ACTE III, SCÈNE IV I
ne se casse jamais? — La pluie!... — Qu'est-ce qui a toujours froid? — La terre!... » Ah! le petit! Comme il doit avoir froid!
MARIANNE
Je voudrais savoir t' exprimer...
PAULETTE, i^vec énergie.
N'essaie pas! Dans ces premières heures où tu goûtes, toi, la délivrance, je ne viens pas empoisonner ton bonheur. Je ne veux pas te coûter des larmes... Mais ne dis rien non plus qui me rende impossible d'étouffer les miennes. Aide-moi à ne pas regarder en arrière.
MARIANNE
Que peut-on faire pour toi ? Qu'est-ce que tu vas devenir?
PAULETTE
Sous ce coup effroyable, mon mari et moi, nous sommes deux pareillement frappés. Il n'y a plus que nous deux qui puissions nous comprendre, nous supporter... Marianne, réponds si
je suis folle, oui ou non, dans cette unique pensée qui me soutienne. Il me sem-ble être assez purifiée par la douleur, pour oser vouloir, de mon mari, qu'il ressuscite en moi l'enfant qu'il m'avait donné. Ne sera-ce pas mon petit luimême qui revivra dans ce sein où je l'ai porté, si le père dont il est né y fait renaître une créature?
MARIANNE
Oui, Paulette! oui! c'est ainsi que tu retrouveras la consolation de ta vie. Tu aperçois bien ce qui redeviendra tout l'avenir de ton âme.
PAULETTE
Pendant qu'avec Hubert je disputais notre enfant à la mort, il m'est apparu, dans cette chair bien-aimée, comment les époux peuvent, en vérité, n'être qu'un dans une seule chair... Mari et femme, ce n'est pas être mariés; cela n'empêche point les divergences, les antipathies, les révoltes, ni, hélas! les trahisons!... Mais, père et mère, on est prodigieusement identiques et unis, et sans attache appréciable avec le reste du monde. On n'est que ces deux-là, sur terre, à pouvoir ne faire qu'un.