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votre ouvrage nu parlant de vos « frères les prisonniers » ; vous dites « quelle doueeur on éprouve à pleurer avce ceux rpii n'ont plus ni pairie^ ni amis, ni famille. » Si vous )i étiez, à ce qu'on m'assure, un prêtre très parisien, tout à fait dans le train, je vous féliciterais de votre miséricorde, plus grande que celle de Jésus ; cesf une leçon que vous, prêtre, donnez à la. divinité en pardunnant )néme au mauvais larron.
En remerciement de l'envoi de votre travail, monsieur l'abbé, j'offre volontiers à l'ancien aumônier de la Grande- Roquet te cette « impression. » de prison avec, dans le coin, le médaillon de l'Exécuteur.
A la porte de la Grande-Roquette — pour la foule, visiblement Tantichambre de la mort, ce qu'est le globe sur lequel nous habitons — deux pioupious à pantalon rouge sont assis sur un banc et fument tranquillement leur pipe. Près d'eux, en face de l'entrée, sont enfoncées entre les pavés cinq pierres oblongues. Sur elles se dresse parfois, dans l'aube claire, l'échafaud avec le couperet entre ses deux bras rouges.
J'entre et je traverse une cour. A droite sont
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]es magasins; à gauche est la cuisine. Les condamnés ont pour nourriture des légumes secs ou verts et, deux fois par semaine, le jeudi et le dimanche, de la viande. Il y a aussi parloir, ces jours-là. En face du parloir, le greffe.
En ce moment, devant la porte du préau, solide et ferrée, trois hommes, accompagnés de deux gardiens, entrent au bureau du greffe. Ils sont condamnés à la détention : Tun pour huit ans, l'autre pour sept ans, le troisième pour cinq ans. Ce sont des passagers. Ils doivent partir le lendemain pour des maisons de province.
Ces trois hommes sont des façons de brutes, au courant de ces formalités ; les milieux leur paraissent familiers : c'est la situation acceptée. Ainsi des vovageurs arrivent dans un hôtel.
Le parloir est ouvert. A travers deux grilles de fer, distantes de trente centimètres, et raj^és d'un treillis, une femme cause avec un prisonnier. Les détenus qui se conduisent bien peuvent, après autorisation, venir entre les deux grilles et parler de plus près aux visiteurs. Il leur est défendu d'approcher leurs mains du treillis. C'est le parloir de faveur. Deux gardiens entendent les conversations.
Dans le couloir, entre le parloir et le greffe,
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des femmes sont debout, tenant des paniers. Elles apportent des vivres pour les condamnés. Des surveillants coupent le pain en morceaux et retournent la viande afin do s'assurer que rien n'y est caché.
Un guichetier ouvre la derniëre porte. On ne la franchit, celle-là, que par autorisation du préfet de police, ou bien après avoir commis un crime. Le directeur, M. Beauqueshe, m'accompagne. D'abor.l, nous pénétrons clans une pièce oii les nouveaux arrivés, après avoir eu les cheveux coupés et la barbe rasée, sont déshabillés et revêtent le costume gris do la prison. C'est dans cette pièce que les condamnés à mort sont livrés aux mains du bourreau, qui déchire leur chemise, dans le dos, et les emmène.
Nous sommes dans le préau. Il est onze heures du matin. Une quarantaine de détenus, inoccupés par suite du manque d'ouvrage, se promènent de ci de là, ennuyés presque tous, comme des animaux, la tête penchée vers le sol.
Aux heures des repas, de neuf heures moins un quart à dix heures moins un quart, quatre cents hommes vont en rond dans ce préau, tou-
jours de droite à gauche, parlant à mi-voix avec un bruissement d'eau d'égout. C'est bien la fange de la population qui se presse entre ces murs en effet.
De la boue ramassée.
Les gardiens marchent un par un, en sens contraire. Cette mesure est de récente date. Avant la direction de M. Beauquesne, les condamnés pouvaient stationner, se grouper, aller en tous sens. Dans ce préau houleux surgissait des révoltes. Difficile était la surveillance. Il n'en est plus ainsi.
Adossées à la chapelle, au fond du préau, sont deux maisonnettes vitrées : l'une est occupée par un marchand de coco ; dans l'autre, les détenus déposent leurs gamelles. Ils appellent cela : le café Riche et le Palais-Royal.
Près du « Palais-Royal », sur un banc, s'assoient, pour manger leur soupe, les prisonniers tranquilles et laborieux. Les canailles endurcis se tiennent, indomptables, à l'écart.
Les ateliers sont situés de chaque côté du préau, à l'est et à l'ouest, au rez-de-chaussce. Dans l'atelier où nous entrons, une soixantaine
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de condamnés travaillent au cartonnage. « Fixe ! » crie le gardien. Les hommes, interrompant leur ouvrage, se découvrent. Le directeur demande si personne n'a à faire de réclamations, Tous gardent le silence.
Les prisonniers ont une rétribution proportionnée au labeur accompli. Chaque soir, chaque homme sait ce qu'il a gagné. Un des détenus me montre son livret. Il a fait dix francs dans sa semaine. Cet argent sert à acheter du vin, un cinquième par repas. 11 est interdit par le règlement de leur en vendre plus à la fois. L'ivresse leur mettrait dans les yeux des visions de sang.
Dans cet atelier de cartonnage, M. Beauquesne, aux premiers temps de son installation, a été frappé. Il avait ordonné au brigadier d'enlever et de mettre au cachot un homme qui refusait de travailler. Le condamné, sans se retourner, lança un coup de pied en arrière, « en vache », et atteignit aux reins le directeur, qui garda le lit trois mois. Maintenant, l'ordre le plus complet est établi. Lorsque nous passons dans le préau, les prisonniers, — qui n'y sont pas obligés, — ôtent leur bonnet.
Après les salles de cartonnage, je visite un afe-
lier de serrurerie. Je parcours aussi celai où les détenus fabriquent des chaussons.
Un jour, dans un de ces derniers, un détenu a tenté d'éventrer un gardien. Il s'est précipité sur lui, ses longs ciseaux ouverts^ prêts à fouiller les entrailles. Parmi ces hommes est un père qui a étranglé sa petite fille, après l'avoir violée. C'est une célébrité. L'égalité, mot creux, même à la Roquette ! Les condamnés à six mois de prison payent aux condamnés au bagne un hommage d'un verre de vin. C'est de tradition. Les forçats sont les ducs et pairs de celte société. On fait des ovations aux grands criminels, par exemple à ce père abominable. Lorsqu'il est entré à la Roquette, les prisonniers disaient :
— Pui-que celui-là n'est pas « monté à l'Abbaye », personne no mettra plus sa « sorbonne » à la lunette.
On doit sérieusement réfléchir si la peine de mort n'est pas la dernière crainte qui empêche le criminel de lever sa main armée. Un grand nombre de gens sans doute tuent « le mandarin », mais la peur de la répression les retient d'assassiner, autre part qu'en Chine.
Est-ce que pour la foule des voleurs, des vagabonds, des sans-le-sûu. des va-nu-pieds, pour
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ceux qui n'ont pas de famille, pas de toit, pas de pain ; pour ceux dont le cerveau est resté informe, le Nouvelle-Calédonie n'est pas le pays bleu du rêve? Là-bas commonce une autre existence dans un monde ignore, derrière les étendues d'océans.
* Au-dessus des ateliers sont les cellules. Elles occupent trois étages. La Grande-Roquette peut contenir six cents détenus.
Cfiaque cellule est garnie d'un lit qui comporte un matelas et une paillasse. On change les draps toutes les semaines. Aux divers étages est un étroit dortoir pour les condamnés auxquels on suppose des idées de suicide.
A la porte des cellules, un judas est percé par où le prisonnier peut être aperçu à tous les instants do la nuit.
Au bout d'un couloir se trouve la cellule où a été enfermé M. Darboy avant son exécution. Elle n'a depuis servi à personne. Le lit est resté tel quel avec la même couverture, les mêmes draps. Sur la croix de fer qui barre le judas de la porte do la cellule, des mots latins sont écrits au crayon, autour d'un dessin qui semble représen-
ter les instruments de la Passion : VUœ robitr, mentis salus.
L'archevêque est descendu avec les autres otages, par l'escalier dérobé, dans le premier chemin de ronde. Arrivé à un tournant, il a dû s'appuyer, faiblissant, à une des barres de fer de la porte. M. Bonjean l'a soutenu. Il est ensuite revenu sur ses pas, dans le second chemin de ronde. Les cinqs prisonniers ont été fusillés là. Sur la pierre, on voit la marque des balles. Une plaque de marbre blanc, portant une inscription, est scellée dans la muraille.
La chapelle joint les deux ailes où sont les ateliers et les cellules. La prière doit être peu influente dans cette maison de la Roquette et les exhortations de Taumônier doivent, il me semble, tomber comme la graine du semeur del'Évangile sur un terrain aride.
En levant les yeux, j'aperçois trois tribunes grillées, surmontées d'une croix noire ; c'est la châsse des condamnés à mort. De là ils assistent, invisibles, à la messe du dimanche. Ces tribunes ont l'air de trois cercueils. Cela donne froid dans le cou.
Derrière la chapelle se trouvent l'infirmerie, le