AVANT- PROPOS
Juin 1932.
Dans le discours d'ouverture qu'il fit à Lucerne en 1904, en sa qualité de président du X^ Congrès international d'Ophtalmologie, le professeur Marc DuFOUR, énumérant les progrès que notre spécialité avait encore à faire, citait entre autres «un moyen direct de recoller la rétine ». Il se refusait à croire que ce moyen ne serait pas trouvé un jour ou l'autre, et il ajoutait : « J'ai foi dans la science, et je bénis d'avance celui d'entre nous ou de nos successeurs qui apportera à un futur congrès une bonne, une divine nouvelle, semblable à celle qu'entendit le Congrès de Bruxelles lorsque, par la bouche d'Albert de Graefe, il apprit la nature et la guérison du glaucome ».
Le professeur Dufour était alors sous l'impression, non seulement des insuccès qu'il avait éprouvés, comme tous les autres praticiens, dans le traitement du décollement rétinien, mais aussi de l'incohérence qui régnait dans ce domaine et que nos travaux préparatoires à la rédaction du chapitre des maladies de la rétine pour V Encyclopédie française d^ Ophtalmologie avaient cri'iment mise au jour. Nous avions été frappés du grand nombre des traitements tour à tour proposés puis abandonnés, et surtout de l'absence de méthode qui avait le plus souvent présidé à leur mise en pratique. Bien rares étaient les auteurs qui, en prônant un procédé opératoire ou autre, semblaient s'être fait une idée quelque peu nette de l'affection qu'ils avaient à combattre et des causes diverses auxquelles on doit imputer les différentes formes du décollement rétinien.
« Pour combattre utilement im processus pathologique, il faut en connaître la nature et les conditions anatomiques » ; une vérité si évidente n'avait pas besoin, nous semblait-il, d'être énoncée, et cependant une étude raisonnée de la pathologie du décollement, étude basée sur des faits et non sur des suppositions, nous paraissait avoir été jusque-là trop négligée. Nous avions nous-mêmes ébauché dans V Encyclopédie française d^ Ophtalmologie, sur la base de deux courtes monographies pubUées en 1904, cette différenciation des formes du décollement rétinien selon leur cause anatomique, mais, aucun des traitements en usage ne nous paraissant répondre à ces indications, nous nous étions bornés à en dresser la liste sans nous prononcer sur leur valeur respective.
Après la mort de mon maître (1910), je me suis appUqué à poursuivre, dans des conditions de travail très modestes, l'étude anatomique et ch'nique
de toutes les formes de décollement et spécialement du décollement dit « spontané » ou « idiopathique «. Les résultats de cette double étude ont été résumés en 1919 dans les Annales d'Oculistique, mais j'eus l'occasion de les exposer d'une façon beaucoup plus complète dans le rapport qui m'avait été demandé par la SociétP française d^ Ophtalmologie pour sa session de mai 1920. Ce rapport, où je rassemblai les constatations anatomiques connues à cette époque en les comparant avec les miennes et discutai les diverses théories émises sur la pathogénie du décollement spontané, constitue la base de toutes mes publications ultérieures sur le traitement de cette affection ; néanmoins, comme il parut dans des conditions peu favorables à sa diffusion et ne se trouve plus en librairie, il est resté ignoré de presque tous les ophtalmologistes qui ont dès lors écrit sur la matière, à tel point que plusieurs d'entre eux ont formulé comme nouvelles des idées ou des constatations qui se trouvent déjà consignées dans mon rapport. C'est la raison première qui m'a paru nécessiter la présente pubUcation ; non point que j'attache une grande importance aux questions de priorité, mais dans l'ignorance où ils étaient de la longue suite d'observations qui m'avaient amené à mes conclusions pathogéniques, certains ophtalmologistes ont émis l'opinion que mes résultats thérapeutiques étaient « empiriques ». S'ils appellent une critique, ce n'est au moins pas celle-là, car ma méthode de traitement dérive directement et logiquement d'une conviction longuement préparée et longuement vérifiée touchant le rôle déterminant des déchirures rétiniennes dans la production du décollement dit spontané de la rétine. La nécessité de procurer l'obturation de ces déchirures en opposant du même coup une résistance suffisante aux tractions du corps vitré s'était imposée à mon esprit comme la condition de toute thérapie rationnelle, bien avant que j'eusse rencontré l'occasion favorable à une première tentative opératoire. Il n'y a en ophtalmologie pas beaucoup de traitements, me semble-t-il, qui méritent aussi peu la quahfication d'empirique.
Mon intention première avait été de reprendre, à côté de nouvelles recherches personnelles, la revue critique de toutes les pubhcations touchant la pathogénie et le traitement du décollement rétinien. J'ai dû me convaincre que ce serait là un travail de longue haleine risquant fort de ne paraître qu'à un moment où la question aurait beaucoup perdu de son actuaUté : je me bornerai donc simplement à rassembler et condenser les faits essentiels que j'ai disséminés dans une quarantaine de mémoires, et ne m'arrêterai aux travaux d'autres auteurs que pour autant qu'ils ont trait à mes propres pubhcations. Cette façon unilatérale de traiter le sujet trouve au reste sa justification dans le désir de laisser le champ fibre aux rapporteurs qui doivent exposer dans leur ensemble l'étiologie (Arruga) et le traitement du décollement rétinien (Ovio et Vogt) devant le XIV*^ Congrès international d'Ophtalmologie, à Madrid. Ce congrès répondra-t-il, mieux encore