‹ Le dédale, pièce en cinq actes, en prose. Représentée pour la première fois sur la scène du Théatre-Français, le 19 décembre 1903Chapitre 120 sur 130 · ACTE V, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IX

l'oubli comme je vous l'apporte... Oublions!... Je vous en prie, oublions!...

MARIANNE

Il se peut que votre pardon soit sans réserve, et je vous en admire! et je vous en remercie!... Mais, moi, je n'oublierai pas, je n'aurai pas la puissance d'oublier!... Rappelez-vous que j'ai devant vous hésité, l'autre jour, au seuil de mon aveu, dans une terreur de ses conséquences. Mais vous n'avez eu qu'à m'enlacer de vos bras et à chercher mes lèvres avec les vôtres pour m'inspirer une épouvante plus forte encore. Et la vérité est sortie de moi dans un cri d'agonie, parce que, sous le contact, je sentais se mêler à mon sang le froid éternel de ce qui, entre nous deux, est mort!

GUILLAUME

Ne dites pas cela!

MARIANNE

Je vous dis de ne pas exiger l'impossible. Je

ne peux plus vous appartenir. Je ne serai plus à vous!

GUILLAUME

Jamais ?

MARIANNE, avec une autorité sans appel.

Jamais! Jamais!

GUILLAUME

Oui-da!... Vous avez donc échafaudé tout un plan déjà de nouvelle existence. Et si je ne démolis pas cela, vous comptez y faire la place à M. de Pogis?

MARIANNE

Vous me méconnaissez, Guillaume!... Mes droits à être aimée, mes droits à votre amour ou à Tamour d'un autre, je les ai gâchés, souillés, déchirés!... Mais je reprends mon dernier lambeau de fierté, dans un renoncement farouche à toutes les pensées, à toutes les choses qui, en moi, seraient la femme encore. Je n'ai plus qu'à me dévouer uniquement à mon rôle de mère.

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