CONCLUSIONS
I. — Parmi les psychases chroniques à délire systématisé que Lasècue rangeait au nombre de ses « délires de persécution », il convient dedistinguer les délires à base d’interprétation.
Il. — La formule du délire n’a qu’une importance secondaire. Elle dépend des tendances individuelles du sujet. Suivant la nature des idées qui les traduisent, le malade peut se confiner plus volontiers dans la simple élaboration de son roman pathologique.ou trouver dans chaque interprétation nouvelle une raison de réagir plus ou moins violemment,
II. — Les caractères cliniques essentiels de la psychose sont l’absence ou la contingence des troubles sensitivo-sensoriels, l’extrême fréquence des interprétations. Elles peuvent se produire à propos de chaque perception du malade et même, par un retour sur le passé, porter sur ses souvenirs les plus anciens.
IV. — Les interprétations se réncontrent au cours des psychoses les plus variées. Dans le délire chronique par interprétation pure, elles gardent une certaine vraisemblance et atteignent qu'exceptionnellement à un symbolisme extravagant frisant parfois le calembour. |
V.— L'esprit reste lucide,le raisonnement prend une part active à l'élaboration du délire. L’abolition de tout sens critique fait contraste avec l’exercice régulier des fonctions logi-
ques.
VI. — S’élaborant en opposition avec le système réel des choses, le délire a sa raison profonde dans les dispositions du sujet. D’une inaptitude congénitale à entretenir des relations normales avecle monde extérieur, le paranoïaque en arrive à cette conviction qu’en toutes circonstances sa personnalité est en jeu. Les conditions du délire consistent donc dans l'absence d’auto-critique d’une part, dans l’orgueil, l’autophilie, légocentrisme du sujet d’autre part.
VII. — C’est entre 25 et 40 ans que débute la maladie. Son éclosion et ses paroxysmes sont favorisés par toutes les causes de dépression physique et morale, notamment par les émotions et troubles divers de l’affectivité. Elle n’a pas à proprement parler d'évolution. Une fois systématisées les idées varient peu. Mais le délire et les réactions du sujet ne cessent de s'étendre à des faits de plus en plus nombreux. La mémoire présente une remarquable vitalité, les illusions de fausse reconnaissance sont fréquentes. Il n’y a pas de terminaison démentielle.
VIII. — Cette psychose se développe sur un terrain de dégénérescence mentale. Elle tientà la constitution psychique du sujet, et, jointe au délire de revendication, auquel la retient une série d’intermédiaires, elle constitue la paranoïa.
IX. — Le diagnostic doit être fait avec les psychoses à caractère plus ou moins confusionnel ou démentiel qui peuvent présenter des épisodes d'interprétation pure, notamment les états toxiques, l’épilepsie, la paralysie générale.
La paranoïa doit être également distinguée de certains états mélancoliques et des accès intermittents de paranoïa aiguë que KRÆPeLIN a proposé de rattacher à la psychose maniaco-dépressive.
Elle ne sera pas non plus confondue avec les psychoses à base de troubles sensitivo-sensoriels qui évoluent vers la
démence, telles que les formes paranoïdes de la démence précoce (Kræreun) et le délire chronique à évolution systématique (Mana).
Enfin le caractère obsédant que peuvent prendre certaines représentations ou certaines idées n'ayant rien de spécifique, le délire par interprétation, pas plus que le délire de revendication, ne saurait être identifié à des faits purs et simples d’obsession,
Vu : le Doyen, Vu : Le Président de Thèse, D' Lannouzy. GicBerT-BALLET.
Vu et permis d'imprimer,
Le Vice- Recteur de l'Académie de Paris.