‹ Le décollement de la rétineChapitre 50 sur 81 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

irréalisable, et à cet effet indiquer les moyens les plus simples, auxquels chaque praticien pouvait recourir, pour déceler les déchirures initiales du décollement, les localiser dans un croquis ophtalmoscopique, les repérer à la surface extérieure de l'œil, puis les intéresser dans un processus réactionnel apte à en fixer les bords en une cicatrice commune avec la choroïde sans léser inutilement les régions voisines de la rétine, assurer enfin par les précautions voulues la stabiUté des effets obtenus. C'est dans ce sens qu'avaient été rédigées une série de publications précédentes, mais il importait d'en relever les éléments principaux et de pas laisser la question s'égarer dans des minuties de technique ou des objections théoriques. En fait, les moyens d'assurer l'obturation des déchirures de la rétine sont multiples et leur choix d'importance secondaire, pourvu qu'ils aboutissent au résultat cherché. On peut d'emblée prévoir qu'ils ne sauraient être uniformes s'ils doivent s'adapter aux conditions particulières de chaque cas. Au procédé mis en œuvre tout d'abord et méthodiquement poursuivi dans un but de démonstration, il s'en est ajouté d'autres qui ont heureusement élargi le champ des possibilités opératoires. Rien ne nous permet d'affirmer que, sur ce point, le dernier mot soit dit. A l'action prévue d'emblée du thermocautère, des cautérisations chimiques ou de l'électrolyse, est venue s'adjoindre plus récemment celle du courant à haute fréquence, imprévisible en 1921. D'autres moyens se présenteront peut-être encore à l'esprit des praticiens. Il s'agira de les éprouver et d'en comparer les résultats, comme nous l'avons fait pour les procédés actuellement connus. L'essentiel sera qu'ils répondent aux indications pathogéniques dont un nombre toujours croissant d'opéra- • teurs reconnaît aujourd'hui le bien-fondé.

Le but du présent ouvrage a été de rappeler et de préciser ces indications à la lumière de ce que nous pouvons aujourd'hui considérer comme suffisamment établi. Cette tâche a été facilitée par tous les ophtalmologistes sans parti pris, qui se sont intéressés à la question et se sont efforcés de la faire progresser par des suggestions nouvelles. Je voudrais citer leurs noms, dont plusieurs se pressent sous ma plume, mais je m'abstiens, de peur d'en omettre injustement. Quant aux autres, leurs critiques et leurs objections ont été un stimulant pour l'auteur et une incitation à maintenir avec d'autant plus de persévérance et de conviction ce qu'il croyait, ce qu'il savait être le vrai.

Que notre méthode de traitement ait eu ses zélateurs qui l'ont compromise faute de précautions, qu'elle ait aussi ses détracteurs qui la décrient sans l'avoir suffisamment étudiée, cela ne peut surprendre, si l'on songe que cinquante ans après Daviel, on opérait encore, même en France, la cataracte par l'abaissement du cristalhn.

Les résultats acquis à ce jour ne peuvent être perdus. Si nous comptons personnellement plus de trois cents guérisons certaines et que, dans

le seul hôpital de Moorfields, les succès obtenus par l'ensemble des trois procédés expérimentés par ses chirurgiens ascendaient déjà, il y a un an, à près de deux cents, il n'est pas exagéré d'estimer à plus d'un millier les interventions réussies en ces dernières années par la totalité des opérateurs. Autant d'yeux préservés de la cécité, sinon certaine, tout au moins probable, si l'on en juge des statistiques anciennes. Prenons pour base d'estimation les résultats de nos cinq dernières séries ininterrompues, donnant, pour les guérisons, une moyenne d'environ 50 % : abaissons-la à la moitié, soit à 25 %, moyenne inférieure à celle des autres statistiques, et comparons-la à la fameuse enquête de Vail (1913) portant sur environ 25 000 cas de décollement : ce serait encore vm minimum de 6000 malades guéris, en regard d'une vingtaine annoncés à l'époque par les oculistes américains. En prévision des progrès qui pourront encore être faits dans le domaine de la technique opératoire et dans celui des indications, nous avons le droit d'espérer que ces chiffres seront notablement dépassés et qu'ainsi se trouvera grandement amélioré le pronostic de l'une des causes de cécité qui, pour n'être pas la plus fréquente, n'en comptait pas moins jusqu'ici parmi les plus redoutables.

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