OBSERVATION XLVI
La iïlle et la mère. — Persécutions ima;jinaires. — Hallucinations de l'ouïe. — Guérison des deux malades.
Ch... (Constance), épicière, âgée de vingt-quatre ans, est entrée le 30 novembre 1865 à la Salpêtrière. Un certi- Ccat émanant du Dépôt municipal des aliénés porte ce qu
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suit : tt Déjà traitée à hi Salpétrièrc pour même délire. — I*erséciilions imaginaires contre le commissaire (le police de son quartier. Prétendues violences dont elle aurait été victime; coups et blessures, vol, qu'elle attribue au même magistrat. .) Signé : Cil. Lasèguh.
Cerlificats de M. Moreau (de Tours). 1» Faiblesse intellectuelle congénitale. Quelques convictions délirantes fondées sur des liallucinations de Touie. — 2° Faiblesse intellectuelle. Qucbpies idées fixes de persécution; ballucinations de r ouïe. Habituellement calme et inoffensive.
Cil... (Constance) est sortie guérie.
.Mère de la précédente.
M . . . ( Marguerite) , femme Cb. . . , épicière, âgée de soixante ans, est entrée à la Salpéirière le (> décembre 1865. Le ccriiticat, qui émane du Dépôt municipal des aliénés, est ainsi conçu : Déjà traitée à la Salpéirière (fjlle placée il y a peu de jours). — Délire sous l'influence de sa fille, dont elle répète les récits, les cris, les violences, les accusations mensongères, — Propos désordonnés. » Signé : Cil. Laskcm-:.
Certificat immédiat de M. Moreau (de Tours). « Délire des persécutions. Hallucinations délirantes de l'ouïe. Se plaint des mêmes personnes qu'elle accusait à sa première entrée. »
Celte femme est sortie guérie.
Il est à remarquer iei que les deux malades ont guéri, et qu'elles avaient éprouvé chacune une rechute calquée en quelque sorte sur le premier accès. La fille est une pauvre d'esprit, et cependant', dans ce cas de délire à deux, elle est la perséculée active. La mère, complètement placée sous l'influence de
sa fille, devait être d'une exirême débilité intellectuelle.
OBSERVATION XLVH.
Le mari et la femme. — Procès. — Perte de fortune. — Pcrsécutioi.s^ imaginaires. — Récrimiuations incessantes. (Maret, Observ. incd.)
F... est entré dans un asile d'aliénés la première fois en 1862, à lage de cinquante ans. Deux fois déjà il a été remis en liberté, mais sans qu'il soit possible de l'y laisser longtemps. Cet bomme, d'une grande probité, était arrivé par son travail à une aisance relative, et il eut le malheur, au. moment où il était sur le point de se retirer des affaires, d'avoir à soutenir contre un riche voisin un procès qu'on j)arait lui avoir intenté à tort, et qu'il gagna. Les deux parties s'étaient tellement acharnées que les frais étaient considérables, et quand noîre malade vint à établir son bilan, il ne lui restait plus rien. Il fallut vendre par justice tout ce qu'il possédait pour faire face aux dépenses, et notre malheureux malade s'imagina que c'étaient le maire, le préfet et l'archevêque qui s'entendaient pour lui enlever ses biens, parce qu'il était républicain et cathohque peu fervent. F..., à ce moment, était dans une affreuse misère et refusait absolument tout secours, prétendant qu'il venait de l'archevêque, qui lui avait fait tant de mal. Il se met alors à proférer des menaces de mort contre le clergé, le préfet et la plupart des fonctionnaires administratifs. Dans un intérêt de sûreté publique, il fallut séquestrer notre malade, qui ne tarda pas à être envoyé à l'asile. — Il a toujours cette idée fixe que les prêtres et les hauts fonctionnaires de l'administration se sont concertés pour le priver de son bien et le faire voler. Quand on le met sur ce chapitre, il s'anime et devient un autre homme. Il a écrit de nombreuses lettres autrefois à l'empereur et à ses ministres , demandant
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avec instance qu'on lui ronde justice et qu'on lui restitue tout ce qu'on lui a enlevé; il les remplissait souvent de menaces de mort contre ses persécuteurs.
Femme du précédent.
Madame F... était beaucoup plus exaltée que lui, et son exaspération allait jus(iu'à la folie furieuse. Les certificats médicaux concernant F... établissent " qu'il est sous l'influence d'idées de persécufion qui lui sont suscilées par sa femme, et qu'elle semble beaucoup plus malade cjue lui». Elle a quitté l'asile depuis longtemps, vient assez souvent visiter son mari, et parait avoir pour lui la plus grande affection. Je la crois revenue à la raison, mais je n'ai jamais osé l'entretenir de l'ancien sujet de ses chagrins.
Ici il n'est pas douteux que les deux époux avaient Je même délire, et il est probable que c'est la femme qui a iuiposé ses idées au mari. Celui-ci les a encore toutes à l'heure actuelle, et il est bien impossible de le faire sortir de son système de persécution.