NOTIONS GÉNÉRALES
Il existe entre la plaine hongroise et la plaine roumaine un territoire montagneux qui les sépare comme un isthme. Elles communiquent pourtant à travers cet isthme par un défilé, au fond duquel coule le Danube (^voiries cartes 1, 2 et 3). C'est h; défilé du Bas- Danube ^
En français, on dit généralement les défilés du Bas-Danube; nous préférons le singulier, comme donnant mieux l'idée d'un tout nettement caractérisé.
Qu'on se figure un gigantesque fossé, tortueux-, de largeur inégale^ (voir carte 2), presque toujours plus large que profond, avec des talus généralement raides*,et de même hauteur d'un bord à l'autre bien que le versant méridional ait paru à M. Lancelot dominer le versant opposé^.
Par endroits, la pente se transforme en falaises de rocher, pleines d'aspérités et de brisures \ Le roc s'y présente tantôt stratifié, tantôt en masse homogène^. Souvent il est à pic; parfois même il surplombe*. Sur certains points, les falaises se font face sur les
1 Szabo, p. 67. — Gm., p. 325. — Hunfalvy, 11, p. 215. — Lancelot, pp. 79, 80. 3 Hunfalvy, II. p. 215. — * Ibid., II, pp. 211, 212, 21i. — 5 Szabo, p. 61. — « Lancelot, p. 79. — ' Hunfalvy, II, pp. 21i, 215. — » Ibid., II, p. 215. — f Ibid., H, pp. 21i, 215.
deux versants ; on dirait qu'elles viennent d'être séparées. Ailleurs, il n'y en a que d'un côté^
Il faut ranger sans doute parmi ces falaises les promontoires dont parle M. Lancelot. « Ces promontoires, dit-il, affectent la forme pyramidale, et leurs assises tombent obliquement-. » Nous avouons toutefois ne nous rappeler aucun détail qui réponde exactement à cette phrase, non plus qu'à celle qui la précède (reproduite d'ailleurs par le guide Joanne^).
En dehors de ces falaises, les pentes sont en grande partie boisées, surtout vers le haut*.
Ces quelques traits font déjà pressentir à quel point le défilé du Bas-Danube doit être riche en beautés naturelles. En effet, il offre aux regards de merveilleux tableaux% « une succession de sites variés et tous admirables^ )>. C'est la plus belle partie du cours du Danube
Le défilé commence au village de Bâziâs^ (voir carte 4) et finit un peu en amont de la petite ville de Turnu-Severinu^. Ces deux localités sont situées l'une et l'autre sur la rive gauche du Danube, la première en Hongrie, la seconde en Roumanie. Car le versant nord du défilé se partage entre ces deux pays (non pas également : la Hongrie en possède les six premiers septièmes. 86 kil. et quelque chose, p. 100). La frontière aboutit au Danube entre la petite ville hongroise d'Orsova (pr. Orchova) et le village roumain de Verciorova. Le versant sud appartient en entier à la Serbie.
Entre Bàziàs et Turnu-Serevinu, la distance en ligne droite est d'environ 103 kilomètres. Le défilé n'en mesure pas moins, grâce à ses détours, 113 kilomètres environ*^. Hunfalvy^% Szabô^- et Boleszny ^ ' ne lui donnent pas plus de 16, 16 i- et 17 milles autrichiens (121 kilomètres et quelque chose, 124 kilomètres et quelque chose, 128 kilomètres et quelque chose), mais ils ne considèrent que la partie du défilé limitrophe de la Hongrie (de Bàziàs à Orsova).
La population très rare du défilé est serbe sur le versant serbe, et roumaine sur le versant hongro-roumain. Ce sont les habitants serbes du défilé qui lui ont donné le nom de Clissoûra, que la carte au -^yri^écrit Klisura, la Notice sur le Danube Klissura^* et Hun-
* Ibid., Iï,p. tîl5. — 2 Lancelot, p. 79.-3 Etats du Danube et des Balkans y p. 98. chelte, J889.~'i Lancelot, p. 79. — Honfalvy, III, p. 202. — 6 Thouvenel, p. 135. — ' Hiinlalvy, III, p. 202. —Thouvenel, p. 13:).—» Szabo, p. 8. — Hunfalvy, III, p. 201. -— y V.tsârhelyi, p. 3. — (im., p. 325. — Carte au 1/75000. — ^ Hunfalvy, Ilï, p. 201. — 1- Szabo, p. y. — 1^ Bolesziiy, p. 9. — Donau, p. 16.
falvy, à la hongroise, Klisszura^ D'après celui-ci, la section du défilé comprise entre Drenkova et Orsova (voir cartel) serait spécialement la Clissoûra Inférieure (Alsô Klisszura- en hongrois) . La carte ^^^"75^00" borne cette appellation de Clissoûra Inférieure (Dolnja Klissura, en serbe) à la passe de Kazan (y compris ce qui précède à partir de Golubinje), c'est-à-dire à une partie seulement de la section visée par Ilunfalvy. Quant au commencement de cette section, jusqu'au cap Greben (avec ce qui précède à partir de Dobra), c'est pour la carte la Clissoûra Supérieure (Gornja Klissura). La Notice sur le Danube est, sur ce point, d'accord avec la carte au —^^^^y mais elle réserve à la passe de Kazan seule la dénomination de Clissoûra Inférieure *.
Il y a ici, comme on voit, une certaine confusion qui demande à être dissipée.
Les montagnes bordières (mais seulement du côté du nord) portent, pour la plupart, des noms roumains. Ilunfalvy répartit ces montagnes entre quatre groupes baptisés chacun du nom de quelque sommet dominant. Ce sont, en allant de l'ouest à l'est (voir la carte 4), le Lokva^ de la plaine hongroise à la vallée de Uj- (pr. Ouy) -Moldova*^; le Kràku-Almas (pr. Krâkou-Almâche)% jusqu'à la vallée de Berzàszka (pr. Berzaska) ^; le Szlretinye (pr. Stretigné), jusqu'à la vallée de la Cserna (pr. Tcherna)'^; le Domoglett, jusqu'à la jonction de la vallée de Topolnitsa avec celle du Danube^". Ces quatre groupes, comme tout le pays montagneux qui leur fait suite vers le nord jusqu'au Maros, et qui forme avec eux les Montagnes du Banat^S comptent, comme éléments principaux de leur structure géologique, des schistes cristallins, du gneiss et du granit^^. Les schistes cristallins jouent aussi un rôle prépondérant dans les montagnes serbes, jusqu'à une grande distance au sud du défilé Dans le voisinage immédiat du défilé, ces roches primitives se mélangent d'une foule d'autres qui font du défilé du Bas-Danube un remarquable champ d'étude pour les géologues. C'est d'ailleurs un champ d'étude à peu près vierge encore; on n'en a guère entrepris, jusqu'à présent, l'exploration détaillée (voir plus haut, p. 2, sous le n"" 11), mais cette tâche est dans le programme des
iHimfalvy, H, p. 212, III, p. 201. —2 ibid.. H, p. 211. — ^ Donau, p. 16. — *Ibid., pp. 15. — Hunfalvv, II, p. 211. — g ibid., II, p. 212. — " Ibid., II, p. 211. — 8 Il)id., II, pp. 213, 214.'^— 9 Ibid., II, p. 214. — Ibid., II, p. 194. — li Ibid., Il, p. 192. — 1-2 Ibid., II, p. 223. — 13 Carte géol. Zujovic. — i^ Hunfalvv, II, p. 224.
l)oaiix travaux que l'Institut géologique de Budapest poursuit en Hongrie depuis 1872 ; l'exécution en est donc assurée pour un avenir très prochain.
Une des questions qui s'imposent naturellement à l'esprit quand on traverse le défilé, est celle même de sa formation. A l'opinion que M. Lancelot dit être celle des géologues, et d'après laquelle le Danube se serait tout bonnement creusé ce passage dans l'épaisseur des montagnes qui arrêtaient son cours*, nous opposerons l'ingénieuse théorie que M. Szabô, lui-même géologue, et des plus distingués, comme on sait, n'a malheureusement fait qu'ébaucher dans une de ses publications.
La voici en deux mois.
Certaines parties du défilé du Bas-Danube- datent de l'époque môme où s'est formé le relief général de la contrée montagneuse qu'il ù^averse^ (courant de l'ère tertiaire*). On les reconnaît aux ondulations souples et rythmées de leurs pentes. C'étaient de longues vallées se suivant bouta bout, mais isolées entre elles par des montagnes^; un chapelet de bassins fermés.
Aune époque postérieure'' difficile à préciser, mais toujours dans le courant de l'ère tertiaire, et certainement avant la période miocène une faille ^ se produisit dans l'écorce terrestre le long de la ligne que dessinait cette succession de vallées ; les montagnes qui les séparaient'^ disloquées parla secousse ^% s'efibndrèrent en partiels et par ces brèches*-, toutes les vallées'se réunirent en une seule, le défilé actuel du Bas-Danube. Les falaises qu'on y rencontre (voir plus haut, p. 5) indiquent qu'à la place qu'elles occupent s'est ouverte quelqu'une des brèches dont nous parlons. Ces falaises sont comme les points d'attache encore subsistants des anciennes barrières disparues
Sur plusieurs points, le relief primitif du défilé a été modifiédans la suite par diverses éruptions volcaniques.
Durant la période miocène, et plus tard encore, le défilé a joué le rôle de détroit entre la mer intérieure qui couvrait alors la plaine hongroise actuelle, etl'autre mer intérieure plus vaste, dont l'extrémité occidentale occupait, en manière de golfe, ce qui est
1 Lancelot, p. 80. — 2 Szabo, p. 67. — 3 ibid., pp. 67, 68. — ^ Uîid., p. 67.
5 Ibid., p. 67.— Gm., p. '^i>r>. —«^ Szabo., p. 67.-7 ibid.^ p. 68. — « Ibid./pp. 67*68 — y U)id., p. 67.— llunnavy(piU.), II p. il6.— h Szabo, p. 67.-1-' ibid., p. 67.— Gm., p. 3^5. — 1^ Szabô, p. 67.
aujourd'hui la plaine roumaine*. Le fond du défilé, comme celui des mers qu'il unissait en sa qualité de détroit, s'est exhaussé successivement de tous les sédiments qui s'y sont déposés", et dont le dernier a été du lœss \ A l'époque du lœss, il dépassait déjà partout en hauteur le niveau actuel du Danube^; sur certains points, il dépassait ce niveau de 180 pieds (56 mètres et quelque chose) \
Quand, à la suite d'un cataclysme ' que nous n'avons pas à raconter, les eaux se Turent mises à baisser dans la grande mer intérieure oùdébouchait le défilé', la pelitemer intérieure à laquelle le défilé communiquait par l'autre bout, et qui occupait, comme nous avons dit, la plaine hongroise actuelle, se vida peu à peu à son tour, par ce défilé, dans la grande mer=^. Il s'élablit donc dans le défilé un fort courant maritime% qui devint plus tard un courant fluvial, — le prolongement du Danube — quand, la mer de Hongrie s'étant tout à fait retirée, il ne resta plus à sa place qu'un réseau fluvial le réseau fluvial actuel de la Hongrie, avec le Danube pour principale artère.
Ce courant, d'abord maritime, puis fluvial, nettoya complètement le défilé de tous les sédiments qu'y avait déposés l'eau tranquille delà mer*-. Actuellement, le Danube coule, dans le défilé, sur un lit qui est presque partout du roc^-^
Toutefois, quelques fragments de l'ancien fond de lœss subsistent encore dans certaines anfractuosités où l'action destructive des flots n'a pas pu les atteindre Ce sont des terrasses suspendues ça et là aux flancs du défilé, véritables témoins qui ont servi précisément à mesurer la hauteur de l'ancien fond disparu
A Szabo, pp. 3, U, 52, 58. —2 ibid., pp. 3, 51. — 3 ibid., pp. 51, 52. — ^ Ibid., pp. 8, 42. — Ibid., pp. y, 2(S. ~ n. 52. — 7 ibid., p. 52. — « ibid., p. 51.
— 9 Ibid., p. 58. — Ujid., p. 8. — Ibid., p. 28. — i-^ Ibid., p. 51. — ^3 Gjii., p. 325. — 1* 8zab6, p. 8. — J-^ Ibid., pp. 9, 28, 42.
Le Danube n'emplit pas, d'un bout à l'autre, toute la largeur du défilé (V. carte 8). Des rives plates le séparent, çà et là, du pied des montagnes. Ce sont proprement des deltas, dus à l'action des cours d'eau afiluents. Au reste, la largeur du Danube n'est pas moins capricieuse que celle du défilé lui-même ^ En certains endroits elle est de 550 toises (1048 mètres)- et même de 1500 mètres^ et plus \ Ailleurs, elle ne dépasse pas 200 mètres sur un point même, elle se réduit à 85 toises (101 mètres)^, le dixième à peu près de la largeur maximum.
La forme du lit fluvial n'est pas plus régulière dans le sens vertical. On a trouvé des profondeurs de 40 mètres', et d'autres bien supérieures encore (comme nous verrons). Presque partout, le tirant d'eau serait suffisant pour permettre le passage des plus grands navires ; mais sur un certain nombre de points il arrive que le fond se relève ^ jusqu'à affleurer presque le niveau des plus basses eaux Sur tel de ces hauts fonds, la profondeur maximum, d'un bord à l'autre, ne dépasse pas 50 centimètres au-dessous de ce niveau
Ces hauts fonds sont pour la plupart des espèces de seuils qui barrent le lit plus ou moins complètement et qui tous dépassent la ligne des eaux d'étiage par un certain nombre (plus ou moins grand) de saillies On compte huit seuils de ce genre : un premier à 44 kilom. de Bàziàs (V. carte 5); un second à 15 kilom. et
1 Gm., p. 325. — 2 Hiinfalvy, III, p. 202. — 3 Gm., p. 325. — ^ Carte au 1/75000.
— ^ Gm., p. 325.— Hunfalvy, III, p. 202.— ' Gm., p. 325.— « Hunt'alvv. lll, p. 202.
— Gm., p. 325. — ''Gm., p. 325. — i^' Gm., p. 325. — VâsMrliclyi, p. 17. — Hunfalvy, III, p. 202. — Gm., p. 325. — Gommisbion rie 187U, p. 99. — 12 Gm., p. 325.
— Cm., p. 325. — Koch, p. 23. — Hunfalvy, IH, p. 202.
LE DKPILÉ 1)1 IJAS-DANIIBE. 11
demi du premier* (à 7500 toises = 14 kilom. 23o, selon M. Ilunfalvy % à 14 kilom. 8, selon la commission de 1874 ^) ; un troisième tout près du second ; un quatrième à 8 kilom. et demi du troisième ' (a 4750 toises = 9 kilom. 008, selon M. Boleszny", à 9 kilom., selon la commission de 1874)^'; un cinquième, un sixième, tout près; un septième à 11 kilom. et un tiers du sixième; un dernier enfin, à 42 kilom. et demi du septième \ Ce huitième seuil n'est autre chose que les célèbres Portes de Fer De là à Turnu- Severinu, la distance est encore de 18 kilom. et demi^
On le voit, les sept premiers seuils occupent à peu près le milieu du défilé (environ un tiers de sa longueur). Le huitième est près de la sortie.
Nous avons fait allusion, dans ce qui précède, au niveau des plus basses eaux. Ce niveau est celui auquel le Danube est descendu le l.i octobre 1834 ^^.11 est marqué zéro à l'échelle d'Orsova^^(V. carte 4). D'après la commission de 1874, jusqu'à cette année de 1874, à compter de 1888 (point de départ des relevés journaliers dont la hauteur du Danube est depuis lors l'objet), nous disons donc, en trente-six ans, pas une seule fois le Danube n'est retourné à son niveau d'étiage. Celte observation ne porte, bien entendu, que sur les neuf mois de l'année pendant lesquels le Danube est libre de glace (ordinairement il se prend en décembre et dégèle en février ^ % Dans ce même intervalle de 36 ans, le Danube est tombé à deux pieds, ou au-dessous, entre zéro et 2 pieds, quarante fois en tout (en moyenne une fois par an) Ce niveau très exceptionnel encore de 2 pieds au-dessus du zéro d'Orsova a été notamment atteint par le Danube le 7 et 8 novembre de l'année 1832 Vasarhelyi, dans son rapport, le prend volontiers pour terme de comparaison.il est indiqué à peu près par le zéro de réchelle de Drenkova ; exactement, ce zéro correspond à une hauteur de 2 pieds 3 pouces (71 centimètres et q. ch.) mesurée sur l'échelle d'Orsova
On le voit à l'inspection des tableaux publiés par la compagnie
des bateaux à vapeur du Danube, de tous les mois de l'année m
1 Carte au 1/75000. — 2 Hunfalvy. III, p. î203. — ^ Commission de 1874, p. 7^2. — * Carte au 1/75000. — Boleszny, p. 30. — ^» Commission <le 1874, p. 73. — Carie au 1/75000. — « Hunfalvy, III, p. ^20-2. — Carte au 1/75000. — ao Vâsârhelyi, p. 8. — Boleszny (Sz.), p. 13.'— Boleszny (Sz.j, p. 13. — ^2 Commission de 1874, p. 68. — ^'^ Tableaux graphiques. — Commission de 1874, p. 08, — Vâsârhelyi, p. G. — ^6 Communication verl»ale des mariniers du Bas-Danube.
pendant lesquels le Danube est navigable, c'est le mois d'octobre qui coïncide le plus souvent avec l'abaissement maximum des eaux\ Vasarhelyi plaçait l'ouverture de la saison d'étiage à la fin d'octobre, et regardait l'été comme l'époque la plus favorable à la navigation ^; mais c'est au printemps qu'ont lieu les crues les plus hautes spécialement au mois demain En juillet, août, septembre, la baisse est de plus en plus forte
Remarquons, à propos des oscillations du niveau, qu'elles n'ont pas la même ampleur sur tous les points du défilée A Orsova, les grandes eaux passent à 5 mètres au-dessus du zéro de l'échelle^ (à 17 pieds = S'^STetq. ch. au-dessus, selon Vasarhelyi) ^ Aux Portes de Fer, la différence entre le niveau de la crue et celui de l'étiage se réduit à il pieds (3" 47 et q. ch.) ^ En général, on estime qu'aux seuils elle est moitié moindre qu'à Orsova
Le débit des grandes eaux est environ vingt fois supérieur au débit d'étiage ^^
Les oscillations du niveau entraînent, comme on pense, des variations correspondantes dans la vitesse du courant. Les variations du courant sont aussi très considérables d'un point du défilé à l'autre. Là où le Danube coule le moins vile, le mouvement des eaux est lent*^; elles n'avancent que de 30 centimètrespar seconde^^. La vitesse extrême est seize fois plus considérable (5 mètres par seconde)^*. Le Danube se précipite alors avec violence Les seuils sont en particulier de ces endroits où le Danube est le plus rapide Cela se conçoit. Les seuils agissent à la façon de barrages; ils exhaussent, en amont, le niveau des eaux, et l'écart entre ce niveau d'amont et le niveau d'aval devient plus grand qu'il ne l'est ailleurs pour une longueur égale. La pente des eaux, entre ces deux niveaux (par-dessus le seuil), est donc plus forte que la pente moyenne, et la vitesse plus forte aussi que la vitesse moyenne
Les tourbillons, Técume et le bruit qui signalent le passage du Danube aux seuils*^ sont dus à cette accélération du courant jointe aux aspérités du fond.
1 Tableaux graphiques. — 2 vâsârhelyi, p. 11. — ^ Boleszny (Sz.), p. 13. — * Tableaux grapliiques. — ^ Boleszny, p. 10. — ^ Vasarhelyi, p. 17. — Commission de 1874-, p. 68. —~' Koleszuy (Sz.), p. 13. — « Vâsârhelyi, p. 17. — ^ Vâsârhelyi. p. 17. — Commission de 1874, p. 68.— Vâsârhelyi, p. 16. — i-^ Hunfalvy, II, p. 215. —
Gm., p. 325. — ^* Gm., p. 325. — Hunfi\lvy, II, p. 215. — Hunfalvy, II, p. 215; III, p. 202. — Gm.,p. 325. — Gm., p. 325. — i« Hunfalvy, II, p. 215; III, p. 202.
Aux endroits où la vitesse dépasse une certaine mesure, elle constitue dans le défilé un obstacle à la navigation ^ Les projets de régularisation adoptés pour le Bas-Danube fixent à 2 mètres par seconde le maximum de vitesse admissible '\
Un autre obstacle à la navigation, dans le défilé, consiste en ce que, la plupart du temps, la couche d'eau qui recouvre les hauts fonds n'a pas, sur certains points, une profondeur suffisante pour laisser passer tous les bâtiments appelés à circuler sur cette partie du Danube^. Certains de ces bâtiments calent 1'"80. Si l'on ajoute les 20 centimètres d'eau nécessaires encore sous la quille pour qu'elle ne coure pas risque de toucher \ cela donne une profondeur d'eau minimum indispensable de 2 mètres, condition adoptée, du reste, dans les projets de régularisation dont nous venons de parler^'. Naturellement, les oscillations du niveau augmentent ou diminuent pour chaque haut fond le nombre des points où cette épaisseur d'eau manque. Mais la plupart des hauts fonds (les seuils, à proprement parler) ne cessent jamais complètement de gêner la navigation, quelque hauteur qu'atteigne le Danube^'. Leur surface est trop inégale.
On remarquera qu'aux seuils, cette difficulté dont il vient d'être question se double d'une autre, que nous avons déjà signalée, et qui résulte de la vitesse du courant.
Il n'est donc pas étonnant ({ue les seuils soient, de tous les points du défilé, les plus difficiles, les plus dangereuxpour la navigation Les bâtiments qui veulent les franchir s'exposent toujours à des risques, — risques d'autant plus grands que le niveau est plus bas,
— à moins d'être dirigés par des pilotes spécialement renseignés sur le régime des eaux et la configuration du lit fluviaP.
Il existe à Orsova un corps de pilotes patentés qui répondent parfaitement à ce besoin. Ils sont au nombre de douze. Suivis de leurs aides, ils prennent, sous leur responsabilité personnelle, la direction exclusive de tous les bâtiments qui parcourent le défilé. Ces aides, qui se forment ainsi à la manœuvre, servent, le cas échéant, â recruter le corps ^.
Mais si habilement qu'on le dirige, il peut arriver à tout bateau
* Gm., p. 3*25. - Communication verbale de M. Wallant, directeur des travaux de régularisation projetés sur le Bas-Danube. — ^ Gm., p. 325. — ^ Communication de M. Wallant. - - » Commission de 1874, p. G9. — Commission de 1879, p. 100.— « Gm., p. 325. — Commission de 1874, p. 05. — Commission de 1879, p. 99. — ^ Gm., p. 325.
— Hunfalvy, lU, p. 202. — « Gm., p. 325. — Commission de 1871, p. 65. — lîoleszny, pp. ti) et 21.
14 LE DÉFILÉ DU DAS-DaNUCE.
à vapeur, que le manque d'eau suffisante (au-dessus de tel ou tel haut fond) lui rende absolument impossible la traversée intégrale du défilé ^ Les grands steamers de la Compagnie du Danube qui calent environ l'"80% — 5 pieds (1"58), selon M. IIunfalvy% 5 pieds et demi (1"73, et non, comme c'est imprimé par erreur, l'"G3), selon la commission de 1874' — les grands steamers, disons-nous, ne peuvent accomplir cette traverséB que pendant 159 jours en moyenne sur les 275 jours que dure la saison de navigation " (du 1'" mars au 31 novembre. La navigation est suspendue en décembre, janvier et février, à cause des glaces. V. plus haut, p. 11).
159 jours sur 275 ne font pas 58 p. 100.
Il suffit que la hauteur du Danube ne dépasse pas le niveau des eaux moyennes, pour que les grands steamers se trouvent incapaljles de franchir certains points du défilé^'. Il faut alors les suppléer, dans ces endroits, par des vapeurs d'un tirant d*eau moindre, construits exprès pour cet usage ^.
Entrons dans quelques développements.
Quand la hauteur du Danube, àOrsova, mesure moins de 8 pieds 4 pouces (2'''63 et q. ch.) au-dessus du zéro de l'échelle ^ (Ilunfalvy dit 8 pieds 6 pouces = 2'^68 et q. ch., dans un passage % et même !) pieds 6 pouces =3 mètres, dans un autre mais il explique ensuite que ces deux chiffres se rapportent à deux états de choses différents, l'un antérieur, l'autre postérieur; entre les deux il y a eu progrès), quand donc le Danube a moins de 8 pieds 4 pouces, les Portes de Fer (V. carte A) sont inaccessibles aux grand steamers (la hauteur du Danube au-dessus de l'étiage est toujours moins forte, nous l'avons vu, aux Portes de Fer qu'à Orsova).
Alors, — si toutefois le Danube n'a pas moins de 7 pieds à l'échelle d'Orsova, — les grands steamers, tout en continuant à circuler dans le reste du défilé, sont remplacés, entre Orsova et Gura Vai, par des vapeurs de dimensions moyennes sans salon sur le pont \ et calant environ 1 "'^-O (4 pieds G pouces = l'"42
1 Gni., p. 325. — Lancelot, p. 81. — - Communication de M. AVallant. — ^ Hunfalvy, in, p. 205. — ^ Commission de 1874, p. 69. — ^ Tableaux graphiques. — G Gm., p. :m, — " Gm., p. 325. — Bolesznv, p. 73. — « Boleszny, p. 19. — » Hnnfalvy, III, p. 205. — Hunfalvy, III, p. 202. — ^ Hunfaivy, III, p. 205. —
}io\eszny, p. 19. — ^3 Boleszny, p. W. — Tableaux graphiques. — Communication de M. Wallant.
et q. ch., d'après Boleszny^). Le service a lieu de la sorte, en moyenne, 32 jours par an %
Quand la hauteur du Danube, à Orsova, mesure moins de 7 pieds (2'"21 et q. ch.) au-dessus du zéro de l'échelle, la portion du défilé inaccessible aux grands steamers comprend, outre les Portes de Fer, tout l'ensemble de hauts fonds situé entre Drenkova et Tiszovicza (pr. TiroYitsa)'\
Alors, — si toutefois le Danube n'est pas trop bas — les steamers de grandeur moyenne remplacent les grands steamers depuis Drenkova jusqu'à Gura Vai
Le service a lieu de la sorte, en moyenne, 27 jours par an '\
M. Boleszny contredit un peu ce qui précède. Selon lui, toutes les fois que le Danube a moins de 7 pieds, les Portes de Fer sont inaccessibles môme aux steamers de grandeur moyenne ^\ En réalité, pour que cela arrive, il faut que le niveau du Danube soit inférieur à 7 pieds d'une certaine quantité \
Quand la hauteur du Danube, à Orsova, tout en mesurant plus de 5 pieds (1"'58) au-dessus du zéro de l'échelle % est telle néanmoins que les steamers de grandeur moyenne ne puissent pas franchir les Portes de Fer, ces bâtiments s'arrêtent en amont du seuil, et pour le faire passer, la Compagnie emploie des petits vapeurs * qui ne calent pas plus de 70 centimètres et qui naturellement n'offrent pas un grand comfort.
Le service a lieu de la sorte, en moyenne, également 27 jours par an
Quand la hauteur du Danube, à Orsova, ne mesure pas plus de 5 pieds (1°'58) au-dessus du zéro de l'échelle, ce ne sont pas seulement les Portes de Fer qui sont inaccessibles aux steamers de grandeur moyenne, mais encore tout cet ensemble de hauts fonds que nous avons déjà signalé entre Drenkova et Tiszovicza (pr, Tiçovitsa)
Alors — si toutefois le Danube n'a pas moins de 4 pieds (1°'26 et q. ch.) — les steamers de dimensions moyennes sont remplacés par les petits vapeurs de cî*" classe depuis Drenkova jusqu'à Gura Vai
1 Boleszny, p. 20. — - Tableaux graphiques. — ^ Boleszny, p. 20. — Bolcszny> p. *20. — Tableaux graphiques. — '-^ Tableaux graphiques. — « Boleszny, p. SOi — ' Tableaux graphiques. — » Boleszny, p. 20. — Tableaux graphiques. — ■ Communication de M. Wallant. — Tableaux graphiques. — Boleszny, p. 20. — ^^ boleszny, p. 20. — Tableaux graphiques.
Le service a lieu de la sorte, en moyenne, 10 jours par an Entre Bazias et Drenkova, la circulation des grands steamers n'ôst interrompue que si la hauteur du Danube à Orsova mesure au plus 4 pieds 8 pouces (l"'^? et q. ch.) au-dessus du zéro de l'échelle \
Alors — si toutefois le Danube n'a pas moins de 2 pieds 0 pouces (O^'TO) — les grands steamers sont remplacés e.ntre Moldova et Drenkova par des steamers de dimensions moyennes '\
Voyons maintenant par quels niveaux se réalise ce que nous avons dit sur l'impossibilité, en certains cas, pour les bateaux à vapeur quels qu'ils soient, de traverser le délilé dans toute sa longueur (M. Lancelot exagère en étendant celte impossibilité « même aux simples barques conduites par des rameurs* ». Il n'y a pas de haut fond que de légers canots, calant »iO à 40 centimètres, ne puissent franchir môme à l'époque de l'étiage. Il est vrai qu'ils courent continuellement risque de toucher').
Pour revenir : nul steamer de la Compagnie ne se hasarde sur les Portes de Fer, dès que la hauteur du Danube à Orsova mesure moins de 4 pieds (1"':26 et q. ch.) au-dessus du zéro de l'échelle.
Alors — si toutefois le Danube n'a pas moins de 2 pieds 6 pouces (0'"79) — le service des vapeurs de 3^ classe a pour points terminaux Drenkova et les Portes de Fer''. Quant au seuil luimême, les voyageurs le côtoient en voiture La Compagnie met à leur disposition des diligences % que M. Lîoleszny dit commodes et élégantes"'. Les marchandises sont transportées à force de rames
D'après M. Ilunfalvy, les hauts fonds situés entre Drenkova et Tiszovicza (pr. Tiçovitsa) ne seraient accessibles aux bateaux à vapeur que par des niveaux mesurant à Orsova plus de 4 pieds (i'^^ô et q. ch.) au-dessus du zéro de l'échelle On voit que cette assertion, vraie peut-être autrefois, ne l'est plus aujourd'hui. La navigation à vapeur ne cesse absolument entre Drenkova et Tiszovicza (pr. Tiçovitsa) que si le Danube a moins de 2 pieds 6 pouces (0-79).
Alors, le trajet se fait en voiture, d'une part entre Drenkova et
i Tableaux graphiques. — - Boleszny, p. 24. — ^ Boleszny, pp. 21, 24. — ^ Lancelot, p. 8J. — ^ Gm., p. 325. — Boleszny, p. 20. — Tableaux graphiques. — «Lancelot, p. 81. — Boleszny, p. 10. — Boleszny, p. 73. — Uunlalvy, 111, p. 202.
Tiszovicza (pr. Tiçovitsa)* — M. Lancelot dit Orsova % mais c'est par erreur — , et d'autre part entre Verciorova et Gura Vai, ou même Verciorova et Turnu-Severinu, si les eaux sont exceptionnellement basses. Entre Tiszovicza (pr. Tiçovitsa) et Verciorova, le service est fait par des vapeurs.
Les grands steamers pénètrent par en bas dans le défilé jusqu'à Gura Vai (à moins qu'ils ne doivent s'arrêter à Turnu-Severinu).
Dans la partie supérieure du défilé, entre Moldova et Drenkova, les vapeurs de grandeur moyenne ne peuvent plus circuler, et cèdent la place aux vapeurs de 3* classe ^
Le service a lieu de la sorte en moyenne 8 jours par an. Toutes ces moyennes ont été calculées d'après des observations embrassant une période de quarante années (de 4840 à 1879) \
On voit que la navigation, dans le défilé du Bas-Danube, est suffisamment compliquée d'embarras. C'était bien pis jadis. 11 n'y a pas cinquante ans que les vapeurs circulent régulièrement dans le défilé en aval de Moldova ^ Le transport des personnes et des marchandises avait lieu dans de légères petites barq^ues-- ^* m ou sur des bâtiments halés ^ Dans ces conditions, le voyag^e. se faisait, comme on pense, avec une lenteur extrême*, et cc^itaportait des accidents qui n'étaient pas toujours exempts de morL d'homme '\ Le halage surtout était dangerèiix àii pied des falaises où ne passait aucun chemin / >■/
L'illustre patriote et réformateur hongrois, le comte .Étiéniie Széchenyi (pr. Sétchégni) — dans la pensée d^'ouvrir les m^a^chés de l'Orient au commerce et à l'industrie de son payr"^ lança le premier l'idée de transformer en voie navigable le défilé du Bas- Danube. Il n'eut pas seulement l'initiative de l'œuvre il y prit personnellement part en qualité de commissaire royal. Commencés en 1832 les travaux continuèrent pendant un certain nombre nombre d'années, sous la direction de l'éminent ingénieur hongrois Vasarhelyi (pr. Vâchârheilli) que nous avons déjà cité plus d'une fois. Le travail le plus important qu'on exécuta fut de recueillir, au moyen d'études approfondies, un vaste ensemble de documents exacts relatifs au défilé ^\ Des échelles, établies à Mol-
^ Bolcszny, \). 21. — ^ Lancelot, p. 81. —^^ Boleszny, p. 21. — Tableaux graphiques. ^' I>oleszny^ p. 24. — ^ Bolesznv, p. 24. — Boleszny (Sz.), p. 13. — ^ Boleszny (Sz.) p. 13. — *^ Holeszny (Sz.) p. 22. — Boleszny (Sz.) p. 13. — Bolesznv (Sz.fp. 22. 11 Gni., p. 320. — 1^ Boleszny (Sz.) p. 8. — Gm., p. 326. — Bolesznv (Sz.), p. 8. — i^Gm., p. 326.
clova et à Orsova, permirent entre autres d'oJ3ser\er le régime du Dc^nube \ L'exploration du lit fluvial - fut grandement favorisée par la baisse extraordinaire des eaux qui signala les deux automnes de 1832 et de 1834 ^ La première fois, on s'en souvient (V. plus haut, p. 11), l'eau descendit à Orsova jusqu'à deux pieds au-dessus du zéro de l'échelle; la seconde fois, on s'en souvient encore (V. plus haut, p. 11), il fut convenu que le niveau le plus bas où le fleuve était tombé serait pris à l'avenir pour niveau d'étiage.
On releva particulièrement les seuils avec une minutieuse précision ce qui permit à Vasarhelyi d'en dresser les plans '\ Ces plans sont datés du 15 décembre 1834 ^. Vasarhelyi leur attribuait non sans raison une grande importance. Il ne les aurait pas cédés
— dit-il dans son rapport — contre n'importe quel chef-d'œuvre de la peinture \
En dehors de ces travaux d'exploration, on tâcha aussi, mais dans une f^xible mesure, d'améliorer la configuration des seuils. Tout se borna à faire sauter quelques pointes de roc, le long de la rive gauche, pour faciliter le halage \
Ceci n'était rien. La connaissance exacte du lit fluvial eut de bien autres conséquences. Par elle, le défilé se trouva ouvert à la navigation à vapeur ^. On savait maintenant quel chemin suivre à travers les hauts fonds, et sur quel tirant d'eau on pouvait compter selon les divers états du Danube Le service des steamers put donc s'organiser de la manière que nous avons décrite : la Compagnie qui créa ce service fît tout au plus sauter encore quelques écueils, jugés les plus dangereux sur la ligne de parcours adoptée
Le résultat obtenu était considérable. Széchenyi (pr. Sétchégni) s'en était proposé un plus complet^-. 11 aurait voulu que la navigation ne rencontrât jamais d'obstacle, quel que fût le niveau du Danube Dans cette vue, Vasarhelyi (pr. Vâchârheilli) avait élaboré un projet de travaux pour la régularisation du lit fluvial (183^) ^^ Mais le gouvernement central de Vienne était hostile à l'idée de môme que le gouvernement turc intéressé dans la
i Boleszny (Sz.), p. 8. — Vasarhelyi, p. 11. — 3 Boleszny (Sz.) pp. 8, 14, 15. — i Boleszny (Sz.) pp. 4, 8. — Vasarhelyi, p. 11. — Boleszny (Sz.), p. 13. — > Vâsârhclyi, p. 11. - Boleszny (Sz.), pp. 4, 15. — Gm., p. 326. — Commission de 1874, p. 05. — Boleszny (Sz.), pp. 4, 23. — i<> 15olesznv (Sz.) p. 15. — Commission de 1874, p. 65. — i-^Bolesznv (Sz.), p. 23. — Bolesznv (Sz.,) p. 23.— Lancelot, p. 82.
— i> Gm., p. 326. — 1^ Bolesznv (Sz.), p. 23. — Lancelot, p. 82. — ig Lancelot, p. 82.
question par ses provinces serbes et roumaines. L'ari^ent nianqua* ; on ne fit rien \
Depuis, d'autres projets de régularisation ont successivement vu le jour, et sans plus d'effet ^ Ils se basent tous sur les données de Vasarhelyi (pr. Vachârheilli), plus ou moins complétées par des observations ultérieures*. L'un de ces projets, sollicité en 1871 parla Compagnie même des bateaux à vapeur du Danube, a pour auteur l'ingénieur William Mac Alpine, connu par de grands travaux hydrauliques en Amérique. Un autre est l'oeuvre d'une commission internationale nommée en 1874 par les trois gouvernements d'Autriche, de Hongrie et de Turquie "'. En 1879, une commission d'experts étrangers convoquée par le gouvernement hongrois à l'occasion des inondations de la Tisza levit et corrigea le projet de la commission internationale^'. Nous avons mentionné en tete de notre travail, dans la liste des sources auxquelles nous avons puisé, les rapports de ces deux commissions, ainsi que ceux de M. Mac Alpine et de Vasarhelyi (n°^ 3, 4, 13, 20).
Ce n'est qu'en i888 que le gouvernement hongrois s'est arrêté à un projet définitif (à peu près celui de la commission internationale amendé par la commission de 4870). La législature a voté les fonds. Les travaux, inaugurés (pour la montre, dit-on) l'année dernière, vont s'ouvrir tout de bon en 1890\
Une grande route traverse le défilé d'un bout à l'autre, sur la rive gauche ^ Elle n'est pas large (M. Nagy prétend que deux voitures ont besoin de précautions pour s'y croiser-^). Elle court a un niveau assez rapproché de celui du Danube suspendue aux pentes à moins que le bord ne soit plat (ce qui est l'exception^^). Sur un certain nombre de points ^'^ (M. iNagy dit : sur énormément de points ^^) elle est taillée dans le roc^Mu côté de la montagne, tandis que du côté du lleuve elle s'appuie sur des murs de soutènement^^ (M. Nagy les déclare gigantesques^') couronnés de parapets Au dire de M. Lancelot, la route parfois empiéterait môme sur le fleuve, et reposerait sur une base artificielle de blocs arrachés aux falaises voisines Ceci nous paraît une erreur d'optique,
1 Boleszny (Sz.), p. '23. ~- Gm., p. — Donàuverein. p. Vï. — Gm., p. 326. — ^ Donàuverein, [), VI. — ^> Donàuverein, p. VIL — Communication verbale de M. Wallant. — s ^agy, p. 236. — Lancelot, p. 8J. — Gm., p. 326. — Bolesznv (Sz.), p. 12. — Carte au 1/75000. — Na^^v, p. 236. — Bolesznv (Sz.), p. 12. — Nagy, p. 236. — Lancelot, p. 81. — ^-^ Carte au 1/75000. — i-* Gm., p. 326. ~ Nagv, p. 236.-1^ Nagy, p. 236.— Bolesznv (Sz.), pp. 13, 14.— Gm., p. 326.— i«Boleszny (Sz^ p. 14.— Nagy, p. 233.— Nagy,p. 236.— i« Boleszny (,Sz.), p. 14.— i"Lancelot/p. 81.
20 LE DÉFILÉ DU BAS-DAPsUDE.
comme les viaducs que M. Nagy laisse entrevoir au lecteur, coupant de profondes vallées latérales*. Du moins, les ponts sont-ils en grand nombre, à cause de la multitude des affluents.
Les travaux d'art qu'a nécessités la construction de cette route en font une œuvre véritablement grandiose % une merveille « qui peut rivaliser avec les grandes créations des Romains ». Aussi est-elle célèbre^, à juste titre. EUepoi tc un nom : elle s'appelle Route Széchenyi (pr. Sétcliégni) % en l'honneur de ce même Széchenyi dont nous avons déjà fait mention; car c'est encore lui qui en conçut l'idée^, qui en fit décider et qui en surveilla la construction % non pas seulement entre Orsova et Dienkova (V. carte 4), comme le dit M. Lancelot^, ni même entre Orsova et Moldova seulement, comme le dit M. Hunfalvy % mais sur toute la longueur du défilé Los travaux furent exécutés dans le même temps et par le même personnel que ceux qui avaient pour objet le lit fluviar' (V. plus haut, p. 17).
L'ancienne route (car il y en avait une) ne se composait que de tronçons interrompus par les falaises qu'il fallait tourner en faisant chaque fois un circuit dans la montagne *-. Sur quelques points seulement elle était taillée dans le roc^^, par exemple de Bazias(pr. Baziâche) à Divics (pr. Divitche)^*. Cette section de la route portait le nom de Clé de Dazias. Elle était fort étroite (n'ayant pas plus d'une toise et demie, deux toises, 2"'85 et q. ch. — 3"79 et q. ch., de large ^^) et mauvaise^'. Toute la route, d'ailleurs, à peu d'exceptions près, était mauvaise et tracée au hasard
On en utilisa quelques parties en les améliorant; il fallut créer le reste
On commença les travaux en 1834 A la fin de l'année, toute la seclion de Bazias (pr. Bciziàche) à Plavisevicza (pr. Plavichevitsa) était déjà prête. Restait le plus dur : la traversée de la passe de Kazan (pr. Kazann) -\ où d'immenses parois de rocher plongent, souvent à pic, dans le Danube--. On aborda la passe de Kazan au printemps de 1835 -".Les progrès furent très pénibles quoiqu'on
A Nagy, p. ^236. — Uunfalvy, H, p. t>l8. — ^ Lancelot, p. 8t. — ^ Boleszny (Sz.), p. 12. — Nagv, p. 236. — Carte uu 1/75000. — Nagy, p. ^36. — g Gm., p. :>26. — Nagy, p. 236. — Lancelot, p. 81. — « Lancelot, p, 81. — ^ Hunfalvy, H, p. 218. — 10 Boïeszny (Sz.), pp. 1:2, 13, — Boleszay (Sz.), passim. — ■ ^- Boleszny (Sz.), p. 13.
— ^-^ Vj'isârhelyi, pp. 5, (>. — Vas.irlielyi, p. 6. — ^'-'^ V;'jsâr}iclyi, p. 5. — Yasârhelyi, p. 9. — Yasârhelyi, p. 5. — Vijsârlielyi, p. G. — ^'^ Boleszny (Sz.), p. 13.
— 20 Boleszny (Sz.), p. 13. — Nagv, p- 236. — 21 Boleszny (Sz.), p. 18. — 2- Boleszny (Sz.), p. 20. — 23 Boleszny (Sz.), p. 18. — 21 Boleszny (Sz.), p. 20.
employât jusqu'à 3000 ouvriers^ A la fin de 18rî6,la route n'était pas encore terminée dans la passe-. L'année suivante on acheva ce qui restait à faire jusqu'à l'extrémité inférieure du défilé, et la route Széchenyi (pr. Sétchégni) fut livrée à la circulation ^ Elle le fut donc en 1837, et non en 4857, comme le fait dire à M. Lancelot sans doute une erreur typographique ^
L'ouverture de celte route si coûteuse^ réalisait de grands avantages. Le parcours du défilé devenait facile pour les voitures^. Car auparavant, pour éviter les falaises, comme nous l'avons dit, il fallait franchir de hautes montagnes couvertes d'épaisses forets, et accessibles seulement aux chariots à bœufs \ En second lieu, il devenait possible de maintenir ia navigation à vapeur dans le défilé par tous les états du Danube'^ ; aux endroits où le manque d'eau empêchait les steamers de passer, la route pouvait servir à continuer le voyage soit en voiture (ainsi que cela se fait maintenant, comme nous avons vu, — V. plus haut, p. 16), soit en bateau, à l'aide du halage^. En effet (troisième avantage), grâce à la route, le halage n'offrait plus les mêmes difficultés et les mêmes dangers qu'autrefois *^
Sur la rive droite, il n'y a pas de chemin continu, d'un bout à l'autre du défilé. Il y en avait un du temps des Romains Il faisait partie de cet ensemble de routes excellentes dont ils ont bordé la rive droite du Danube depuis Uatisbonne jusqu'à la mer Noire Le tronçon compris dans le défilé fut construit sous les empereurs du i^'^ siècle et sous Trajan sous Trajan seulement, dit Vàsàrhelyi^^ sous Tibère et Trajan, dit M. Boleszny^^ Il servait au halage et aux bêtes de somme*\ On en voit encore ça et là des traces dans le bas des falaises, depuis Ogradina^'^ (V. carte 4), en remontant le défilé (mais sur la rive droite, répétons-le), jusqu'aux environs de Drenkova^^, en face de Tembouchure du Szirinya^*, et même jusqu'au château en ruine de Goloubàtss, s'il faut en croire M. Ilunfalvy--. Ces traces sont de deux sortes : d'une part, des excavations pratiquées dans le roc comme pour un chemin en corniche, d'autre
1 Bolesznv (Sz.), P- 18.— 2 Boleszny (Sz.), p. 21. — ^ Bolesznv (Sz.),p. i>-2. — Nagy, p. 230. — i Lancelot, p. 81. — ^ Bolesznv (Sz.), p. 12. — « Boleszny (Sz.), p. 13. — Nagy, p. 236. — Boleszny (Sz.), p. 13."— « Lancelot, p. 81. — *J Boleszny (Sz.), p. 12. — 10 Boleszny (Sz.), p. 22. — Hunfalvy, II, p. 21<S. — Boleszny (Sz.), p. 4. — Donauvcrein, p. IV. — i- Bolesznv, p. 22. — liolcsznv (Sz.), p. 2i. — i-^ Donauverein, p. IV. — Vâsârhelyi, p. 8. — Boleszny (Sz.), p. 4. — i« Hunfalvy, II, p. 218. - Donauvcrein, p. IV. — Donauverein, p. IV. — Boleszny (Sz.), p.^d. — Hunfalvy, II, p. 218. — 19 Vâsarhelyi, p, 8. — Hunfalvy, II, p. 218. — Boleszny (Sz.), p. 4-. — 20 Boleszny (Sz.), p. 4. — 21 VâSMrhelyi, p. 8. — Hunfalvy, II, p. 218.
part des rangées hoiMzonlales plus ou moins longues de trous carrés ^ Ces trous servaient à maintenir les poutres^ qui soutenaient la route; en effet, celle-ci n'était creusée dans le roc que sur une moitié de sa largeur; Tautre moitié faisait saillie au-dessus de l'eau en forme de balcon \ Cette explication, du reste, n'est pas universellement admise.
Un fait remarquable d'histoire naturelle caractérise encore le défilé du Bas-Danube. C'est la présence d'une mouche d'espèce particulière, et dont la réputation s'étend au loin^. Les ^Serbes de l'ancien Banat (comitats de Torontal, de ïemcs [pr. Témèche], de Krassô [pr. KrachôJ, de Szôrény [pr. Seurègne]; V. carte 0), l'appellent simplement mouche (muva); les Valaques, mauvaise mouche (musca reu); les colons allemands de Uj-(pr. Ouy) -Moldova (V. carte 6), et en partie ceux de Fejértemplom (pr. Feyêr...) et de Versecz (pr. Verchetss), cousin de Goloubâlss (Kolumbatscher Miicke \ — Goloubatss est, comme on vient de voir, le nom d'une ruine située dans le défilé^*. On le corrompt fréquemment en Koloumbâtche^). Le reste de la population allemande de Fejértemplom et de Versecz appelle l'insecte dont nous parlons Schnocken ^ . Les Hongrois l'appellent ynouche de Goloubâlss (Kolumbacsi légy^). Son nom scienl'ifique esl Simulia kolumbaczensis^^.
Une opinion très répandue fait naître les mouches de Goloubatss dans une grotte voisine des ruines de ce nom ; voilà pourquoi on les appelle ainsi
La mouclie de Goloubatss est parente du moustique (mosquilo) et de la mouche tsétsé, qui désolent l'un l'Amérique du Sud, l'autre l'Afrique centrale.
Elle n'est pas moins nuisible que ses deux célèbres congénères « Epouvantables inexprimables ^ ^% sont les dégâts qu'elle com-
1 Notes personnelles. — Hunfalvy, H, p. 218. — 2 llunfalvy, II, p. 218. — ^ Donauverein, p. iv. — ^ Tomosvâry, p. 1. — ^ Ibid., p. 1. — ^» Ibid., p. 2. — " Boleszny, p. 16. — STômosvâry, p. 1. — 9 Ibid., p. 1. — ISagy, p. 236. — ^0 Tomosvâry, p. 1. —
Ibid., p. 2. — Ibid., p. 1. — Ibid., p. 3. — i^Ibid., p. 15.
met, au dire de M. Tômôsvary. Son apparition constitue un véritable fléau \ et répand la terreur \
Ce n'est pourtant qu'une toute petite bestiole, à peine longue de 2 à 2"''"5. Mais elle se nourrit exclusivement du sang d'animaux à sang chaud \ et s'en montre fort avide''. Pour satisfaire cette avidité, elle possède tout un arsenal d'armes offensives, je veux dire des instruments de perforation et de succion d'une perfection admirable, et d'une grande puissance relative. Ces organes sont placés dans sa bouche".
La piqûre d'une mouche de Goloubatss fait bien plus mal qu'une piqûre de cousin. Chez certaines personnes l'enflure qu'elle provoque atteint jusqu'à la grosseur d'une noix, avec accompagnement de fortes démangeaisons et même de fièvre Cela ne tient pas seulement à ce que la peau a été entamée. Quand elles font une plaie, les mouches de Goloubatss ont l'habitude d'y faire couler de leur bouche une espèce de salive que leur fournissent des glandes spéciales; le but de cette opération est d'éclaircir le sang et de le rendre plus facile à pomper. Or ce liquide est fortement vénéneux \
Un certain nombre (très considérable) de piqûres simultanées peut amener la mort^ Aussi, quand un animal est attaqué par tout un essaim de ces mouches, son salut dépend du succès de la défense qu'il leur oppose. L'homme est le mieux organisé pour cette défense; il est donc rare qu'il périsse. Maison a des exemples d'enfants au berceau, qui, laissés seuls en plein champ, ont été tués par les mouches de Goloubatss. On cite aussi le cas d'une femme court-vêtue qui fut tellement piquée aux jambes qu'elle en mourut \ Parmi les animaux domestiques, le cheval sait le mieux se tirer d'affaire. 11 agite la queue, fronce la peau, se roule à terre, etc. Les bœufs sont déjà bien plus exposés. Les plus malheureux sont les cochons anglais, parce qu'ils n'ontpas de poil qui les garantisse, et les buffles, qui ne font rien pourchasser leurs minuscules assaillants
Précisons, et voyons ce qui se passe quand une nuée de ces mouches fond surun bœuf ou sur une vache.
Elles s'abattent sur tout le corps de la béle, mais se fourrent plus particulièrement dans les plis de là peau, et recherchent aussi
1 Tômôsvary, pp. 2, 14. — 2 Ibid., p. 10. — 3 Ibid., p. 6. — 4 ibi.l., pp. 3, \0. — Ibid., p. 10. — G Ibid., p. 11. — ^ Ibid., p. 13. — 8 Ibid., p. 14. — Ibid.. p. 11. ~ Ibid., pp. 10, 11. — il Ibid., p. 11.
de préférence la tête, le cou, le poitrail, le ventre, les jambes, les organes génitaux, tous les endroits où le poil est ébouriffé ou rare^ Des qu'une mouche s'est frayé un chemin à travers le poil jusqu'à la peau, d'autres en foule se pressent à sa suite et viennent s'entasser autour du même point, qu'elles se mettent toutes ensemble à piquer et à sucer. Chaque paquet de mouches compte 30 à 60 individus, et il y a trois ou quatre de ces paquets sur un espace grand comme la main ^. Une fois repues, les mouches se laissent tomber à terre, et meurent bientôt \
Cependant les plaies de l'animal se mettent à enfler ^. Au bout d'une demi-heure ^ son corps est couvert de tumeurs^ plus ou moins grosses;^ (hautes de 1 à 2 centimètres, et d'un diamètre de 3 à 4 centimètres) % où le poil se redresse, hérissé % et d'où le sang ruisselle avec abondance. L'animal éprouve de vives souffrances et tombe bientôt malade. Trois ou quatre heures plus tard, il expire. Avec des soins on peut retarder la mort et même l'éloigner tout à fait, si l'on applique à temps les remèdes voulus
La maladie et la mort de l'animal tiennent à trois causes :
1° Aux plaies, qui interrompent le fonctionnement de la peau ;
2" A la grande quantité de sang que l'animal a perdue (quoique petites, les mouches en absorbent beaucoup, vu leur nombre) ;
3° A l'empoisonnement. La salive des mouches, qui se mêle au sang de Tanimal, est, comme nous avons dit, vénéneuse (V. plus haut, p. 23).
Beaucoup s'imaginent que l'animal meurt étouffé étouffement qui serait du à la tuméfaction de sa gorge, criblée de piqûres par les mouches^', qui y pénétreraient par la bouche et le nez de la victime Cette hypothèse, comme on a pu voir, est erronée. Il n'est pas vrai non plus que les mouches s'introduisent dans la cervelle des animaux par leurs yeux et leurs oreilles ^\
Les mouches de Goloubatss font leur apparition dans le défilé du Bas-Danube vers la fin d'avril ou le commencement de mai ^^ On les rencontre alors dans tous les endroits abrités, frais, humides (bois, grottes, etc.). A l'entrée des grottes, elles tourbil-
^ Tcimnsvary, pp. 10, IG. — 2 ibi,].^ p. 11. — 3 p. 12. — * Ibid., p. 11. —
5 Ibid., p. 13. — »• Ibid., pp. H, 13. — " Ibid., p. 13. — « Ibid., p. 11. — 0 ibid., p. 13. — ^0 Ibid., p. 11. — il Ibid., p. 12. — 12 Ibid., p. 17. — 13 Ibid., p. 13. — 14 Ibid., pp. 11, 13. — 1 • Ibid., p. 13. — Ibid., pp. 9, 10, U. — 17 Ibid., p. 11. — 18 Ibid., p. 9. — ly Ibid., p. 10. — 20 Ibid., p. 6.
lonnent par millions ; de là l'opinion gnnérale qu'elles naissent dans les grottes du dùfilc. Quelques jours après leur apparition \ elles quittent en masse ^ le défilé, réparties en plusieurs essaims ^ énormes \ comptant chacun plusieurs millions d'individus. Les essaims se dirigent tous dans le même sens : tous remontent le défilé. C'est qu'ils se laissent porter par le vent, qui, au printemps, souffle ici constamment d'aval en amont. Ce vent d'est est môme assez fort. Rien n'est plus singulier que l'aspect d'un de ces essaims en voyage. On dirait un lambeau de brouillard ou de nuée aux formes changeantes, se mouvant à deux ou quatre mètres au-dessus du fleuve; il passe, et bientôt disparaît. Parfois l'essaim ressemble plutôt à une pluie fine; alors il est moins compacte ; il avance aussi avec moins de vitesse. Dans (;es cas-là, en effet, le vent manque, et les mouches sont réduites au secours de leurs ailes \
Arrivé à la hauteur de Bàziàs(pr. Bàziâche. V. carte 7), l'essaim prend telle ou telle direction suivant que le vent le pousse^. Il va ainsi, à travers les terres, rasant champs et pâturages \ Contre les animaux isolés, il expédie des détachements; s'il rencontre un troupeau suffisamment considérable, l'attaque est générale". Tout Tessaim se gorge de sang, et puis meurt \
Souvent il va fort loin, avant de trouver sa proie. Des mouches de Goloubatss ont poussé jusqu'à Arad, et au delà, par la vallée du Maros (pr. Maroche) jusque dans le comitat de Hunyad (pr. llougnadd).Le 26 avril 1880, la limite extrême de leurs incursions a été Topànfalva, et le 30 avril 4876, elles ont fait irruption jusque dans les environs d'Ungvàr (pr. Oungvar). En 1830, on a môme cru constater leur présence en Autriche, sur les rives de la Marche ; mais on les aura sans doute confondues avec d'autres insectes
D'ordinaire, quand l'essaim s'éloigne trop de son point de départ, il s'émictte, et périt bientôt par des causes diverscs^^
Au printemps, les vents dominants en amont du défilé soufflent du nord et du nord-est; aussi les mouches de Goloùhàtss visitentelles presque chaque année ia Serbie; en Hongrie, elles viennent plus rarement par grands essaims, mais elles y font néanmoins
1 Tomosvâry, p. 7. — 2 ibid., p. 6. — 3 UDid., pp. 6, 7. — ^ lhk\., p. 9: — ^ Ibid , p. 7. — Ibid., pp. 7, 8. — Ibid., pp. 9, 11. — « Il.id., pp. 8, 10, 11. — 9 Ibid., p. 12. — 10 iijia.^ p. 8. — il Ibid., p. 9. — 12 Ibid., p. 8.
26 LE DÉFILÉ DU liAS-DANUBE.
tous les ans quelques victimes, surtout parmi les bctes à cornes, et l'on s'y souvient de certaines années où leurs ravages ont été désastreux.
Donnons des exemples. Il a péri par leur fait :
52 chevaux, 131 hôtes à cornes, 310 moutons, 130 porcs, dans l'ancien Banat, en 1783;
200 hôtes à cornes à Arad et aux environs, 500 à Versecz (pr. Yerchetss) et aux environs, en 1813;
48 hôtes à cornes à Temesvar (pr. Témechvar), à Karansehes (pr. Karannchéhéche) et aux environs de ces deux villes, 30 aux environs d'Ungvar (pr. Oungvar), en 1876 (nous venons de dire qu'à cette date les mouches avaient poussé jusqu'à cette dernière localité; V. plus haut p. ?5);
30 hôtes à cornes aux environs de Bogsan (pr. Bogchânn) et de Resicza (pr. Récliitsa), en 1878;
80 chevaux, 40 hôtes à cornes, 400 porcs, à Kubin (pr. Kouhinn) et sur divers points du comitat deHunyad (pr. Hougnadd), en 1880.
Les dommages de la Serhie sont évalués en moyenne à un miUion de florins (2,500,000 fr.) parant
Ce chiffre serait certainement moins élevé, si l'on employait d'une manière plus générale, contre les mouches de Goloubâtss, les moyens qui existent de préserver le bétail de leurs atteintes. Les cultivateurs soigneux prennent, en effet, les précautions suivantes pendant toute la durée de l'époque où les mouches de Goloubâtss sont dans le cas de survenir :
1" Ils ne conduisent les bestiaux au pâturage que la nuit, et les tiennent à l'étahle depuis le lever jusqu'au coucher du soleil% en allumant devant l'entrée de l'étahle du fumier ou des branches humides, bref un feu à fumée épaisse, qui tienne les mouches à distance.
2'' Pour les bestiaux qu'ils font pâturer le jour, ou travailler aux champs, ils les enduisent aux parties les plus exposées (V. plus haut, p. 23) de pétrole, d'huile rance, de graisse rance, de goudron; les plus pauvres emploient, mais sans effet, le suc de diverses plantes vénéneuses (jusquiame, mandragore, feuille de tabac). Les préservatifs que nous avons cités en premier lieu répondent parfaitement au but, qui est de tenir les mouches à
1 TumusvAry, p. 9. — - Ujid., p. 15.
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distance; seulement l'emploi du goudron, qui est justement le plus habituel, sul)stitue un autre danger à celui qu'on écarte, en ce qu'il empêche la respiration cutanée, et peut tuer l'animal aussi sûrement que les mouches.
3° Les bestiaux enduits de la sorte sont en outre conduits de préférence, pour paître, au bord de cours d'eau assez profonds pour qu'ils puissent y entrer jusqu'au ventre, et sur divers points du pâturage on dispose des feux à fumée épaisse, près desquels le troupeau se réfugie instinctivement à l'approche des mouches \
En dehors de ces précautions, on s'est longtemps demandé comment il serait possible de supprimer le mal dans son germe, c'est-à-dire de restreindre ou même d'empêcher totalement l'éclosion des mouches de Goloubâtss. Diverses tentatives ont été faites en ce sens vers la fin du siècle précédent et dans la première moitié du nôtre ; on a muré des grottes, on y a brûlé du soufre, de la poudre à fusil, etc. Tout cela sans succès. Il est maintenant avéré qu'on visait un but absolument chimérique. Les mouches de Goloubâtss sont comme le phylloxéra : il faut s'y résigner, et subsister malgré elles, en se bornant à perfectionner les moyens de paralyser leurs attaques \
Cette vérité est devenue évidente depuis qu'on connaît mieux l'histoire naturelle de ces mouches''.
On a donné, et Ton donne encore de leur origine les explications les plus fantaisistes. Nous avons déjà mentionné cette croyance générale qui leur donne pour lieu de naissance les grottes du défilé du Bas-Danube (V. plus haut, p. 25). D'après une version particulière que nous avons également rapportée, une de ces grottes, voisine des ruines de Goloubâtss (V. carte 4), aurait même le privilège exclusif de les produire (V. plus haut, p. 22). Elles sortent, dit la légende, projetées par un souffle furieux, du cadavre d'un dragon que saint Georges a tué autrefois et enseveli dans cette grotte.
Une autre légende les fait naître de la tête coupée d'un serpent, au fond d'une grotte murée, voisine deSzvinicza (pr. Svinitsa). Tous les ans la grotte s'ouvrirait d'elle-même pour donner passage aux mouches. Le serpent, gros comme le corps d'un homme, aurait été coupé en morceaux, et sa tête jetée là, par lorgovàn (Hercule),
1 Tomosvâry, p. 16. — • 2 ibid., p. 14. — 3 ibid., p. 15. — * U)id., p. 14.
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et le roi aurait fait murer la grotte; mais inutilement, comme on voit.
Beaucoup de gens, sans croire à ces fables, supposent que les mouches de Goloubâtss proviennent des flaques d'eau contenues dans les grottes, ou bien des feuilles en putréfaction qui jonchent les forets du défilé, ou encore des marais qui, en dehors du défilé, avoisinent le Bas-Danube \
Aucune de ces hypothèses n'est la vraie.
Le lieu d'origine des mouches de Goloubâtss est toute une vaste région de bois et de montagnes : celle même que traverse le défilé, jusqu'à une certaine distance à droite et à gauche de ses bords \ Ce territoire, dans son ensemble, n'a pas moins de 22,000 kilomètres carrés^, dont 12,000 au sud du défilé, en Serbie, et le reste au nord. Cette dernière moitié du territoire en question comprend les massifs suivants (V. carte 6) : le Domoglett, le Godjan-Szarkô (pr. Godyân-Sârkô),le Szemenik-Plesuva (pr. Séménik-Plechouva), les Montagnes Métalliques du Banat, le Lokva, le Kraku-Almâs (pr. Krâkou-Almache), le Sztretinye (pr. Strétigné), et même, à ce qu'il nous paraît, le Polyana-Ruska (pr. Poïâna-Rouchka). Elle appartient donc, au moins pour la plus grande partie, à la portion montagneuse de l'ancien Banat. Ses principaux cours d'eau sont laCserna (pr. Tcherna), la Néra, le Karas (pr. Karache), le Temes (pr. Témèche) et le Béga.
En Serbie, les cours d'eau principaux du territoire en question sont le Timok, le Pek, laMkava, et la Morava ^ Tous ces cours d'eau, ceux du sud comme ceux du nord, se ramifient en une infinité de ruisseaux et de ruisselets^ aux flots purs et rapides. C'est dans ces innombrables affluents et sous-affluents des rivières principales que les mouches de Goloubâtss déposent leurs œufs, en évitant avec soin ces rivières mêmes, à cause de leur eau plus lente et plus trouble. Les œufs sont déposés par chaque femelle sur un brin d'herbe, une pierre, ou tout autre objet, immergé dans le ruisseau, ou constamment lavé par son onde. Ces œufs forment, avec la matière visqueuse et gélatineuse qui les tient agglutinés, une petite boule, où le microscope en découvre plusieurs milliers (de 5 à 10,000). La ponte a lieu dans la seconde quinzaine de mai, ou dans la première quinzaine de juin. De chaque œuf, après une série de
1 Tomosvnany, p 2. — 2 ibid., p. 3. — ^ Ibid., p. 15. — ^ Ibid., p. 3. — 5 ibid., pp. 3, 15.
transformations accomplies toutes dans l'eau \ naît finalement une mouche, au printemps de Tannée suivante. Vers la fin d'avril ou le commencement de mai, les jeunes mouches sortent de leurs enveloppes, se sèchent au soleil, et prennent leur vol, en constituant aussitôt de petits essaims; jamais on ne les rencontre isolées^ Ces essaims primitifs se mettent en route, et de vallée en vallée^ débouchent enfin dans le défilé. C'est alors que le défilé se peuple de mouches, comme nous avons dit. Alors aussi commence un nouveau travail pour elles : les essaims partiels s'unissent en essaims plus grands. Cette opération prend plusieurs jours; elle a lieu toujours le matin, avant le lever du soleil, le vent d'est, qui, au printemps, règne en permanence dans le défilé (V. plus haut, p. 25), ne soufflant pas encore à ce moment de la journée (jusqu'à 6-7 heures). Une fois ce travail d'agglomération terminé, les mouches abandonnent le défilé, de la manière que nous avons dite (V. plus haut, p. 25). Celles qui restent, jointes^ aux retardataires qui n'atteignent le défilé qu'après ce premier exode % forment bientôt de nouveaux essaims, et un nouvel exode a lieu^. Ceci se répète encore une ou deux fois \ Les essaims supplémentaires sont d'ailleurs moins fournis et en plus petit nombre que ceux du premier exode. Au delà de la mi-juin, il ne s'en forme plus ^.
Ainsi l'époque de l'année pendant laquelle les mouches de Goloubâtss constituent une menace pour l'agriculture est de six semaines environ^.
Notons que l'apparition des essaims partiels, leur agglomération en essaims plus grands, et leur départ au souffle du vent se répètent sur une moindre échelle dans toutes les vallées importantes du territoire que nous avons assigné pour lieu d'origine aux mouches de Goloubâtss (V. plus haut, p. 28)^^.
A celles qui n'abandonnent pas ce territoire incombe le soin de perpétuer l'espèce. Elles pondent les œufs, de la façon que nous avons dite (V. plus haut, p. 28), et meurent bientôt après
Ici se termine l'aperçu général que nous voulions donner du défilé du Bas-Danube. Nous allons maintenant en étudier avec
1 Tomosvârv, p. 3. — ^ ibid., p. 6. — ^ Ibid., p. 7. — v ibU.^ p. g. ;j ibid., pp. 6, 8. — «"^Ibid., p. 8. — 7 Ibid., pp. 6, 8. — 8 Ibid., p. 6. — Ibid., p. 15. — 10 Ibid., pp. 8, 15. — ii Ibid.,, pp. 3, 8.
détail la partie la moins connue, celle qui limite la Serbie du côté de la Hongrie (V. carte 4), entre Bazias etOrsova. Nous la diviserons en un certain nombre de sections nalurelles que nous examinerons l'une après l'autre d'amont en aval. Nous laisserons de côté la section terminale du défilé, lasection serbo-roumaine, où se trouvent les rameuses Portes de Fer, et qui, pour cette raison, a déjà été souvent décrite.