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été mal conseillée. Elle à une maison de 5 à 6.000 fr. et un demijournal de terrain.
Là-dessus, le frère du maire voulut l’épouser. Elle refusa, il n’a pas de bien. Par vengeance il a fait courir sur elles de mauvais bruits, pour l'empêcher de se marier avec un cocher.Au bout de 18 mois elle a entendu un petit bossu dire dans une auberge qu’elle ne pouvait pas se marier, étant faite de telle ou telle façon, qu’elle était hermaphrodite, « C'est une accusation du pays ; déjà pour une fille qui se mariait il y a eu des affiches et des bulletins, disant qu’elle était hermaphrodite. »
Elle à fait venir les gendarmes. Mais ils ne purent constater que le bruit existait. Elle n'aurait pas trouvé de témoins, c’est elle-même qui l’avaitappris à des voisines. Elle se fait alors délivrer par le médecin un certificat qu'elle possède encore:
« Je soussigné D’... certifie que la demoiselle J... Augustine demeurant à M..., Côte-d'Or, n’a aucuneinfirmité, qu'elle possède les organes normaux de la femme, qu’elle n’est nullement hermaphrodite et qu’elle est, par conséquent, apte à contracter mariage, étant dans l’état de nubilité.
M..., 16 juin 1906.
Signature légalisée par le maire.
Cependant elle s'était adressée au notaire pour vendre ses propriétés.Au bout de 3 ans, pas un acheteur ne s'était présenté; c'était une comédie. Elle met une annonce dans un journal de Semur sans plus de réussite. Alors elle rédige son testament, qu'elle adresse au procureur, et fait circuler « sous forme de pétition » et signer par 6 conseillers municipaux, dont un adjoint, et par 33 électeurs un certificat constatant qu’elle a fait don à la commune de tous ses biens, pour être convertis en une institution de bienfaisance, école laïque ou maison pour les invalides du travail — qu’elle a déclaré vouloir étre enterrée civilement — qu'elle est républicaine et ne va pas à l’église depuis plus de 20 ans — qu'elle doit être placée dans une maison républicaine ou dans un emploi du gouvernement. Les 39 signatures sont légalisées. Ce document lui a été dérobé, quand elle est arrivée à Paris.
Elle se fait recommander aux francs-macons d'Auxerre. Parsuite de divisions avec les socialistes, ils ne lui rendent aucun service.
Elle vient à Paris. Sa maison est hypothéquée de 500 fr. Il lui faut une place sans tarder, sinon la justice pourrait s’en mêler. Elle se présente rue Cadet, d’où on la renvoie rue du Cardinal- Lemoine, puis elle se rend au journal l'Humanité, à la Bourse du travail, dans deux bureaux de placement et dans trois mairies. Malheureusement tous les bourgeois chez qui elle va s'offrir lui font observer qu’elle est enceinte.
A la Salpêtrière, elle raconte son histoire avec animation et volubilité, tire ses papiers, les fait passer et les récolte soigneusement. Les ayant montrés l’autre jour dans un square à un ouvrier qui était venu s'asseoir près d'elle, elle n’a pu retrouver ensuite sa plus belle pièce, son certificat de républicanisme. « Cet homme n’était pas désagréable, remarque-t-elle; il m'avait donné son adresse. Mais je l’ai perdue. Peut-être avait-il des intentions de mariage. »
Dix jours après elle reparaît, pour avoir enfin son certificat de virginité. Elle a fait déjà deux places, mais n’a pu yrester à cause de son ventre, sans doute, ou pour ses opinions. La malade n’a pas été revue.
Certes, dans le cas de cette paysanne, le délire est assez pauvre, et les interprétations plutôt rares, l’activité par contre est dévorante : avec un certain sens pratique, elle trouve toujours, dans ses multiples démarches, à qui s'adresser; ce n’est pas dans un milieu de chimère qu’elle s’agite, Mais entre son humble prétention d’entrer en service comme domestique et l'attestation publique de ses opinions républicaines, la preuve qu’elle en a voulu donner par son testament, l’assistance qu’elle requiert des francs-maçons, libres-penseurs et socialistes, il y a un contraste qui révèle bien ses tendances paranoïaques. Par l’importance qu’elle s’attribue, malgré la médiocrité de sa destinée, elle ne le cède en rien à tous ces malades qui ne peuvent plus rien concevoir que par rapport à leur personnalité. Quelle que soit d’ailleurs la nuance de leurs idées ou la nature de leurs réactions, c’est tou-
— "18 — jours un même trouble fondamental du caractère qui explique les erreurs systématiques du jugement, l’aberration de l’autocritique.
L'examen de ces exemples, dans leur diversité, montre bien qu’entre les délirants qui se font eux-même les héros d’un merveilleux roman et ces malades qui ne reçoivent de tout ce qui les entoure que blessures et mortifications ; entre ceux qui assistent, heureux ou désespérés, à la destinée qui leur est faite, et ceux qui poursuivent passionnément une satisfaction quelconque, s’il paraît y avoir parfois une différence tranchée, les types se combinent, le plus souvent, de manière si variable qu’il est véritablement difficile d'établir une distinction trop rigoureuse. En chacun de ces cas ne fait que se manifester une constitution psychique particulière. Mais toujours ce sont des malades dont la personnalité s’exagère et tend à s'affranchir des conditions communes. Ne connaissant plus qu’eux-mêmes ils sont incapables de s’adapter à l’ordre qui résulte des lois naturelles et des droits d’autrui; ils ne peuvent plus rien envisager que par rapport à eux-mêmes; pour tous,interprétateurs et persécuteurs,il faut que les choses subissent exclusivement l'empreinte de leur personnalité,