LETTRE IL
SUR LA NÉCESSITÉ d'cNE RÉVÉLATION SURNATrRF-LI.E.
Il y aurolt , Monsieur, de la témérité d'examiner la manière dont Dieu peut et doit enseigner l'homme, si nous prétendions régler sa conduite sur nos raisonnements , au lieu d'appuyer nos raisonnements sur sa conduite. Ce n'est point à notre foible intelligence, dont vous reconnoissez vous-même les bornes étroites, qu'il appartient de mesurer la puissance, la sagesse, les desseins de l'Etre suprême, et l'étendue de ses droits sur les créatures. Mais lorsque Dieu a daigne nous apprendre ce qu'il a fait , nous pouvons hardiment conclure qu'il a pu le faire, et qu'il a eu de bonnes raisons. Cette manière de procéder, est la seule qui puisse s'accorder avec le respect que nous devons à la
Divinité; ce n'est point néanmoins celle de nos adversaires nila vAtre. Vous commencez par tracer à Dieu le plan qu'il peut et qu'il doit suivre ; et vous en concluez qu'il l'a suivi. Nous aurons souvent occasion de remarquer le faux et l'irrégularité de cette méthode.
Quand nous disons qu'une révélation surnaturelle étoit nécessaire, vous comprenez qu'il n'est pas question d'une nécessité absolue, à laquelle Dieu ait été assujéti. Il lui étoit parfaitement libre de laisser l'homme dans l'état purement naturel , sans autre lumière que la raison , sans autre loi que la conscience , et de lui destiner des peines et des récompenses proportionnées au bon ou au mauvais iisage qu'il auroitfait de ses facultés. En supposant même que la nature humaine ait été créée dans un état plus parfait , élevée à une béatitude surnaturelle , et qu'elle en soit déchue par le péché, Dieu n'étoit pas obligé pour cela de la rétablir dans ses droits par le ministère d'un médiateur, de lui apprendre la grandeur de sa destinée , de lui imposer de nouveaux devoirs, ni par conséquent de les lui révéler.
Dieu pouvoit sans doute pardonner par pure miséricorde le péché de notre premier père; il pouvoit ne le punir que par les misères de cette vie ; il pouvoit se contenter de donner à la raison une- connoissance plus distincte des attributs de la Divinité et des devoirs de la loi naturelle ; il pouvoit assurer la béatitude éternelle à l'homme qui voudroit profiter de ce nouveau secours. Quand il s'agit de la puissance absolue de Dieu , qui osera lui prescrire des bornes, ou en fixer l'étendue?
Mais si Dieu a pu suivre ce plan , il a pu aussi s'en former un autre, et même plusieurs dont nous n'avons pas seulement l'idée. Il a pu ne recevoir l'homme en grâce qu'en vue des mérites d'un Rédempteur Dieu et homme ; il a pu attacher l'application de ces mérites à certaines pratiques qu'il a daigné prescrire : et il est clair que dans cette hypothèse, il falloit absolument une révélation expresse des desseins de Dieu, pour nous faire connoîtrç