garder, il faudrait les payer et les traiter à l'instar des Blancs ; on vit, à Memphis et ailleurs, deis réunions de Blancs et de Noirs où ceux-ci apportaient leurs revendications, demandant à être jugés par des hommes de leur race et exigeant le droit d'entrer dans les syndicats. D'autre part, dans les grandes villes du Nord, à New- York, à Baltimore, à Philadelphie, à Washington, à Chicago, la population noire s'accroissait dans des proportions inattendues. A Chicago afQuaient des dizaines de milliers ae Nègres portant à plus de 126000 personnes en 19 19 l'effectif de la population noire de la ville. Pour cet important groupe d'habitants se fondaient cinq banques, trois coopératives, cinq journaux, sept pharmacies, un hôpital, une compagnie d'assurances sur la vie, une société de construction, des églises, des clubs, des syndicats. Les abattoirs de Chicago, qui employaient avant la guerre de la maind'œuvre étrangère, sont maintenant peuplés de

Page 1