LE DÉLIRE CIIRO.N'IQUE
il n’y il qu’un pas, souvent bien vile franchi. Du reste, la séquestration est habituellement suivie d’une amélioration passagère : elle a le double avantage de placer le patient à l’abri des causes d’excitation qu’il rencontre au dehors et de mettre obstacle à ses agressions. Elle constitue ainsi une mesure qui sauvegarde son propre intérêt tout en assurant 1a sécurité publique.
Nous sommes arrivés au terme de la tâche que nous nous étions proposée : résumons en quelques lignes les points principaux sur lesquels nous avons insisté dans cette étude. Des malades existent qui, dans le cours d’une évolution délirante fatale, parcourent lentement quatre étapes successives d’inquiétude, de persécution, de grandeur et de démence. Sur ce point la discussion n’est pas possible. En présence de cétte foimea marche constante, le clinicien se voit forcé de tenir compte pour la détermination des espèces cliniques, non point seulement de l’aspect symptomatique du malade, mais de l’évolution de la vésanie. Ces formes pathologiques prétendues distinctes et décrites sous le nom de démonopathie, de délire mystique, de mégalomanie, de délire de persécution, de théomanie, ne sont plus pour lui qu’autant d’étiquettes symptomatiques qu’il doit se refuser à compter
KNCYCLOPJÎDIE SGIENTIEIQUE
au rang d’espèces cliniques véritables. Loin de constituer des entités morbides, il en est parmi elles qui ne sont que les étapes successives d’une môme affection qu’on nepeutlaisser confondueau milieu des autres psychoses évoluant sur un terrain de dégénérescence. L’importance n’est point de savoir si le sujet est théomaneou mégalomane, s’il est Dieu, roi ou Président de la République, mais de savoir comment il l’est devenu, de bien établir la marche de la maladie, de savoir si la suprême puissance n’a pas été précédée de longues persécutions. Le puissant d’abord persécuté se range dans le délire chronique et, pour le médecin, cela signifie incurabilité. Au contraire, le potentat, devenu grand sans épreuve préalable, se range dans le groupe des dégénérés et l’accès délirant peut être curable. Des observations que nous avons recueillies, des considérations que nous avons exposées, nous sommes amenés à conclure qu’il n’y a pas en réalité une mégalomanie, un délire de grandeur, une folie religieuse, qu’il n’y a pas un délire de persécution, mais qu’il existe une psychose procédant par quatre étapes successives, le délire chronique à évolution systématique.
TAJÎLE DES MATIÈRES