‹ Le déisme réfuté par lui-mêmeChapitre 33 sur 42 · XXII · texte numérisé non relu

XXII

«.Tésus, après avoir déclaré qu'il ne fera point de si- » gnes, annonce de faux christs qui en feront; il dit (\\\ils r^ feront de grands signes , des miracles capables de séduire r> les élus mêmes, s'il étoit possible. Ne seroit-on pas tenté » sur ce langage de prendre les signes pour des preuves de » fausseté?»

Cette tentation ne peut avoir lieu, quand on y réfléchit sans prévention. 1.° 11 est absolument faux que Jésus ait déclaré qu'il ne feroit point de signes, il a dit au contraire qu'il en faisoit , afin que l'on crût en lui , et il en a fait effectivement : il a commandé à ses disciples d'en faire, et il a prédit qu'ils en feroient : Guérissez les malades, leur

j F.xodc, 12, 13. -, 3 Ibiil, 7,5.-3 Je»/rf,, 8, 8. — 4 Dans la troisième lettre,

<Vil-ll en les envoyant prêcher, /-^«ttsaV^z les morts, purificz les lépreux , chassez les démons : vous avez reçu gratuitement ces dons , accordez-les gratuitement^. Foiciles signes que feront ceux qui croiront en moi- ils chasseront les démons en mon nom, ils détruiront les serpents ; s'ils boii'cnl un poison mortel, il ne leur fera point de mal; ils imposeront les mains aux malades , et les malades seront guéris^. i.°\\ annonce à la vcrite de faux clirists qui feront des signes capables de séduire les élus, 5/7 etoit possible : remarquez la restriction. Où seroit rinipossibilllé, si les faux miracles pouvoicnt être entièrement semblables aux vrais, et si l^ieu ne faisoit toujours reconnoîtrc ceux-ci à des marques certaines? La règle que nous avons ci-devant établie, est donc conforme à la parole de Jésus-Christ.

C'est mal à propos que vous ajoutez • «Quoi! Dieu, « maître du choix de ses preuves, quand il veut parler » aux hommes, choisit par préférence celles qui supposent » des connoissances qu'il sait qu'ils n'ont pas! Il prend » pour les instruire la même voie qu'il sait que prendra le » démon pour les tromper! Cette marche seroit-elle donc » celle de la Divinité? Se pourroit-il que Dieu et le diable » suivissent la même roule? Voilà ce que je ne puis conce- » voir 3. »

Faites attention, s'il vous plaît, que cette route n'est point la même , puisque la voie de Dieu est toujours marquée pardescaractèresdesupériorité, de vérité, de sainteté, que le démon ne peut jamais imiter parfaitement. L'esprit de ténèbres se donneroit-il la peine de contrefaire les miracles , si les miracles ne prouvoient rien en eux-mêmes?Dieu l'a quelquefois permis, comme il permet que de faux prophètes opposent à sa doctrine une doctrine plus propre à gagner les esprits, comme il permet que des hypocrites copient jusqu'à un certain point les vertus des envoyés de Dieu. Demander pourquoi il permet ces tentations, c'est s'informer pourquoi Dieu veut rendre la foi méritoire aux

tMatih., 10, 6. — 2 Marc., x6, 17. — î LeUre, p. 104.

esprits droits. Quelle récompense merlleroil-on en préférant la vérité au mensonge , si la première ne nous laissoit, par Téclat de son évidence, aucune liberté de lui résister?

Vous voyez que lobjection que vous faites contre les miracles, attaqueroit de même les autres preuves de la révélation ? elle pourroit même être tournée contre les preuves de la religion naturelle , qui sont sujettes , de votre propre aveu , à des objections insolubles'.

11 serolt inutile de répondre au dilemme où vous résumez la difficulté; un nouveau tour ne lui donne pas un nouveau poids.

Vous vous récriez à votre ordinaire contre l'injustice de ceux qui vous accusent de rejeter les miracles. « Non, di- » tes-vous, je ne les ai rejetés, ni ne les rejette; si j'ai » dit des raisons pour en douter, je n'ai point dissimulé » les raisons d'y croire-.» Vous les avez dissimulées, Monsieur ; je vous l'ai fait voir. En insistant sur les passages de l'Evangile qui vous ont paru prouver contre les miracles, vous avez supprimé très -exactement ceux qui les établissent : est-ce là tenir la balance avec équité entre votre opinion et celle de vos adversaires ?

§ XXIU.

Mais enfin vous vous bornez à douter des miracles, voici les raisons de votre doute. « Je vois des faits attestés » dans les Saintes Ecritures ; cela suffit pour arrêter svir » ce point mon jugement. S'ils étoient ailleurs, je rejette- » rois ces faits, ou je leur ôterois le nom de miracles; » mais parce qu'ils sont dans l'Ecriture, je ne le rejette » point. Je ne les admets pas non plus , parce que ma rai- » son s'y refuse, et que ma décision sur cet article n'inté- » resse point mon salut. INul chrétien judicieux ne peut » croire que toutsoit inspiré dans la Bible, jusqu'aux mots

« Emile , t. 3 , p. 3o. — 2 Ibid; p, Io5.

322 LE DKISME

» et aux erreurs. Ce qii'on doit croire inspire' est tout ce » (jui lient à nos devoirs ; car pourquoi IJicu auroit-il in- » spire le reste? Or, la doctrine des miracles n'y tient nul- » Icment ; c'est ce que je viens de prouver. Ainsi le scnti- » ment qu'on peut avoir en cela, n'a nul trait au respect » qu'on doit aux Livres sacres'. »

Vous faites contre les miracles le même sophisme que vous avez fait ailleurs contre les dofj;mes. Ma raison se refuse à croire les miracles; donc je suis fonde à en douter, quoique l'Ecriture les atteste : ma raison se refuse à croire des mystères; donc je dois en douter, quoique l'Evangile les enseigne. Pour raisonner plus conséquemment , il auroit fallu dire : j'admets que Dieu a parle par l'Evangile; or, l'Evangile atteste clairement des miracles, enseigne expressément des mystères; donc ma raison a tort de s'y refuser. Dès que Dieu parle, c'est à nous à croire, et à tout croire sans exception, 11 est incapable de mêler ensemble l'erreur et la vérité' ; il ne peut pas même permettre que sa parole soit altérée par ceux qu'il a chargés de l'annoncer ; autrement il auroit parlé en vain.

V^oyez , je vous prie, l'inconséquence de vos raisonnements. Il y a dans la doctrine de Jésus-Christ des préceptes admirables et des dogmes incompréhensibles ; vous croyez aux premiers , vous doutez des seconds. Il y a dans ses actions des oeuvres naturelles, d'autres qui ne le sauroient être ; vous admettez les unes , vous doutez des autres. Il y a dans ses mœurs des exemples de vertus auxquels l'humanité peut atteindre, d'autres qui lui sont supérieurs; vous devez donc encore ajouter foi à ceux-là, et douter de ceux-ci. Alors, que restera-t-il pour fonder l'éloge pompeux que vous avez fait de Jésus-Christ 2?

Si vous dites que Jésus -Christ a été doué d'une sainteté plus qu'humaine, parce qu'il étoit Dieu , tous vos doutes deviennent ridicules; il a donc eu de même une science plus qu'humaine et un pouvoir plus qu'humain ; il a donc

i Emile, t. 3, p. iii. —^Ibid., p. l65.

pu enseigner et faire des choses au-dessus de la taison et de la nature.

Pourquoi Dieu auroit-il révèle autre chose que ce qui lient à nos devoirs? Parce qu'il lui a plu ; et dès qu'il a révélé quelque chose , le croire est une partie essentielle de nos devoirs.

En se bornant à croire inspire ce qui tient à nos devoirs seulement, il y a au moins la moitié de l'Evangile que l'on peut se dispenser de croire , et l'Evangile se trouve rabaissé au-dessous des livres moraux des philosophes. Selon vos principes , les offices de Cicéron doivent plutôt pisser pour un livre inspiré que l'Evangile. La morale, si vous voulez, n'en est pas si sublime ; mais elle n'est pas défigurée comme dans l'Evangile, par un mélange de faits et de dogmes auxquels, selon vous, la raison se refuse. En compensant le bien qu'a fait la morale de l'Evangile, avec le mal que vous attribuez aux dogmes et aux miracles, il demeure fort incertain si l'Evangile n'auroitpas du être brûlé pour le plus grand bien de l'univers. Tel est le respect que vous inspirez pour l'Evangile.

J'ai déjà remarqué que c'est une témérité punissable dans toutes les communions chrétiennes, de dire en termes exprès qu'il y a des erreurs dans la Bible.

Pour conclure notre longue dispute, voici en deux mots le caractère de tous vos écrits. Avec la croyance d'un déterminé déiste , vous avez voulu conserver une partie du langage chrétien ; cette bigarrure , au lieu de séduire , n'a fait que révolter également tous les partis. Les catholiques vous regardent comme l'ennemi le plus mortel de la révélation ; les protestants , comme un faux frère qui trahit sa propre religion ; les impies , comme un confrère timide qui n'ose pas tout dire. Etonné de ce soulèvement général, vous avez voulu faire bien ou mal votre apologie ; et le dépit d'avoir été mal accueilli , vous a précipité dans de nouvelles erreurs.

11 est fâcheux , Monsieur , que vous n'ayez pas mieux connu vos talents. Ps^é avec l'imagination la plus brillante,

324 LE DKISME RKFUTÉ PAR LUI-MÊME, si vous vous fussiez borne à des sujets de litlcratureet dV grc'ment, vous auriez eu le plus éclatant succès; mais ranibillon de dogmatiser vous a malheureusement saisi, l^a nature , en vous formant, crut faire un poète, et vous avez voulu être théologien ; la distance est grande de l'un à l'autre : vous aurez la destine'ede tous ceux qui sont infidèles à leur vocation.

Je suis , etc.

Ce aS janvier 1^65.

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