CONCLUSION
Le présent ouvrage n'avait pas la prétention de traiter dans son ensemble le sujet si vaste et si complexe du décollement rétinien. Il s'est borné à l'envisager à deux points de vue : la pathogénie et le traitement local — on pourrait dire symptomatique — de cette affection ; ce sont là deux domaines étroitement liés, mais qui jusqu'à présent semblaient avoir été traités de façon trop séparée par les chercheurs de laboratoire et par les cliniciens.
Nous avons laissé de côté ou n'avons fait que résumer brièvement ce qui n'a plus aujourd'hui qu'un intérêt historique. Les anciennes théories n'ont été rappelées que pour montrer la nécessité de conceptions plus claires sur la nature de la maladie oculaire qu'il s'agissait de combattre. Les détails anatomiques n'ont été envisagés que pour autant qu'ils contribuaient directement à l'étude de la pathogénie du décollement et à l'établissement des indications opératoires ; à cette même fin les descriptions ophtalmoscopiques ont été limitées au strict nécessaire, évitant de reprendre ce qui pouvait être regardé comme suffisamment connu et généralement admis.
Si, néanmoins, le développement de cette première partie traitant de la pathogénie a dépassé ce que d'aucuns auraient jugé nécessaire, c'est qu'il fallait prévoir et réfuter des objections d'autant plus tenaces qu'elles émanaient d'opinions préconçues. En effet, ma tâche du début ne se bornait pas, comme celle des opérateurs d'aujourd'hui, à chercher les meilleurs procédés pour obturer les déhiscences rétiniennes ; elle a surtout consisté à prouver que cette obturation est une condition de la guérison. Cette vérité, que bien des ophtalmologistes regardent actuellement ou regarderont bientôt comme toute simple et naturelle, a nécessité, pour être premièrement acceptée, beaucoup d'efforts, beaucoup de temps et beaucoup d'encre. C'est là un fait qu'il n'était pas inutile de rappeler à l'usage des jeunes ophtalmologistes qui, n'ayant pas connu cette période de discussions, pourraient s'imaginer que le traitement opératoire du décollement rétinien par l'obturation des déchirures est résulté d'une constatation fortuite, comme l'effet hypotenseur de l'iridectomie sur l'œil glaucomateux. Pour enlever à ce traitement spécial toute apparence empirique, il importait que chaque détail opératoire eût sa justification et que chaque résultat constaté trouvât son exphcation dans un fait anatomique bien établi. Il fallait pour cela
commencer par mieux différencier qu'on n'avait l'habitude de le faire les divers types de décollement selon leur origine et leur nature anatomique ; en dégager celui dont l'importance clinique était la plus grande, soit le décollement dit spontané ou idiopathique ; remettre en honneur à son propos les idées de Leber, presque tombées dans l'oubli depuis une quarantaine d'années et partiellement abandonnées par leur auteur lui-même. Il fallait développer ces idées par des observations nouvelles et les étendre à certaines formes de décollement à marche lente, auxquelles Leber avait hésité à les appliquer ; à cet effet, il était nécessaire d'insister plus qu'on ne l'avait fait jusque-là sur l'infinie diversité d'aspect et de dimension des déchirures rétiniennes et sur l'extrême difficulté que leur recherche peut offrir quand elles sont très petites et très périphériques, de façon à faire entendre qu'on ne peut nier leur présence quand elles ont échappé à un premier examen. L'étude du rôle pathogénique de ces déchirures devait être encore complétée par celle des altérations de la rétine, de la choroïde et du corps vitré.
Le chapitre de l'étiologie n'a été qu'effleuré, en considération de l'insuffisance actuelle de nos informations dans ce domaine et dans le simple but d'inciter à des recherches sur une plus large échelle ; je tenais cependant à ne pas le passer sous silence, pour bien rappeler que je ne regarde pas comme suffisantes en elles-mêmes les constatations portant sur les conditions purement locales qui déterminent le décollement rétinien, mais que l'on doit s'efforcer de remonter aux causes premières de cette affection. Le traitement local du décollement, de nature essentiellement chirurgicale et qui n'est, somme toute, qu'un traitement d'urgence, devrait pouvoir être précédé, et même en bien des cas remplacé, par des mesures préventives d'ordre hygiénique ou médical. Il est malheureusement probable que bien du temps s'écoulera avant que ce nouveau progrès puisse être réahsé. Si l'on avait attendu pour traiter localement la cataracte par l'extraction du cristallin ou le glaucome par l'iridectomie, que l'on fût au clair sur leurs causes premières et les moyens de les prévenir, ces deux affections auraient compté longtemps encore parmi les principaux facteurs de cécité.
Réserve faite des précisions que pourront nous apporter plus tard une meilleure connaissance des éléments étiologiques du décollement, la première partie de cet ouvrage comporte un ensemble de constatations positives qui, j'en suis persuadé, conserveront leur valeur ; seules certaines interprétations que j'en ai données pourront être modifiées dans la suite.
Dans la seconde partie, consacrée au traitement, il n'y a qu'un fait qui puisse prétendre à être en quelque mesure définitif, mais il est celui qui en constitue la base et l'originalité : c'est la nécessité crobtenir Vobturation des ouvertures par lesquelles le liquide de Vespace vitréen peut fuser en arrière de la rétine et entretenir le décollement. Il ne suffisait cependant pas d'affirmer cette nécessité : il fallait prouver que ce n'était point là chose