ACTE IV, SCÈNE VIII 2O
GUILLAUME
Devant votre mine de suppliciée, je m'arrête. Si votre retour a été hâté par quelque goujaterie dont vous répugnez à vous plaindre, ajournons ce sujet... (S'efforçant à sourire.) Le principal, c'est que vous êtes à l'abri des influences, des tentatives même, qui vous auront révolutionnée... Votre nervosité, comme vous dites, n'a plus de raisons d'être... Sinon, quoi? Que voudriez-vous que je
suppose?... (Avec une angoisse qui tâche de plaisanter.) VouS
seriez alors revenue à regret? à contre-cœur? uniquement rappelée auprès de moi par le devoir} Vous seriez inconsolable de ne plus être la châtelaine de là-bas?... Vous ne m'aimeriez plus?
MARIANNE
Mon sentiment pour vous, Guillaume, n'a jamais été si profond qu'en ce moment!
GUILLAUME
Ah! ma chère femme, voilà une assurance qui me fait du bien. Et j'en avais besoin!... Fort de cela, je me charge à présent de dissiper les fan-
tomes que vous auriez encore dans Timagination!... Vos parents s'offraient à prendre soin de vous quelque temps. Mais, pour choyer votre âme, personne ne s'emploiera aussi tendrement que moi, votre mari, moi, votre amoureux...
MARI AN NE, reprise d'une autre épouvante.
Vous n'allez pas m' emmener?
GUILLAUME
Je vais t'emporter chez nous!...
MARIANNE
Oh! Guillaume!
Chez nous ! Devines-tu ce que ces deux mots t'expriment d'impatience dévorée, de dcsi fou!...
MARIANNE, le voyant avancer.
Que voulez-vous?