‹ Le délire chronique: à base d'interprétationChapitre 25 sur 27 · LE AR SEE · texte numérisé non relu

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de sa passion. SERIEUX et CapGras pensent que, suivant les cas, il s’agit d’interprétateurs ou de revendicateurs.

Les idées de jalousie sont fréquentes, donnant lieu à des interprétations incessantes. Par ses multiples tentatives de vengeance le malade ressemble d'autant plus facilement à un persécuteur qu'il n’a pas en général à combiner un système bien compliqué d’hypothèses pour s’abandonner à sa passion: le délire se réduit à une suite d’interprétations simples qui, en accumulant leurs effets, rendent la décharge plus imminente ou plus violente.

Les idées de préjudice et de revendication sont d’espèces multiples et traduisent toutes les appréhensions d'ordre personnel, familial ou professionnel, qui peuvent tourmenter un sujet méfiant, inquiet, timide, et scrupuleux.

Les idées de culpabilité sont rares, d’après Serreux et Capcras. Les persécutés auto-accusateurs de Giuserr BazLer, par la nature hypocondriaque et génitale de leurs préoccupations,constituent à vrai dire une variété un peu spéciale. Le plus souvent (obs. Ilet V), lauto-accusalion reste assez abstraite et lointaine, sans efficacité présente. Le malade est persuadé qu’il s’agit seulement d’un prétexte dont ses ennemis sont bien heureux de pouvoir s’autoriser pour le faire souffrir. Cependant,le souvenir et l'évocation de la faute leur devient parfois un moyen de jeter le trouble dans son esprit (obs. HD. C’est bien alors l’idée de culpabilité qui sert de thème aux interprétations.

Enfin, l’absence des idées de négation et des idées de possession est de l’importance la plus grande, s’il estvrai,comme le dit Kræreuw, qu’elles manifestent toujours un trouble profond de la volonté, qui n’existe pas dans la paranoïa.

ABSENCE DE TROUBLES SENSITIVO-SENSORIELS.— De même font défaut les troubles sensitivo-sensoriels, dont l'apparition

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dans les psychoses chroniques entraîne toujours, d’après

Macnan et d’après KræeeuN, une désintégration profonde de la conscience et la démence terminale.

Depuis longtemps, il est reconnu qu’à moins d’une intoxication surajoutée les persécutés n’ont pas d’hallucinations visuelles. Cependant il en a été signalé dans les délires à tendance mystique.

Les hallucinations gustatives sont rares. Les hallucinations olfactives se rencontrent surtout dans les délires de jalousie (odeur du sperme). Elles sont peu fréquentes.

Mais c’est l’absence des hallucinations de la sensibilité générale et des hallucinations auditives qui donne au délire par interprétation une physionomie toute particulière. Elles appartiennent au tableau classique du délire des persécutions dont les phases successives semblent répondre au développement progressif des troubles sensitivo-sensoriels. Au terme de la période d’incubation,le malâde ne perçoit d’abord que des chuchotements, de simples mots; puis il saisit des phrases entières nettement articulées. Enfin, il assiste à de véritables conversations entre plusieurs interlocuteurs.Il s’entend dire tout ce qu’il pense au moment de le penser; c’est qu’alors interviennent les hallucinations motrices verbales, et, le phénomène se généralisant, il peut avoir par tout le corps la sensation de mouvements qu’il n’a pas voulu exécuter. En même temps il éprouvecomme des secousses, des tiraillelements, des fourmillements; il a des hallucinations génitales. Il se croit la victime de succubes ou d’incubes, de satyres, de physiciens et de magnétiseurs. Les troubles sensitivo-sensoriels ne sont pas moins constants dans les formes paranoïdes de la démence précoce (KrxPELiN) et au cours des bouffées délirantes que Macxax a décrites chez les dégénérés.

Dans le délire à base d'interprétation, au contraire, s’ii se

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produit parfois des ballucinations, ce n’est jamais qu’à intervalles irréguliers ; elles sont fragmentaires, isolées, en tous cas elles ne suivent aucune progression systématique et ne dominent pas l’évolution du délire ; elles n'en sont qu’un épisode assez rare. Encore faut-il examiner s’il ne s’agit pas d'illusions ou simplement d’interprétations. Souvent, le malade. fait de lui-même l'observation qu’il n’entend des voix qu'au milieu du bruit (obs. HE et V). Il y a done bien eu un ébranlement périphérique des organes sensoriels. Mais la sensation brute a été perçue dans un moment d'attente plus ou moins anxieuse, sous l'influence d’une idée fixe ou obsédante, tandis qu’un sentiment exclusif accaparait l’organisme psychique, au point qu’il ne pouvait plus réagir qu’en accord avec les tendances irréductibles d’une personnalité malade. L’illusion des sens pourrait passer pour une interprétation fausse. C’est du moins le jugement tout seul qu’il faut incriminer quand il s’agit d’une sensation réelle, mais qui n'a de sens etd’importanceque parsuite de préoccupations spéciales et de conceptions délirantes, par exemple les petits malaises et les vagues saveurs dont un berger hypocondriaque et persécuté tient le compte exact, comme il dresse avec minutie la liste des insectes qu’il aperçoit dans sa maison. D'ailleurs le détail des événements esttoujours scrupuleusement rapporté, les souvenirs ont la plus grande précision. Cette netteté de la perception, cette fidélité de la mémoire sont d'autant plus remarquables que le malade doit déployer dans certains cas une grande virtuosité d’interprétation pour produire à l'appui de son délire des circonstances qui sembleraient n’y prêter que de très Loin (obs. IP. INTERPRÉTATIONS. — « Les interprétations constituent à elles seules presque tout le tableau clinique et surgissent en foule à l’occasion des moindres impressions sensorielles, sensitives ou cœnesthésiques » (DEeny). Un fait réel leur sert d’origine.

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