ACTE III, SCÈNE IV
MARIANNE, du plus profond de son être.
Tu as senti cela!
PAULETTE, dressant la tête.
Au ton que tu as, je devine que tu Tas senti de même.
MARIANNE
Je ne cesse de me défendre contre une telle impression qui, à moi, ne m'est pas permise. Dois-je te le confier? J'ai là vingt lettres de Guillaume qui, toutes, respirent le plus parfait dévouement pour mon fils. Mais cela sonnait, dans cette atmosphère d'angoisse, comme une voix d'étranger. De bonnes exhortations, des bons souhaits, un bon espoir qui, forcément, ne s'intéressait au destin que par-dessus mon épaule... Tandis que l'autre, ici, à se consumer dans l'épreuve, montrait à mes yeux, non pas mon reflet, mais sa propre flamme. Il me complétait, il me valait! Nous étions vraiment les deux moitiés... Oui, j'ai senti, j'ai dû enfin m'avouer que l'homme qui m'a rendue mère, je ne l'avais pas arraché de mes entrailles!...
IfO LE DÉDALE
PAULETTE
Il n*y a donc partout que désolation! Tu as gardé ton enfant, mais tu as perdu son père.
MARIANNE
En comparaison de ton sort, que pèse le mien? Toi qui m'as interdit de te plaindre, ne me plains pas !
PAULETTE
Je suis prévenue, d'ailleurs, que, dans l'état où tu es, ce serait abuser de toi que de prolonger cet entretien. Il paraît que tu as failli avoir une
syncope !,
MARIANNE
Oui, ma lassitude, par moments, vient à bout de ma volonté!... Mais ne t'occupe pas de cela; restons encore une minute ensemble.
PAULETTE
A condition que tu te mettes au lit.