‹ Le délire chronique: à base d'interprétationChapitre 13 sur 27 · THERE · texte numérisé non relu

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clus que je m'étais trompé et ne pensai plus qu'à oublier un

moment d’'égarement, et à racheter ma faute par une vie de travail et d'honnêteté. »

Vain désir de rompre avec ce passé : on lui donne deux collègues dont le nom rappelle celui d'employés qui travaillaient dans son ancienne maison ; il en retrouve un autre qui y a lui-même été occupé et un quatrième dont le bureau était alors situé à l'étage au-dessous. MM. M... prirent un commis du nom de Blanc « et ils se plaisaient à faire entendre ce nom à tous propos, pour faire une allusion que je ne comprenais pas à ce moment ». Par antithèse il y avait un jeune nègre dont il fit la connaissance au restaurant. « Je suppose que ces Messieurs l’avaient fait venirtout exprès pour établir une relation entre mon état d'âme et la race de ce jeune homme. »

Puis ce sont « des insinuations douteuses » du personnel. « Il y en à qui occupent des emplois et qui ne le méritent guère. » « Le désagrément du commerce c’est que souvent on tombe sur des employés qui vous volent, » «Il ne faut jamais dire que l’on n'aura pas besoin d’être en rapport avec la justice.» Sous couleur de lui reprocher son manque d’énergie,le patron luidit: «Cestun gendarme qu'il faudrait ici. » Parmi les employés qui l’entourent il y en à un qui a fait ses 98 jours dans les gendarmes. « Nul doute que cet employé n’ait été placé intentionnellement près de moi. » Dans une discussion un contremaiître lui répond : « M. L..., vous n'êtes pas honnête, » ce qu’il avait pris d’abord au sens de « pas poli ». Maintenant, il voit l’allusion. Il entend un jour son patron traiter quelqu'un de voleur. C’est une scène arrangée, « sans nul doute,'à son intention ». Des petits faits dont il ne se cachait pas, comme d'employer quelques timbres pour sa correspondance ou de garder pour sa collection des cartes illustrées, MM. M... n’ontils pas insinué que ce sontdes actes malhonnèêtes. Ils l'ont mis pour différentes affaires en rapport avec le commissaire de police à seule fin « de créer des allusions à son égard, de le faire observer et éprouver ». D'une scène à laquelle il assisteil retient cette phrase : « Enfin le moment est venu où tu vas expier tes crimes. »

C’est à qui cherchera à le ridiculiser. Le secrétaire du commissaire l’interpelle ironiquement. « Connaissez-vous Crétin?» «Gette affaire, pense-t-il, n’était que fictive pour permettre par allusion de me traiter de crétin. » On lui fait retourner une lettre remise

DRE Lu

par erreur à ses patrons et destinée à MM. Malin pour « insinuer sans doute que les agissements dont ilest la victime sont très malicieux ». Le représentant d’une maison de commerce lui fait cadeau d’une boîte échantillon d’amidon, « insinuation qui consistait à me dire que je pourrais l'utiliser pour me blanchir ». Un autre, abusant de sa timidité, l’accable de questions « avec une verve étourdissante » qui fait la joie des employés. Il est persuadé que ses patrons l’ont fait suivre un jour qu'il allait s'acheter un pardessus. « Le commis m'en présenta un beaucoup trop étroit que je pris néanmoins sur ses instances. MM. M... ont voulu ainsi me ridiculiser aux yeux detout leur personnel et de leurs relations, car je l’avais acheté tout exprès pourle méttre le lendemain à l’enterrement de Mn° E. M... Certains employés me complimentèrent ironiquement sur la coupe de mon pardessus etJ... arriva en retard pour attirer l'attention, affublé par contraste d’un pardessus beaucoup trop long. Dans la maison du M. C...house, il me fut remis un calendrier éphéméride dont les maximes ont été certainement choisies et composées à mon intention. »

Attaqué dans son honneur et son amour-propre, ilestégalement perséculé dans sa santé, danssa sensibilité morale.Plusieurs fois, en hiver, ses patrons le retiennent dans leur bureau surchauffé, de telle manière que, rentrant dans le sien, il est saisi par la différence énorme de température. Deux fois il a eu un commencement de congestion et a dû rentrer chez lui,s'aliter. « Je me souviens même qu'ils envoyèrent le soir mon cousin chez moi prendre de mes nouvelles. Cette démarche hâtive démontre toutl'intérêt qu’ils prenaient à mon malaise.» Souvent aussi, « n’ignorant pas que j'étais très émotionnable, ils firent simuler des explosions de la machine à vapeur placée à proximité des bureaux. Un soir, un ouvrier fut trouvé inanimé dans la cave et je ne suis pas éloigné de croire que c'était un simulacre ».

Toute sa vie intime va y passer : ce qu’elle comporte de chagrins, de soucis, d’embarras, de tentations ou de fautes, il le traduit instantanément en un système d’allusions perfides et de persécutions savantes, dont il impute la responsabilité à son entourage.

Les craintes qu'il éprouve à la mort de sa mère pour sa propre santé le décident à solliciter de ses patrons qu’ils l'adressent à leur médecin. Ils le renvoient à une consultation d'hôpital. Dès ce

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