ACTE I, SCÈNE V
PAULETTE
Tu me presses de questions! Ma foi! je ne peux rien t'affirmer. Tu as jadis témoigné à Max tant d'amour que la fatuité pourrait le rendre incrédule sur les consolations que Ton t'attribuerait. Je ne le vois pas, en effet, s'avouant que tu Tas remplacé.
MARIANNE
Je peux lui en fournir la preuve indéniable.
PAULETTE
Comment?
MARIANNE
En me remariant.
PAULETTE
Tu ne dis pas cela sérieusement?
MARIANNE
Très sérieusement. Je ne suis pas la maîtresse
de M. Le Breuil. Je me considère comme sa fiancée. Et il est possible que, prochainement, je l'épouse.
PAULETTE
Oh ! Marianne ! Dans notre monde, une femme peut subir le divorce; mais elle ne peut pas en profiter pour s'offrir un nouveau mari. Tu encourrais la réprobation générale !
MARIANNE
Sur quoi se fonde cette réprobation?
PAULETTE
Ah! dame!... Quesais-je?... On n'a pas encore admis qu'une femme s'expose à mettre en présence le mari d'hier et le mari d'aujourd'hui. Il suffit de se représenter sa situation, à elle, entre ces deux hommes !
MARIANNE
Tu trouves plus décente la situation d'une femme entre un mari et un amant?
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PAULETTE
Depuis que ce cas existe, Topinion a eu le temps de s'y habituer.
MARIANNE
D'après ce que tolèrent tes préjugés, ma considération augmente pour ce qu'ils interdisent.
Tu ne veux pas comprendre de quoi se choquent les convenances! C'est de l'attestation officielle que la même femme n'a rien de secret pour ces deux hommes qui sont là, en chair et en os. Mais la femme mariée qui prend un amant n'accomplit qu'une action cachée, où la pudeur mondaine n'est pas invitée à voir. Cela n'est inscrit sur aucun registre, cela ne se sait pas...
MARIANNE
Ah! ouiche!
PAULETTE
S'il en est su quoi que ce soit, nul n'a le droit d'en être certain...
MARIANNE
Vraiment I
PAULETTE
Si quelqu'un acquiert une certitude, par exemple, grâce à une confidence, son devoir est de Foublier.
MARIANNE
Mais, petite malheureuse ! toi, tu es bien certaine, tu ne peux pas oublier qu'ils sont deux vivants, deux bons vivants, je présume, à qui tu partages ta conscience et ta personne, tes instants et ton corps !... Je ne t'entends parler que des convenances d'autrui! Tu n'as donc pas les tiennes?... Est-ce que la façon dont une divorcée comme moi devient, sur des registres, la femme de deux hommes, à des années de distance entre eux, est-ce que cela peut se comparer à leur appartenir, alternativement, dans la chaude réalité?... Non, vois-tu, pour te garder quelque indulgence, j'ai besoin d'envisager les périls que tu braves. Cette audace seule réhabihte un peu la double