‹ Le défilé du Bas-Danube depuis Bazias jusqu'à OrsovaChapitre 9 sur 14 · MONTIS . . . L . . . II . AN . . . BUS . SUP ... AT ... E · texte numérisé non relu

MONTIS . . . L . . . II . AN . . . BUS . SUP ... AT ... E

Quelques savants rétablissent les lettres qui manquent de la manière suivante^ :

MONTIS . ET . FLUVII . ANFRAGTIBUS .

SUPERATIS . VIAM . PATEFEGIT .

Suivant les uns, l'inscription aurait pour sujet l'établissement delà voie' qui passait devant, et dont nous avons signalé les débris tout le long du défilé ; elle daterait du mois dejanvier 101 ^ Suivant d'autres, elle n'aurait été érigée que deux ans plus tard, en mémoire de la première campagne de Trajan en Dacie^. Une double moulure l'entoure d'un cadre rectangulaire, avec des carrés en saillie» aux coins Des têtes de clous figurés dans ces carrés^* donnent à l'ensemble l'apparence d'une tablette rapportée *% de grandes proportions*^. M. Lancelot se demande même si cette apparence n'est pas conforme à la réalité**; à quoi on peut répondre avec certitude par la négative : les lettres sont directement gravées dans le roc*^ Des formes se distinguent autour de la tablette, des génies ailés, qui ont l'air de la maintenir*^, des dauphins, se déroulant de chaque côté, la tête en bas*^ Le plafond de la niche est divisé en sept caissons, dont six ornés de rosaces*^; le septième porte une aigle *^ aux ailes ouvertes'®, une aigle victorieuse^^*, l'aigle romaine^\ Pour M. Lancelot; l'aigle et les génies sont la même figure, difficile à déterminer soit dans un sens soit dans l'autre ; et il place les dauphins à côté (non aux côtés du cadre)

1 Tliouvcnel, p. 140. — Lancelot, p. 82. — - Boleszny, p. 55. — Nagy, p. 246. — ^ Lancelot. p. 82. — * Thouvenel, p. 140. — Lancelot, p. 82. — Boleszny, p. 55. — Nagv, p. 246. — Ibid. — ^ Ibid. — ' Bolesznv, p. 55. — Donauverein, p. IV. — ^ ibjd, — Nagy, p. 246. — Ibid. — ^Ubid. — ^'^Ibid. — Donauverein, p. IV. — isibid.—

Lancelot, p. 82. — Thouvenel, p. 140. — Boleszny, p. 55. — Ibid. — Nagy, p. 246. — Ibid. — 18 Ibid. — Ibid. — Thouvenel, p. 140. — Lancelot, p. 82. — 20 Nagy, p. 246.— 21 Thouvenel, p. 140. — 22 Lancelot, p. 82. — 23 ibid.

Le monument en question a été souvent décrit* : c'est la fameuse ^ Table de Trajan^ Il est singulier qu'on ne tente rien pour le conserver; récemment encore, si M. LanceloL ne s'abuse, ilauraiteuà souffrir d'un éboulement de rochers*. On peut s'étonner aussi qu'aucun archéologue de nos jours ne s'avise d'en faire une étude complète et définitive, non plus que de la route romaine, dont il est un détail.

Vers l'issue inférieure de la passe, les pentes de la rive droite font face — on s'en rend bien compte — au Petit Csukàr (à partir de la 3" et dernière falaise [V. p. 169, 1. 19] du talus central [V. p. 167, 11. 17-26]) ^ Prises dans leur ensemble, elles en reproduisent les traits distinctifs (que nous avons signalés à la page 165, 11.6-12). Elles forment avec lui la partie la plus étroite de la passe ^, celle où la passe atteint son minimum de largeur (au tournant, V. p. 171, 11. 6-8. C'est là que le Danube se réduit, d'un versant à l'autre, à 85 toises = 161 m. et q. ch.. Voyez p. 154, 11. 29-31). La passe est également fort étroite dans sa partie supérieure^. On dirait deux couloirs, réunis, au milieu, par un espace plus large (l'hémicycle de Dubova)^. D'autres détails témoignent encore d'une remarquable symétrie dans la structure de la passe. Sur la rive gauche, le Grand Csukàr et le Petit Csukàr, les ruisseaux du PunyikovaetduMrakonyasefont pendant. Môme corrélation, sur la rive droite, entre le Grand et le Petit Sterbecz, entre les deux hémicycles du nord et du sud (V. p. 170, 11. 16-18, et p. 166, 11. 17-20), entre les deux côtes à surface bombée aux deux bouts de lapasse (V. p. 148,

I. 29-p. 149, 1. 4, et p. 1 71 , 11. 3-7). D'une rive à l'autre, la symétrie se complète par des oppositions également rythmiques. Aux deux murailles du Grand et du Petit Csukàr séparées par l'hémicycle de Dubova, répondent sur la rive droite deux hémicycles (V. p. 166,

II. 17-20, et p. 170, 11. 16-18) séparés par une muraille (le talus central, V. p. 167, 11. 17-26)^^

Les parois de la passe consistent généralement en calcaire Ce calcaire ne tapisse le versant de gauche que sur une faible profondeur^^; sur la rive droite, au contraire, il pénètre fort avant dans

1 Lancelot, p. 82. — 2 Ibid. — Hunfalvy, II, p. 218. —3 Lancelot, p. 82. — Hunfalvy, II, p.218. — Boleszny, p. 55. — Nagy, p. 2i6. — * Lancelot, p. 82. — ^ Carte au 1/75000.— 6 Hunfalvv, II, p. 217. — ? Nagy, p. 245. — Carte au 1/75000. — s ibid. — » Ibid. — Hunfalvy/ll, p. 217. — ^0 Carte au 1/75000. — Vâsârhelyi, p. 15. — Szabé, pp. 67 et 86. — Boleszny, pp. 57 et 56. — Carte géol. de l'Institut de Vienne. — Koch, carte. — 12 Carte géol. de l'Inst. de Vienne. — Szabo, p. 86.

les terres*, jusqu'à MajdanPekMl est identique sur les deux rives'% compact, d'un gris bleuâtre*. Il date de l'ôre secondaire^ (Vasàrhelyi le croyait plus ancien^). On l'a rangé jusqu'à nouvel ordre dans la série crétacée" (voire dans le groupe crétacé^), opinion reproduite et adoptée par M. Boleszny^, bien qu'ailleurs il reporte le calcaire du Kazàn dans la série jurassique Des formations jurassiques s'y montrent, d'ailleurs, à l'état isolé, comme le constatent les explorations les plus récentes C'est, croit-on, le même calcaire que celui de la gorge d'Alibég*^ (V. p. 39. — Il s'agit ici de la gorge d'AIibég, et non du seuil de Sztenka, comme le croyait M. Boleszny^^, par suite d'une fausse interprétation. Le seuil de Sztenka n'est pas formé de calcaire. V. p. 52, 11.25-29).

Le calcaire de la rive gauche, auquel appartiennent encore les deux extrémités de l'hémicycle central présente ici une large brèche produite par la disparition violente des couches intermédiaires Le reste de l'hémicycle offre la composition géologique suivante. Les pentes du milieu sont formées de schistes cristallins^', ou plutôt de gneiss recouvert dans le bas de gravier à congéries (kongéria kavics)*^. Le fond plat de l'hémicycle est une couche d'alluvion"^ ou de dépôts quaternaires (encore un débris du lit primitif, quand le défilé était un détroit maritime, V. p. 8,

I. 32-33), avec du grès par-dessous Ce grès remonte au jour sur les pentes nord et sud de l'hémicycle, entre le calcaire de ses deux extrémités et la région centrale. Il se lie vers le sud au grès de même nature qui forme le plateau de Punyikova (V. p. i57,

II. 32-33) Les uns le rattachent au système liasique^'% notamment à l'étage du lias inférieur-^, d'autres au système carbonifère^^ (un îlot de formations appartenant à ce système est placé par llunfalvy, entre Plavisevicza, Dubova et Ogradina^^).

Nous avons vu que les deux bords de la passe sont formés du même calcaire. D'autres circonstances contribuent à leur donner une grande similitude-Mfne concordance générale se remarque entre

1 Szabô, p. 86. —2 Bolosznv, p. 57. — 3 Szaho, pp. 67 et 86. —*Id., p. 86. — Boleszny, p. 57. o llunfalvy, H, p.'^i^d. — g Vâsârhclvi, p. 15. — Szabu, pp. G7 et 86. — 8 Koch, p. 33. — 9 Bolcsziiy, pp. 57 et 58. — lo ij.^ pp. 54. et 56. — 11 Kocli, p. 33.

— 12 ibid. 13 Boleszny, p. 57. — 1* Szabô, p. 68. — Id., pp. 67 et 86. — i« Id., p. 68. — Szab6, p. 87. — Carte ç;éol. de rinstitiit de Vienne. — Koch, carte. — 19 Ibid. — 20 ibid. — Carte géol. de Tlnst. de Vienne. — 21 Szabo, p. 87. — 22 ibid.

— 23 Carte géol. de rinstitut de Vienne. — 24 Koch, carte. —25 Szabo, p. 87. — 26 Hunfalvy, H, p. 224. — 27 Szabu, p. 67. — Nagy, p. 244.

leurs sinuosités respectives S et parmi les assises qui composent telle ou telle de leurs falaises, plus d'une se continue, sans doute possible, vis-à-vis, de l'autre côté de Tabîme^, comme si une même masse avait été fendue en deux par quelque main de géant^.'De plus, les montagnes que traverse la passe ont leur axe perpendiculaire à cette passe, tandis qu'en amont et en aval, la direction des montagnes est parallèle au défilé^, Tout prouve qu'à une certaine époque un seul massif continu occupait l'endroit où s'ouvre aujourd'hui lapasse^; les portions d'amont et d'aval du défilé formaient alors deux vallées distinctes sans communication entre elles ^ Puis le massif s'est ouvert brusquement % par suite de quelque cataclysme^, et la communication s'est trouvée établie. Nous avons affaire, ici encore, à une de ces brèches dont il a été parlé (p. 8)^. C'est une brèche de môme nature qui donne accès dans l'hémicycle de Dubova, en trouant la masse calcaire qui borde la passe partout ailleurs. La portion de ce mur qui manque s'est abîmée verticalement, et sert aujourd'hui de fond au Danube ; on en a pour témoignages les pans verticaux et les assises violemment brisées des deux falaises calcaires qui se dressent des deux côtés, à rentrée de l'hémicycle'^ (V. p. 164, II. 16-20, et p. 165, 11. 3-4 et 12-17). Les érosions du Danube ont achevé de donner à la passe de Kazân sa forme actuelle

DANUBE

Nous avons dit que presque partout le Danube remplit la passe dans toute sa largeur (V. p. 151, 11. 5-6). Il n'y a d'exception qu'aux deltas du Punyikova et du Mrakonya. Devant Dubova, de même, le fond de l'hémicycle émerge, en partie, de l'eau. C'est néanmoins le seul endroit de la passe où le Danube s'élargisse un peu (jusqu'à mesurer environ 600 mètres d'un bord à l'autre — Pour les autres chiffres relatifs à la largeur du Danube dans la passe, V. p. 154, 11. 29-33). On dirait un golfe, ou plutôt un beau lac circulaire, aux eaux tranquilles^^. L'aspect en est fort pittoresque, grâce aux deux puissants môles qui en gardent l'entrée

1 Szabu, p. 67. — Nagy, p. 244. — 3 Szabo, p. 67. — 3 Nngy, p. 244-. — ^ GommunicaUon verbale de M. Wallant. — ^ Gm., p. 3^5. — ^ GommuniciAlioii verbale de M. Wallant. — 7 id. 8 Gm., p. 325. — » Szabo, pp. 67 et 68. — Id., p. 68. — Gm., p. 325. — 12 Carte au 1/75000. — Nagy, p. 245.

(V. p. 164, 11. 46-21, et p. 165, 11. 14-20), au mur abrupt qui lui fait face (V. p. 167, 11. 17-20), aux lignes fuyantes de Tarrièreplan. Les deux étranglements de la passe, qui servent d'issue à l'hémicycle, frappent de même par leur beauté étrange \

La profondeur du lit, qu'on a dite de 60 mètres ^ ou environ ^, varie d'une manière générale entre 10 et 30 toises * (18 mètres et q. ch. -56 mètres et q. ch.). Immédiatement en amont de la passe, elle est déjà de 48 pieds 3 pouces (15 m. 23..). A la hauteur du Gaura Turkuluj (V. p. 156, 11. 6-7) elle atteint 135 pieds (42 m. 67..) ; plus loin, elle varie entre 66 et 130 pieds (20 mètres et q. ch. -41 mètres et q. ch.); elle varie entre 27 et 35 pieds (8 m. 53..- 11 m. 06..) dans la baie de Dubova; et, dans le reste de la passe, entre 77 et 171 pieds (24 mètres et q. ch. -54 mètres et q. ch.) d'abord, puis entre 50 et 133 pieds (15 mètres et q. ch. -42 mètres et q. ch.) ^ En certains endroits, devant la grotte de Punyikova, par exemple, le lit descend plus bas encore, à 40 toises^ (75 mètres et q. ch.) sous l'eau. Le Danube est donc très profond dans la passe de Kazân^, plus profond qu'en aucune autre partie de son cours ^. Compensation exigée par son manque relatif de largeur.

Le fond est partout du roc^, sauf devant l'embouchure du Punyikova et celui du Mrakonya, où s'étalent deux bancs de sable et de gravier formés par les dépôts des deux torrents Ces bancs exhaussent le lit, comme de raison Il se redresse aussi à l'entrée de la passe, et même, là, surgit à la lumière, au milieu du fleuve ^-^ ou plutôt sur la droite, près de la rive serbe sous forme d'un îlot rocheux autour duquel l'eau se déchire avec bruit. C'est le rocher de Kazân lieu de rendez-vous pour les poissons Le courant y est d'une grande violence, lors des crues. Il en est de même à l'embouchure du Punyikova, le banc qui s'y trouve agissant comme un barrage. Même fait à l'embouchure du Mrakonya En général, aux grandes eaux, la vitesse est considérable dans toute la passe (de 6 ou 7 pieds par seconde ^^). Dire que nulle part le Danube n'est aussi rapide nous semble pour-

1 Notes personnelles. - 2 Donau, p. 13. — Nagy, p. 243. — * Vasârhelyi, p. 15. — Szabô, p. 86. — Hunfalvv, II, p. 216. — '-Id, III, p. 206. — g Boleszny, p. 54. — 7 Id., p. 45. — « Nagy, p. ^'243. — » HunfiilVy, III, p. 204. — Vasârhelyi, p. 16. — 11 Ibid. — Szabu, p. 87. — 12 Vasârhelyi, p. 16. — ^3 Sazerac, p. 29. — Boleszny, p. 50. — i'6 Ibid. — Notes personnelles. — i« Sazerac, p. 29. — Boleszny, p. 50. — 18 Yâsârhelyi, p. 16. — Hunfalvy, III, p. 204. — Boleszny, p. 54. — 20 Vasârhelyi, p. 16. — 21 Nagy, p. 244.

tant exagéré. Aux hautes eaux, tout au plus (et encore), pourrait-on qualifier d'impétueux (reissend daliinstrômt ^) le courant du fleuve à travers la passe. A Tétiage, il est à peine sensible" (de 2 ou 3 pieds par seconde Ces variations de vitesse tiennent à des variations analogues dans la pente des eaux. Entre Plavisevicza et Orsova, elle ne dépasse pas, à l'étiage, une moyenne de 3à4 lignes par 100 toises ^, ce qui donne pour pente relative de 0,000 034 à 0,000 046 (dans la passe, spécialement, la pente est de 11 pouces 2 lignes pour 4800 toises, c'est-à-dire de 2 lignes 8 — exactement de 2 lignes 79..— par 100 toises K Pente relative : 0,000 032). Aux hautes eaux, la même section du fleuve ofl're une pente de 16 à 17 lignes par 100 toises (pente relative : 0,000 185-0,000 196) c'est-à-dire une pente quatre ou cinq fois supérieure à celle des basses eaux^. Cette difl*érence s'explique parla configuration du lit, dont la capacité, lors des basses eaux, est suffisante pour recevoir la masse entière du fleuve sans qu'à l'entrée l'étroitesse du passage fasse monter le niveau des eaux d'une manière appréciable \ Il n'en est pas de même lors des grandes eaux, le débit du Danube étant alors, nous l'avons déjà dit, vingt fois supérieur à son débit d'étiage (V. p. 12, 1. 15)^. L'eau s'accumule à l'entrée de la passe ^, l'équilibre des niveaux se rompt. A une crue de 15 pieds, à Orsova, correspond à Plavisevicza une crue de 25 pieds 10 lignes presque double Et cette crue des eaux, à l'entrée de la passe, plus forte qu'en aval, est aussi, nous l'avons vu (p. 139, 11. 9-12), plus forte qu'en amont puisqu'elle fait disparaître le rapide de Jucz. Mais elle ne fait pas disparaître les rapides de Greben,de Tachtalia, etc., qui s'accentuent, au contraire, lors des grandes eaux (V. p. 113, 11. 1-4 et 9-13). Elle n'est donc pas la cause, comme on l'a prétendu, des inondations du Danube dans la Basse-Hongrie. La passe de Kazân n'est pour rien dans ces désastres

La navigation ne rencontre d'autre obstacle dans la passe que la violence du courant lors des grands eaux Les steamers qui remontent alors le Danube ont besoin de quelque eftort pour longer notamment le rocher de Kazàn (V. p. 176,1. 27) et l'embouchure

iBoleszny,p. 45. — aibid.— 3 Vâsârhelyi, p. 16. — Id., p. 15. — ^ Bolesznv, p. 56. — «Vasârhelyi, p. 15. — 7 id., p. 16. — Szabo, p. 86. — « Vdsarhelvi, p\ 16. — 9 Id., p. 15. — Szabo, p. 86. — Vasârhelyi, p. 15. — Hiiufalvy, IIÏ, p. 204. — 12 Vâsârhelyi, p. 14. — i3 id., p. 15. — Hunfalvy, UI, p. 204.

du Mrakonya. Sur ce dernier point, de même qu'au delta du Punyikova, la difficulté se complique, pour le halage, de ce que la traction doit s'exercer en biais (V, p. 176, 11. 20-22). Tout cela d'ailleurs n'a pas grande importance ^

ONZIÈME SECTION (v. CARTE 18)

Après la passe de Kazân, les montagnes du défilé s'adoucissent^, deviennent riantes^, de sauvages qu'elles étaient*. En même temps la vallée s'ouvre % ainsi que nous Tavons dit (V. p. 166, 11. 4-7) grâce au recul du versant hongrois % immédiatement à partir de la passe ^ (et non pas seulement depuis Ogradina ^).

Ce versant, qu'une bande de terrain plat sépare maintenant du Danube^, laisse de place en place s'ouvrirdes vallées, ou, parmi les taillis,s'étalentdebeauxherbages piqués de peupliers^^.A200 mètres en aval de la minuscule falaise qui forme l'angle nord du Petit Gsukar (V. p. 166, 11. 3-15), à 200 mèlres, voulons-nous dire, du point où la base des montagnes reprend la direction du nord-est^S la route franchit un pont^^ et se met à longer des pentes rougeâtres dépouillées de végétation 700 mètres plus loin elle passe sur un autre pont*^ devant une vallée verdoyante^^ d'où s'échappe un ruisseau, le Gostinetiu Puis recommencent des pentes arides comme les précédentes, et du même ton rouge, qui toutefois se change bientôt en jaune. En haut, courent des bois^^. De toutes ces pentes nues, — rangées en arc^^ autour du petit village roumain d'Ogradina Ogradena^% où vivent aussi quelques familles tchèques (bonne cuisine chez Nikolics, cordial hôtelier allemand ^^), — les dernières, pleines de crevasses, forment l'extrémité, tournée vers le Danube, d'une chaîne de montagnes qui de là fuit à angle droit vers le nord -*, dominant le cours du Mala et toute la contrée

1 Vâsârhelvi, p. 16. — 2 Nagv, p. 247. — 3 Hunfalvy, II, p. 216.— ^ Nagv, p. 247. — ^ Ibid. —c Bolesznv,p. 58. — Carte au 1/75000. — 8 Boleszny, p. 58. — Vasârhcivi, p. 15. — Boleszny, p. 56. — 10 ^agy, p. 247. ~ Carte au 1/75000. — 1-' Ibid. — Notes personnelles. — Ihu], — Carte au 1/75000. — Ibid. — Notes personnelles. ~ i« Ibid. — 17 Carte au 1/75000. — Notes personnelles. — i''Nagv, p. 246.^ 20 id., p. 247. — 21 Boleszny, p. 58. ~ 22 Nagy, p. 247. — 23 Notes personnelles. — 24 ibid. --^ 25 Carte au 1/75000.

voisine, en aval de ce ruisseau. Les pentes qui suivent, de l'autre côté du Mala, sont donc plus basses que les précédentes. Couronnées de bois, comme celles-ci, mais, sous la ligne des bois, revêtues de cultures et de pâturages aux arbres isolés, elles décrivent un second arc de cercle* autour d'un second village au blanc clocher, aux maisons proprettes^ Jezelnicza^, Jeschelnitza*, Jeselnica ^. Devant, s'arrondit un delta ^ — une île qui s'avance au loin, dit M. Nagy ^ — avec de rares maisons, des piles de planches ^, etc. Le ruisseau qui Ta formé s'appelle du même nom que le village ^.

Viennent ensuite d'autres pentes basses^^, ravinées**, d'un jaune sale, terreux*^, jusqu'à une belle entrée de vallée*^ où serpente la Cserna** (pr. Tcherna). Au pied des pentes que nous venons de décrire s'allonge une petite ville d'environ 2000 habitants C'est Orsova (0-Orsova, Alt-Orsova Orsova le Vieux, par opposition à Orsova le Neuf, situé plus bas, sur une île).

Ces pentes basses entre le Mala et la Cserna, ainsi que la partie inférieure des pentes qui les précèdent jusqu'à Ogradina, sont formées généralement de dépôts quaternaires (de gravier à con* géries, disent quelques géologues). Ces dépôts remplissent tout un bassin enclavé dans le gneiss des environs au nord à l'est au delà de la Cserna à Touest jusqu'au bas des pentes entre Ogradina et le calcaire du Petit Csukàr tout est du gneiss. M. Szabô avait déjà signalé des dépôts quaternaires à Ogradina Jezelnicza, et dans le voisinage d'Orsova. Vâsàrhelyi n'a fait mention que du gneiss de ces parages, qu'il prenait pour du granit M. Boleszny, selon son habitude, mêle tout, gneiss, granit et couches diluviennes^^.

En aval d'Orsova, une belle montagne — de gneiss^*, conformément à ce qui précède — se dresse à 270 mètres au-dessus du Danube (altitude : 317 mètres) C'est l'Allion-^, point initial des

1 Notes personnelles. — ^ Na£?y, p. 217. — ^ Hunfalvy, UI, p. 207. — ^ Boleszny, p. 57. — "Nap^y, p. 24-7. — ^ Notes personnelles. — "Nagy, p. 247. — ^ Notes personnelles. — 9 Carte au 1/75000. — Notes personnelles. — Ibid. — Koch, p. 35. — *2 Ibid. — 1^ ^'^gy»P- ^47. — Vâsàrhelyi. p. 15. — Boleszny, p. 57. — ^"^ Donau, p. 10. i^^Ibid. — Vâsàrhelyi, p. 15. — ^' Koch, p. 35. — i^Carte géoL de rinstitutde Vienne. — *^Ibid. — Koch, p. 35. — Carte géol. de l'Institut de Vienne. — Szabô, p. 9. — 22 Vâsàrhelyi, p. 15. — Bolesznvv Pp. 56 et 58. — Koch, p. 35- — Carte au 1/75000. — 26 Donau, p. 10.

monts Domoglett qui désormais vont border le défilé (V. p, 7, L 22). D'Orsova au pied de TAllion, la grande route traverse la vallée de la Cserna entre deux rangs de peupliers, et la rivière elle-même sur un long pont de bois. Au pied de la montagne est la gare, sur la ligne qui va de Budapest à Bucharest^ Entre la gare et le Danube, une petite chapelle gothique, bâtie en 1855, marque l'endroit où fut retrouvée en 1853 la couronne des rois de Hongrie que Kossuth y avait enterrée quatre ans auparavant, comme il allait passer la frontière en fugitif ^ (le territoire hongrois finit à 4 kilomètres en aval % V. p. 6, 11. 22-24).

RIVE DROITE

Bois partout, au haut des pentes La côte bombée, où se trouve la Table de Trajan (V. p. 171, 1. 2-p. 173, 1. 7), et qui se prolonge encore assez loin au delà, s'arrête enfin tout à coup, découpant nettement la courbure de son profil, laissé à découvert par la pente moins inclinée qui la suit : une pente droite et raide, à peine entamée par d'insignifiants ravins, et qui borde à son tour quelque temps le Danube (le long de l'île Ogradina. V. plus bas, p. 181, 11. 1-3). Dans la végétation qui la recouvre, blanchissent çà et là des pointes de roc dont plusieurs lavés par le fleuve^.

En face des collines plus basses de la rive gauche (V. p. 179, 11. 1-2 et 11), d'autres pentes encore, aux bois plus ou moins intacts, présentent un vaste ensemble de surfaces unies diversement ajustées entre elles : la montagne se drape de larges plis cassants^. Au pied de ces hauteurs, se tapit un village habité par des pêcheurs serbes, Tékié ^.

DANUBE

Dès qu'il a franchi la passe de Kazân, et non pas seulement « à partir d'Ogradina^ », le Da.uube reprend plus de largeur ^ A

1 Notes personnelles. — 2 Donau, p. 10. — 3 Carte au 1/75000. — ^ Nagy, p. 247. — R Notes personnelles. — 6 ibid. — ? Nagy, p. 247. — 8 Hunfalvy, II, p. 216. ~ Donau, p. 13. — 9 Carte au 1/75000.

Ogradina, il s'élargit encore pour embrasser une île^ bordée de grands arbres aux racines mises à nu par les morsures du courant"; c'est Tîle d'Ogradina. L'Ile dépassée, le fleuve revient à sa largeur normale^ (de 500 à 600 mètres dans cette section*). Sa profondeur est de 21 pieds (6 m. 6..) à Ogradina ; de 20 à 56 pieds (6 m. 3.. - 17 m. 7..) entre Ogradina et Jezelnicza; de 18 à 62 pieds (5m.6..- 19 m. 5..) plus loin, jusqu'à Orsova\ Des bancs de sable dus aux apports du Mala, du Jezelnicza et de la Gserna exhaussent son lit aux embouchures de ces trois cours d'eau^. Il coule paisiblement % avec une pente de 2 pouces jusqu'à 850 toises (1612 m. et q. ch.) de lapasse (jusqu'à Ogradina; — pente relative : 0,000 032; 2 lignes 82 pour 100 toises), et de 1 pied 1 pouce et 7 lignes jusqu'à 5150 toises (9766 m. et q. ch.) de ce point (jusqu'à Orsova; — pente relative : 0,000 036 ; 3 lignes 16 pour 100 toises) % sans présenter d'obstacles à la navigation^, sauf les bancs dont nous avons parlé, et qui nuisent au halage (comme dans la passe de Kazàn les bancs du Punyikova et du Mrakonya, V. p. 178, 11. 1-3), en obligeant les bateaux à s'écarter, par moments, de la rive^^.

Le reste du défilé à partir d'Orsova étant en dehors de notre programme (V. p. 30, 11. '4-7), nous arrêtons ici cette trop longue étude. Pendant les quatre années qu'a duré sa publication (de janvier 1890 à janvier 1894), les travaux de régularisation entrepris dans le défilé du Bas-Danube (V. p. 19) ont nécessairement modifié — comme ils le feront sans doute encore — plusieurs points du défilé décrits dans les pages précédentes. La pointe du cap Greben(V.p.92,1.34-p.93,1.26,etp.l35,1.34)n'existeplus,oupeu s'en faut. Le rapide de Greben (V. pp. 95-96) a totalement disparu, grâce à la digue déjà presque achevée entre le cap et Milanovac (V. p. 135, 11. 18-34). Le seuil de Jucz, où l'on creuse un chenal artificiel (V. p. 140, 1. 33), est déjà fort entamé ; on creuse aussi les autres seuils. Peuplé de plusieurs milliers d'ouvriers, le défilé a perdu pour un temps son caractère d'auguste solitude ; des constructions provisoires de toute espèce, habitations, usines, etc., se

1 Carte au 1/75000. — ^Notes personnelles. — 3 Carte au i/75000. — ^ Donau, p. 13. — s Hunfalvy, III, p. 207. — « Boleszny, p. 57. — 7 Hunfalvy, III, p. 216. — « Boleszny, p. 56. — ^ Hunfalvy, III, p. 204. — Boleszny, p. 57.

groupent ou s'éparpillent aujourd'hui dans l'intervalle de ses pauvres hameaux. Notons que le gouvernement serbe a désormais pris sous sa garde la Table de Trajan (V. 173, 11. 2-4), à laquelle, en amont, une autre inscription fait pendant depuis peu, consacrée celle-ci à Széchenyi, précurseur de l'œuvre en train de s'accomplir dans le défilé du Bas-Danube.

Ce défilé a été l'objet, durant ces dernières années, de deux publications postérieures à notre travail, et que nous recommandons particulièrement. L'une est l'article paru dans le Nouveau Dictionnaire de Géographie Universelle, au mot : portes de fer. L'autre est le rapport d'un ingénieur hongrois, M. Béla Gonda (Régularisation des Portes de Fer et des autres cataractes du Bas- Danube) imprimé en français (Paris, Lahure) à Toccasion du cinquième congrès international de navigation intérieure. Le rapport de M. Gonda pourra servira compléter, à rectifier au besoin certains de nos renseignements pour lesquels nous avons dû nous contenter de sources plus anciennes et sans doute moins sûres.

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