‹ Le défilé du Bas-Danube depuis Bazias jusqu'à OrsovaChapitre 8 sur 14 · REVUE DE GÉOGRAPHIE · texte numérisé non relu

REVUE DE GÉOGRAPHIE

Après les falaises que nous avons décrites, la végétation gagne du terrain; on peut la voir du bateau monter en nappe oblique jusqu'au sommet de la pente*. Bientôt, nouvelle grotte, encore, à 600 pas (240 toises = 455 m.) de la précédente, environ ^ On l'appelle grotte de Veterani^, depuis la guerre de 1692 (V. p. 159, 1. 36), où elle a servi de position centrale^ à un détachement envoyé par le feld-maréchal Veterani, général en chef des Impériaux % pour tenir dans la passe de Kazân ^, Elle s'ouvre au pied d'une falaise énorme, teintée par bandes verticales en bleu, en jaune, et rayée jusqu'à mi-hauteur de longues corniches très minces, parallèles, diversement saillantes, çii et là soulignées d'ombre, et qui se superposent en biais, ou plutôt en arc de cercle, comme on peut le voir du bateau"^. A partir de la grotte, la falaise se continue, en descendant, jusqu'au Danube, par un talus couvert de végétation^. La grotte de Veterani est donc située à une certaine hauteur au-dessus du fleuve^ — à 80-90 pieds (25 m. 52. .-28 m. 44..) environ^^ suivant d'autres à 20 mètres à 10 toises*^ (18 m. 96..) seulement, — dans tous les cas plus haut que la grotte de Punyikova*^. Elle ne donne issue à aucun cours d'eau, ni ne traverse la montagne de part en part comme celte dernière; elle est plus petite, plus accessible, et mieux connue, quoique on ne l'ait pas encore complètement explorée^*. Elle s'ouvre par une espèce de fente qu'il faut chercher pour l'apeixevoir et jusqu'à une profondeur de 4 toises (7 m. 58..) sa hauteur ne dépasse pas 4 pieds et demi (1 m. 42..) sur une largeur de 2 toises*^ (3 m. 79..); mais au delà, ses proportions deviennent imposantes (hauteur : 50 à 60 pieds [15 m. 80.. à 18 m. 96..], 60 pieds-^ 10 toises-^ [18 m. 96..], 19 mètres--; largeur: 12 toises-^ [22 m. 75.,], 70 pieds-*[22 m. 12], 22 mètres-^; profondeur : 15 à 20 toises [28 m. 44. .-37 m. 92..], environ 26 toises ^' [49 m. 30. . ; mais peut-être faut-il lire 20 toises, 0 pour 6], 100 pieds-« [31 m. 60], 30 mètres-'). Outre ce que la grotte reçoit de jour par son entrée, un peu de lumière y pénètre

1 Notes personnelles. — ^ Boleszny, carte. — Carte au 1/75000. — 3 Bolesziiy, p. 90. — Donaii, p. 13. — ^ RoleszDy, pp. 80 et suiv. passim. — ^ Donau, p. 13. — ^ Id., p. 14. — " Notes personnelles. — » Nagy, p. 245. — ^ Szabo, p. 87. — lo Ibid. — Hiinfalvy, II, p. 218. — il Donau. p. 13.— Nagy, p. 245.— 13 Szabù, p. 59.— i* Szabô, p. 87. — is Hunfalvy, H, p. 218. — i<^ Sazerac, p. 29. — i^ Boleszny, p. 80. — i« Sazerac, p. 29. — i» Szabo, p. 59. — Hunfalvy, II, p. 218. — Nagv, p. 245. — 21 Boleszny, p. 80. —22 Donau, p. 13. —23 Boleszny, p. 80. — 2* Nagy,>. 245. — 2a Donau, p. 13: 20 Szabo, p. 59. — Hunfalvy, II, p. 219. — 27 Bolesznv, p. 80. — 28 Xagv, p. 245. — 29 Donau, p. 13.

encore d'une ouverture^ sorte de fenêtre naturelle^ située? toises (43 m. 37..) plus haut, vers la droite^ (et point du tout sur le revers de la montagne — am Rûcken des Berges — comme l'indique la Notice sur le Danube^). C'est un trou ovale % d'environ une toise (4 m. 89..) de diamètre^.

Il fait froid et humide dans la grotte^ Comme dans celle de de Punyikova, du calcaire s'y est déposé le long des parois s, sur une épaisseur de quelques lignes^, mais seulement par places à de certains endroits qui s'y prêtaient, comme sous le trou ovale dont nous avons parlé; ici, par exception, la croûte calcaire a môme atteint, sur une petite étendue, plusieurs pouces d'épaisseur^^, grâce à l'eau saturée de calcaire^^ qui s'infiltre par cette ouverture Du reste, ni stalactites, ni débris d'animaux^*, pas plus que dans la grotte de Punyikova, et jpar la même raison: la grotte était, à une certaine époque, remplie d'eau douce; des traces évidentes le prouvent, entre autres l'état fruste, arrondi, des arêtes par lesquelles se touchent les différentes assises du roc calcaire où s'est formée la grotte. L'eau chargée d'acide carbonique produit cet effet sur le calcaire

La grotte de Veterani s'est produite de la même façon que celle de Punyikova, parla disparition graduelle des fragments derocqui en occupaient l'emplacement après que les couches calcaires qui la contiennent, soulevées par une poussée verticale du sol, se fussent fracturées sur une certaine étendue. Et c'estprobablementlamême poussée qui a donné naissance aux deux grottes. S'exerçant sur un point intermédiaire où, en effet, les couches se sont maintenues horizontales, elle a redressé d'amont en aval celles où se trouve la grotte de Punyikova, et d'aval en amontcellesoù se trouve la grotte de Veterani. Il est vraisemblable, comme on le croit dans le pays, qu'il y a communication entre les deux grottes, à travers les couches horizontales qui les séparent Du moins, a-t-on constaté dans la grotte de Veterani l'existence d'une poche latérale**^.

Au dehors, à l'entrée, on remarque un détail pittoresque : une petite cabane à demi cachée dans les taillis On remarque aussi

1 Donau, p. 13. — Boloszny, p. 80. — 2 Szabô, p. 59. — Huufalvy, II, p. 218. —3 Boleszny, p. 80. — * Donau, p. 13. — ^ Ibid. — « Boleszny, p. 80. "î Donau, p. 13. — 8 Szabo, p. 59. — Hi'iilalvy, II, p. 218. — ^ Szabo, p. 59. — lo Hunfalvy, II, p. 218. — liSzabô, p. 59. — is loid. — Hunfalvy, II, p. 21S. — Ibid. — Szabo, p. 59. —

Ibid. — Szabô, p. 59. — Boleszny, p. 80. — 18 Nagy, p. 245.

des débris de murs*, restes d'anciennes fortifications^ datant, toujours, des deux campagnes de 4692 et de 1788 (V. p. 459, 11. 35-36).

Lors de la première une troupe de quatre cents Impériaux* vint s'établir un beau matin dans la grotte"^ avec cinq canons, et sous les ordres d'un capitaine. Elle était envoyée, comme on a vu (p. 460, 11. 6-7), par le général Veterani^, avec mission d'occuper, aux alentours, la rive gauche du Danube, pour fermer le fleuve aux Turcs — sa largeur étant relativement faible dans la passe de Kazan' — au cas où l'ennemi prétendrait se ravitailler par eau en hommes, vivres ou munitions^. Le capitaine, un Français, de nom, au moins, — il s'appelait Dominique du Saix, baron d'Arnau®, • — se jugeant suffisamment protégé de dos par les escarpements de la montagne ne songea qu'à se bien retrancher sur le terrain en pente qui court, en long ruban, des deux côtés de la grotte, entre le Danube etle pied des falaises Deux de ses redoutes sont encore visibles, l'une à 600 pas (240 toises) environ, l'autre à 4750 pas (646 toises) en aval de la grotte Nous avons signalé les débris d'une troisième, en amont, vers la grotte de Punyikova (V. p. 459, 11. 34-36). Cette redoute, et la grotte elle-même, furent reliées à la grotte de Vcterani — on ne l'appelait encore que de son nom primitif de Piscabara^* — par un chemin couvert servant de communication entre ces divers points. D'autres ouvrages de défense furent élevés à l'entrée même des deux grottes*^. — Tout était prêt, quand les Turcs parurent pour chasser les Impériaux de leurs positions. Ils firent plusieurs attaques qui échouèrent devant l'énergie de la résistance. Cependant des Albanais, munis de crocs en fer, ayant réussi à escalader les falaises des éclats de roc commencèrent à pleuvoir sur les assiégés, et bientôt les redoutes ne furent plus tenables. Il fallut se replier dans la grotte, en abandonnant les ouvrages extérieurs, dont les Turcs s'emparèrent^^. Ceux-ci, postés maintenant sur l'autre bord, en face de la grotte, ouvrirent sur elle un feu violent^^, et se préparèrent à l'assaut final Mais la garnison, décimée d'ailleurs parles blessures-^ et les maladies, était à bout de vivres et de munitions : elle capitula

1 Hunfalvy, H, p. 218. — 2 Boleszny, p. 51. — 3 Donau, p. 13. — * Id., p. 14. — Boleszny, p. 81.— 5ld.,p. 82. — ^ Donau, p. 1 i. — " Id., p. 13. — s Boleszny, p. 88.

— 9 Id., p. 81. — 10 Doiuiu, p. li. — Boleszny, p. 82. — Donau, p. 14. — i-' Ibid.

— Boleszny, p. 85. — ^3 id.^ p. 51. — 14 Boleszny, p. 80. — Donau, p. 13. — Boleszny, p. 85. — 16 Donau, p. 14. — i'' Ibid. — Boleszny, p. 87. — 1» Donau p. 14. — i^Bolesiiy, p. 87. —Soui., p. 88. — 21 Donau, p. 14.

LE DÉFILÉ Dl] BAS-DANUJ3E. 163

Les conditions furent qu'elle serait conduite saine et sauve au poste de troupes impériales le plus voisiné La défense avait duré quarante-cinq jours % la capitulation étant du 5 juin^, et la première atlaque des Turcs venus par eau d'Orsova ayant eu lieu le 20 avril ^. La grotte était occupée militairement depuis le mois de mars^ (d'avril, selon la Notice sur le Danube^'),

Durant la campagne de 1788 ^ les anciennes redoutes de 1692 furentremisesen état^,etla grotte de Veterani reçut de nouveau une petite garnison de troupes impériales^, que les Turcs, de nouveau, attaquèrent. Le revers du Csukar (ce plateau*^ dont il a été déjà question, V. p. 156, 11. 26-28) étant tombé auparavant entre leurs mains à la suite d'un combat meurtrier*- (c'est ce combat que rappellent les pierres tombales dont nous avons parlé p. 156,1. 33), la pluie de pierres lancées du haut des falaises (V. p. 162, II. 27-28) accompagna cette fois dès le début le feu des batteries ennemies*^ ; mais les assiégés, mieux abrités qu'en 1692*\ tinrent bon dans leurs positions*^ jusqu'au vingtième jour du siège*^. Alors eut lieu un assaut général^', pendant lequel, sans cesser de se battre, ils durent se concentrer dans la grotte Une capitulation honorable leur fut proposée le jour même. Ils ne pouvaient la refuser, vu l'épuisement total de leurs ressources et ce second siège finit à peu près comme le premier.

Dans le voisinage des trois grottes que nous venons de signaler (grotte de Veterani, grotte de Punyikova, et GauraTurkuluj), le Tarn antises, ou Grand Csukar, forme du côté du Danube une muraille particulièrement abrupte Elle porte un nom spécial : Magura^^

En aval de la grotte de Veterani, l'ensemble de la pente reste encore quelque temps le même qu'en amont. C'est une falaise continue, avec, dans le bas, un mince ourlet de végétation qui parfois s'élargit et jaillit alors en fusées jusqu'en haut par certaines déchirures obliques et rectilignes du roc'^ Cette partie de la pente — où trois détails surtout frappent le voyageur qui suit la route à pied : 1^ un talus d'éboulement énorme, rougeâtre, et tout entouré de

1 Bolesziiy, p. 89. — ^lù., p. 90. — Donau,p. li. — ^Ibid. — ^Boleszny, p. 83. — Id., p. 82. — « Donau, p. 14. — ^ Ibid. — 8 Bolesziiy, p. 98. — 9 Id., pp. 98, 100. —

Donaii, p. 15. — lo ii Boleszny, p. 99. — Donau, p. 15. — iSBolesznv, p. 100.

— i*Ibid. — Bolesznv, p. 100. — Donau, p. 15. — Boleszny, p. 101. ~ id.,

p. 100. — 18 Id., p. lOl.*^— 19 Id., pp. 101-102. — Donau, p. 15. — 20 Hunfalvy, II,

p. 217. — 21 Ibid. — 22 Ilotes personnelles.

fantastiques pans de rocs; 2° un rocher en pointe, énorme aussi, se dressant dans le vide entre deux autres talus d'éboulenients; 3° une paroi verticale imitant par ses fentes les assises disjointes d'un vieux mur en ruine — cette partie de la pente, disons-nous, dure jusqu'à un endroit où la falaise vient plonger tout à coup dans le fleuve. Ici, sur Timmense muraille, entre des sillons verticaux remplis de végétation, se détache en relief une succession de superbes arêtes que la route, serpentine de nouveau, comme à l'entrée de la passe, contourne presque au ras du fleuve, dans l'épaisseur du roc — en surplomb, par places, au-dessus d'elle, et par places, complété, du côté du Danube, par des murs de soutènement à bases de rochers. C'est l'extrémité nord de la pente par laquelle le Grand Csukar borde la vallée du Danube ^ Les pentes qui suivent reculent brusquement^ pour former un hémicycle'^ qui commence par la pente nord du Grand Csukar \ presque aussi raide ^ que sa pente orientale (celle qui borde le Danube). A l'angle^ où se réunissent ces deux pentes du Grand Csukar, l'extrémité — quenousvenonsde décrire — derune(Ia pente orientale) etles premiers escarpements de l'autre (la pente du nord) se confondent en une puissante masse rocheuse' : borne gigantesque, imposante pyramide, qui se présente ainsi, quand on remonte le courant : au centre, en face (côte nord), riche nappe de végétation pointant jusqu'au sommet; à gauche (vers Test), réseau de lignes nues, violemment saccadées (la falaise terminale, 11. 6-13, en raccourci); à droite (côté ouest) pente rocheuse un peu moins en perspective, où descendent tout droit de longues entailles parallèles; plus loin, le versant nord du Grand Csukar se continue sous la forme d'une belle croupe boisée qui va s'abaissant vers la partie centrale de l'hémicycle, la moins haute, la plus nue, avec ses crevasses d'un jaune rougeâtre^.

Le fond de l'hémicycle est en partie occupé par le Danube qui fait ici comme une baie^; le reste estune terrasse peu élevée Sur cette terrasse, à la base des pentes** de l'ouest un petit village se groupe autour d'assez jolis clochers. Ses habitants sont roumains

1 Notes personnelles. — s Carte au 1/75000. — Boleszny, p. 51. — 3 Szabo, p. 87. — Hiinfalvy, II, p. 217. — Boleszny, p, 52. — Nagy, p. 245. — ^ Carte au 1/75000. — '-^Szabo, p. 68. — ^ Boleszny, p. 51. — ' Ibid.— sNotes personnelles. — y Boleszny, p. 51. 10 Szabé, p. 87. — Boleszwy, p. 51. — 12 Carte au 1/75000. — 13 ]>jagy, p. 245,

Il s'appelle Dubova*, et donne son nom à Thémicycle de montagnes qui l'entoure (cirque de Dubova^).

A son extrémité nord (comme on Ta vu pour son extrémité sud, p. 164, 11, 16-21) cet hémicycle se dresse en parois escarpées^, qui se continuent par d'autres, de même nature, dans la direction du nord, le long du Danube*. Ces dernières, chaos de masses rocheuses, présentent les formes les plus fantastiques ^ Elles durent ainsi jusqu'à l'extrémité de la passe (3 kilom. et demi environ^), et constituent la pente orientale d'une sorte de plateau légèrement bombé (on s'en rend bien compte du bateau, en venant d'aval) et couvert de grands bois'. Semblable au Grand Csukàr, il porte le même nom, seulement avec l'épithète de Petit (Sukaru Miku^). Les pentes abruptes par lesquelles se termine au nord le cirque de Dubova ne sont autres que les pentes méridionales du Petit Csukâr. L'angle qu'elles forment avec les pentes orientales de la même montagne (celles qui regardent le Danube) reproduit avec une symétrie frappante l'angle nord-est du Grand Csukar (V. p. 164, IL 16-21). Seulement, la borne angulaire du Petit Csukàr est plus pauvre en végétation ; le roc s'y éparpille, de la base au faîte, en une multitude de clochetons naturels. Du côté du Danube, elle est nettement limitée jusqu'à la route par un talus d'éboulement, et fait un peu saillie par rapport aux pentes qui suivent^.

Celles-ci, avec leurs grands rochers en pointe mêlés de végétation, s' entr' ouvrent, au bout de quelque temps, et donnent accès dans une vallée, au fond de laquelle, semblable à une tour en ruine, se dresse un beau roc isolé^^. La vallée porte le nom de Mrakonya ainsi que le torrent^^ qui la parcourt, et que la route enjambe par un pont. Un petit delta s'est formé à son embouchure En remontant la vallée, on arrive à de grandes forêts appartenant à l'État, mais exploitées temporairement par une compagnie On exploite aussi dans la vallée de Mrakonya des mines donnant principalement du plomb et du cuivre^*. Toute cette activité industrielle a pour indice un petit chemin de fer qui débouche de la vallée sur le delta En aval, les pentes du Petit Csukâr deviennent très boisées, mais toujou^rs avec mélange de roc nu affectant la forme de petites

iBoleszny, p. 51. — 2 Hunfalvy, II, p. 218. — Szabo, p. 87. — 3 Szabô, p. 68. — * Carte au 1/75000. — Hunfalvy, IL p. 217. — Id., p. 216. — 6 Carte au 1/75000. — 7 Notes personnelles. — 8 Carte au 1/75000. — « Notes personnelles. — ^oibid. — ^^Boleszny, p. 52, — Notes personnelles. — i3 i3oleszny, p. 52. — ^^Boleszny, pp. 52 et 53. — i5 Notes personnelles. — Carte au 1/75000.

aiguilles, d'abord, puis de deux grandes parois, la première toute bosselée, la seconde vaste et massive ^

A partir d'un petit vallon, la montagne s'affaisse brusquement^, et environ 100 mètres plus loin^, les pentes du délile, fuyant soudain en arrière, donnent naissance à un angle droit* où s'arrête la passe de Kazân. Au delà, le défilé'^ et le fleuve^ s'élargissent de nouveau.

Cette extrémité basse du Petit Csukâr, cette espèce de cap qui le termine, offre vm sol rougeâtre et pierreux, couvert de bois et de cultures. Sa base est une petite falaise continue qui plonge dans le Danube, et dont le pied porte çà et là des murs de soutènement où s'appuie la route, taillée dans le roc vif. Le roc parfois surplombe la route, sur la face nord du cap (au delà du tournant, en dehors, déjà, de la passe). Gris de ton, il la domine ici d'environ trois hauteurs d'homme*^.

RIVE DROITE

A l'entrée delà passe, un peu avant même^, la rive droite change brusquement de caractère. Les pentes s'adoucissent, et, de bombées (V. p. 149, 11. 2-4), deviennent concaves; on dirait la moitié d'une coupe. Une végétation touffue tapisse Tintérieur de ce creux immense; au-dessus se dresse une falaise ainsi qu'un diadème^; vues d'amont, ses parois de roc se plissent en lignes verticales du plus beau jet^^. C'est ici, et jusqu'en bas, la face occidentale*^ du mont Sterbecz*^ ouSterbetz|^^ — pr. Chlerbetss — ou Styierbecz**ou Strbac*% dit aussi, en ajoutant Tépithète de Grand, Nagy (pr. Nadye)- Sterbecz^^Sterbeczu al Mare*^,StirbetiuMare*%leplus haut de tous les sommets entre lesquels serpente le défilé du Bas-Danube*^. On évalue son altitude à 768 mètres -^ à 2200^*, 2516 pieds-- (698 m. et q. ch., 795 m. et q. ch.), à 2345 pieds = 741 m. et q. ch. (avec une hauteur de 2210 pieds = 698 mètres et q. ch. audessus du fleuve) Il dépasse de beaucoup les falaises de la rive opposée. L'ensemble qu'il forme avec elles est d'une beauté dont n'approche aucune partie antérieure du défilé^*. La végétation qui

1 Notes personnelles. — ^ibi^^ — ^c^rte au 1/75000. — * Boleszny, p. 58. — Carte au 1/75000. — s Nagy, p 247. — ^ Hunfalvy, H, p. 216. — Notes personnelles. — 7 Notes personnelles. — « ]v^Qtes personnelles. — Carte au 1/7500U. — *^ Notes personnelles. — 1^ Boleszny, p. 45. — Notes personnelles. — Carte au 1/75000. — ^'^fiz'dbôy p. 86. — 1^ Boleszny, p. 45. ~ Szabu, p. 8<). — i^id., p. 67. — 16 Hunfalw, H, p. 217.

— 17 Szabé, planche IV. — Carte au 1/75000. — 19 Szabô, p. 67. — 20 Carte au 1/75000.

— 21 Szabù, p. 86. — 23 Boleszny, p. 45. —23 Hunfalvy, II, p. 217. —24 Heksch, p. 663.

Tescalade à moitié, avons-nous dit (V. p. 166,11. 19-20), comme une vague gigantesque, laisse néanmoins percer çà et là quelques pointes de roc, de plus en plus rares, d'ailleurs, à mesure qu'on avance d'amont en aval. Le roc apparaît aussi, par endroits, au bord même du Danube, sous forme de falaises minuscules plongeant à pic dans Teau. Puis la pente concave (V. p. 166,11. 17-1 9) se transforme en d'autres, accidentées de ravins, et d'une végétation moins intense. En haut, court d'abord une frise de rocher inégalement large, que la végétation, arrivant parfois jusqu'à la cnHe, divise même en plusieurs tronçons, mais qui, à son extrémité d'aval, descend bien au quart de la pente totale. On dirait la corniche d'un plateau écroulé par devant. Des ondulations boisées font suite à cette frise, toujours au-dessus des mêmes pentes, complètement dépourvues, là, de rochers, tandis que leur partie antérieure (celle que couronne la frise) montre çà et là, au premier plan, du roc nu^

Viennent maintenant, sur une longueur de 3 kilomètres et demi environ, des pentes plus raides, talus abrupt d'une sorte de plateau qui s'élève en face du cirque de Dubova, mais commençant plus tôt, et le dépassant aussi à l'autre bout\ La crête du plateau a nom, sur un point, Gyàlu-Fàguluj^ Gyalu-Fagului^ (pr. Dialou Fagoulouï), sur un autre, en aval du premier, Biger^. M. Szabô n'en fait qu'un massif, semble-t-il, avec le Sterbecz^. Les escarpements dont il borde le Danube sont en majeure partie des murs de roc qu'on peut grouper en trois falaises principales, séparées entre elles par des espaces mieux fournis de végétation. La première commence par une sorte de pyramide tronquée baignant dans l'eau même du Danube, et toute en roc, avec un peu de végétation, çà et là, des parties lisses, et d'autres fendillées, ou découpées en pointes. Le reste de la falaise est, dans le bas, ourlé d'un large ruban de végétation, ne laissant de place, le long du Daaube, qu'à de rares petites plages semées de débris, qu'à d'humbles surfaces rocheuses tombant droit, en forme de soubassement. Au-dessus, la falaise peut se diviser en trois parties. C'est d'abord une immense muraille que limitent, à droite et à gauche, deux couloirs obliques et rectilignes, pleins de fourrés, qui descendent à la rencontre l'unde l'autre. Au centre, où lamurailleplongeleplus bas,

1 Notes personnelles. — 2 Carte au 1/75000. — ^ Hiinfalvy, II, p. 217. —* Szabô, planche IV. — & Ilunfalvy, II, p. 217. — eszabo, pp. 67, 68.

elle forme les 5/6 environ de la falaise totale, en hauteur. Quelques arbres hérissent sa crête. Lisse et nue au premier coup d'œil, elle est néanmoins coupée de fentes; il s'en détache aussi, en grand nombre, des lames de roc minces, pointues, dressées à plat contre la paroi du fond. Presque pas de végétation, moins encore que sur la pyramide (V. p. 167, 1. 27). Le ton général est blanc. C'est cette muraille qu'on aperçoit, dès le rapide de Jucz, à travers la coupure des montagnes du nord(V. p. II. 13-15). Elle est fendue verticalement, sur la gauche, aux deux tiers de sa largeur, par une crevasse étroite, noire et profonde, devant laquelle se dresse, en forme de flamme, une pointe de roc isolée. La partie delà muraille située à gauche de cette fente est plus boursouflée que le reste ^

Entre le couloir qui la limite en aval, et un autre, situé un peu plus loin et parallèle au premier, d'énormes parois de roc, à surface lisse, à fentes verticales, s'alignent obliquement, encadrées de végétation, et, par le second couloir, confinent à la dernière partie de la falaise : surface triangulaire toute en roc dont la base est rayée verticalement de bleu et de jaune. Au delà, jusqu'à la falaise du centre (V. p. 167, 1. 25), les pentes sont revêtues de végétation; le roc ne s'y montre qu'isolément, sous forme de petites masses grisâtres; sur la crête seulement, vers la droite, il se développe en bande continue, peu large : excroissance de la falaise méridionale (p. 167. 1, 26-p. 168, 1. 18). Deux détails de la pente : à droite, une pyramide de roc et de broussailles mêlés; à gauche, trois ou quatre pyramides de roc massives, légèrement voilées de broussailles, au-dessus d'un ravin qui s'ouvre en éventail. A ce ravin succède immédiatement la falaise centrale^.

C'est une simple arête de rocher, tombant au Danube en s'élargissant de plus en plus, et toute hérissée de pointes. Elle occupe en face deDubova le point le plus saillant du talus que nous décrivons (V. p. 167, 11. 17-20)et semble, d'aval, un promontoire. La pente qui suit, jusqu'à la falaise du nord, est de nouveau plus couverte de végétation que de roc ; le roc n'y descend nulle part jusqu'au bord de l'eau. Elle se compose proprement de cinq pentes distinctes, séparées les unes des autres par des sillons, traces de torrents temporaires. La première de ces pentes, contiguë à la falaise du centre, est encore très rocheuse, surtout dans le voisinage de la falaise; la seconde, creusée en ravin, disparaît tout entière sous

* Notes personnelles. — ^ibid.

LE DÉFILÉ DU BAS-DANUBE. j69

un riche tapis de verdure. Les deux sont dominées par une puissante frise de rochers qui se détache de la falaise centrale ; un des blocs qui la composent fait un peu, au-dessus de la seconde pente, l'effet des tables de la loi au fronton des synagogues. Sur la troisième pente, dont la crête va s'abaissant de droite à gauche, hérissée de petites dents de rocher, le roc, de nouveau, abonde, dessinant, sur la droite, une arête encadrée de végétation, se dressant ça et là en pointes isolées, tandis qu'à gauche d'un double sillon creusé par les torrents, et qui descend en ligne droite au Danube, d'autres pointes, près du fleuve, se groupent en pyramide. La quatrième pente monte en forme de trapèze. Boisée jusqu'aux rochers blanchâtres, assez grands, de sa crête, elle se couvre en été d'un riche tapis de feuillage tantôt clair, tantôt sombre, du plus bel ellet. La cinquième pente se compose en partie d'un grand rocher à pans droits surmonté de buissons. C'est la surface rocheuse la plus considérable entre la falaise du centre (p. 168, 11. 27-31) et la falaise du nord (V. p. 107, 1. 25). Dans le bas, se dressent quelques pointes de roc isolées ^

La falaise du nord, qui suit immédiatement, a pour ainsi dire deux étages, en retraite l'un sur Tautre, et reliés entre eux par une sorte de corniche inclinée, couverte de végétation (tandis que,^ au-dessus ainsi qu'au-dessous, le roc nu domine). L'étage supérieur de la falaise peut se diviser à son tour, de droite à gauche, en trois parties. La première est une surface brisée, à grands pans et à grandes lignes, descendant, comme un écu, en pointe, et forçant la corniche qui longe sa base (V. 1. 21) à s'infléchir un peu (en V). La végétation s'y mêle au roc, et forme à sa gauche une bande irrégulière qui sépare cette première paroi de la seconde, également brisée et tachetée de buissons, mais plus petite, descendant moins bas, plus bosselée, plus menue dans ses détails, rendée au milieu de sa crête, et teintée çà et là de bleu et de jaune. La troisième paroi est complètement lisse et nue, à rencontre des précédentes. Elle descend moins bas encore, au quart environ de la hauteur totale de la falaise. Des arbres se dressent sur sa crête, qu'on sent être le bord d'un plateau. Même netteté, en bas, dans le dessin de la corniche qui sépare les deux étages de la falaise (V. IL 19-20) ^

1 Notes personnelles. — sjbid.

Sous la paroi précédente, celle du milieu, s'ouvrent trois grottes, d'où descend perpendiculairement au Danube un double sillon rectiligne plein de débris dus évidemment au passage de torrents temporaires. Des deux parties qui composent d'après cela l'étage inférieur de la falaise, la première n'offre encore, comme les pentes d'amont, que des fragments de roc perdus dans la végétation et séparés du Danube par une bande de terrain meuble. La seconde est en entier du roc nu, et plonge dans le fleuve par une espèce de soubassement à pic, rayé jusqu'à l'eau de stries transversales, parallèles, peu apparentes d'abord, et rectilignes, puis nettes, sinueuses, serrées, du plus curieux effet. La paroi est en outre entaillée horizontalement, un peu au-dessus du niveau de Teau, dans presque toute sa longueur; où l'entaille manque, on voit s'aligner des trous : ce sont là, on l'a deviné, des traces de la voie romaine (V. p. 152, 1. 9-p. 453, 1. 17) ^

A la falaise du nord succède une pente plus douce, hémicyclaire, et boisée, comme il en existe une déjà à l'entrée de la passe (V. p. 160, 11. 17-20). La falaise du nord s'y relie par une face latérale qui s'élargit de bas en haut à mesure que la pente contiguë s'éloigne de la perpendiculaire, et dont la crête va en montant de la face antérieure de la falaise à la crête de Thémicycle, située plus haut, et bien plus en arrière. Celle-ci forme, dans sa première moitié, le contour supérieur, à peu près horizontal bien qu'accidenté, d'une corniche rocheuse très inégalement large. D'abord sans importance % au point coté 623 sur la carte ^ elle envaliitle tiers environ de la pente totale (en hauteur), puis s'amincit de nouveau, occupe ensuite le cinquième à peu près de la pente, et disparaît enfin, d'un saut brusque, dans la végétation où se noie le reste de la crête. Les pentes de l'hémicycle que couronne la corniche sont tachetées çà et là de roc nu. Pente et corniche rappellent en plus petit le versant occidental du Grand Sterbecz (V. p. 166). Elles-mêmes forment le versant occidental d'une montagne dont le nom exprime bien cette symétrie : c'est le Petit Sterbecz (Stirbetiu micu). La cote 623 que nous avons mentionnée (1. 25) donne en mètres l'altitude de son point culminant ^. Le reste de l'hémicycle confine au ciel par une ligne plus basse, qui s'incline de droite à gauche " (cela se voit bien du pont du Makronya,

1 Notes personnelles. — 2 ibid. — 3 Carte au 1/75000. — * Ibid. — ^ Ibid. — Notes personnelles.

V. p. 165, 1. 28), et qu'estompent des bois, sans un rocher. Pas de rochers non plus sur les pentes d'au-dessous ^

Vient ensuite une longue côte analogue à celle qui précède l'hémicycle du sud, à l'entrée de la passe (V.p. 448,1. 29-p. 149, 1.4). De même que l'autre, elle contraste avec les pentes en creux adjacentes, et, sous sa crête horizontale, fait ventres Au quart environ de sa longueur, qui mesure environ 2 kilomètres, elle tourne au nord par un coude brusque ^. A la moitié de sa longueur, elle sort de la passe ^, qui finit là par le recul subit de la rive gauche (V. p. 100, 11. 4-7). Toute sa première moitié, et môme un peu plus, est abrupte ^ et rocheuse jusqu'à mi-hauteur, semble-t-il. Le reste est boisé. La partie rocheuse se compose jusqu'aux approches du tournant (V. 1. 7) d'une dizaine d'aretes verticales séparées par de la végétation. Au tournant, s'étale une falaise distincte, qui pointe le plus haut dans les bois à l'angle même du coude. Presque entièrement nue, de petites plages de débris la séparent de l'eau, ailleurs elle y plonge à pic, par pans lisses, coupés d'une entaille horizontale qui indique comme toujours l'ancienne route romaine. A l'angle du tournant se dresse devant la falaise un bloc détaché en manière de borne. L'entaille de la route se distingue très bien, à sa base \ Quelques falaises succèdent encore à celle-ci jusqu'à la dernière, que précède un ravin boisé et qui se trouve déjà en dehors delà passe ^. D'énormes masses rocheuses superposées les unes aux autres forment ici comme une haute et vaste muraille à surface lisse et nue^^, tachetée seulement çà et là de buissons et de touffes d'arbres. Au pied de la falaise court une étroite bande horizontale taillée dans le roc, qui par endroits s'avance au-dessus en demi-voûte C'est l'ancienne voie romaine^% où passe, encore aujourd'hui, un chemin Au niveau de cette espèce de socle se creuse une niche dont le fond porte une inscription^^. Quoique on l'aperçoive de loin cette inscription est difficile à déchiffrer : une partie en a été détruite le reste disparaît presque sous une épaisse couche de suie ^\ Ces dégradations sont le fait

1 Notes personnelles. — ^ ibid. — ^ Carte au 1/75000. — * Ibid. — ^ Notes personnelles*

— G Ibid. Carte au 1/75000. — "Notes porsonnolles. —8 Ibid.— ^Carte au 1/75000-

— 10 Notes personnelles. — Sazerac, p. :27. — i-' Nagy, p. 246. — i^Ulunfalvy, II, p. 218-

— 1^ Sazerac, p. 27. — Lancelot, p. 82. — Sazerac, p, 27. — 17 Ibid. — Lancelot, p. 82. — 18 [bld. — Nagy, p. 246. — Thouvenel, p. 140. — Sazerac, p. 27.— Lancclot,p.82. — Boleszny, p. 55. — Nagy, p. 246. — ^OBoleszny, p. 55. — Thouvenel, p. 140. — Lancelot, p. 82. — Nagy, p. 246. — 22 ibid. — 23 ibid. — Lancelot, p. 82.

— Boleszny, p. 55.

des pécheurs* et des bergers/^ serbes qui depuis des siècles viennent camper en cet endroit% commode pour abriter leurs feux*. Voici ce qu'on peut lire de l'inscription. Elle est en latin.

IMP . CAESAR . mVI . NERVAE . F.

NERVA TRAJANUS . AUG . GËRM .

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