‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 133 sur 234 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

V 11 Y a un petit bonhoinnie en drap que nui (îUe accroche à la cheminée. Ça fait une ligure d'homme qui respirait en faisant : Hum, hum. Je saute, je lui bouche la Hgure, mais rien .

Je me recouche la tète sur l'oreiller. Entre le bras et la tète, il me passait du feu avec des boules qui me laisaient allonger les bras et les jambes. On n'en voyait rien, ça laissait des petites marques sur les jambes. Je l'ai montré au commissaire. On me disait : C'est le télégraphe. J'ai été au bureau. On m'a dit : Le télégraphe ne fait pas de ces choses-là. — C'est des petites boules plus petites qu'un mouchoir , qui s'étendent , qui se tournent et qui vous enveloppent tout.

)' C'était curieux (ont de même de voir le monde qui regarthu't au travers du baldaquin du lit. Les rideaux étaient mis. Il y eu avait un qui soufllait; l'autre avait une petite baguette, il nous touchait. J'ai voulu attraper la baguette, il levait la chemise de ma femme, je n'ai pas pu. Quand on courait après lui, il était déjà à cinquante mètres. Si j'avais eu un pistolet dans ma poche, il était sûr de son affaire.

■• Jamais je n'avais vu cela de ma vie. 11 passait des étincelles d'électricité: on ne voyait plus rien. 55

OHSERVATION LVII.

Alcoolisme suhaij{u. — Ci'phalul^ic cl hoiihlos jjasinqiics. — Excitation iéjjcre. — Halluciiiatioiis de l'ouïo cl de la vue. (Lasèjjiie, loc. cit.)

L..., vingt-six ans. Arrêté sur le boulevard de la Chapelle, criant qu'on venait de tuer une femme chez lui. Il est épicier, débitant de vins, boit tous les matins avec ses pratiques sans être jamais en état d'ivresse. Pendant la semaine qui a précédé l'accès , il s'est livré à des débauches exceptionnelles. La crise délirante , qui date d'un jour, a été

précédée par quulrc jours de mal de téte, de nausées, de dégoût pour la nourrilure, sans insomnie. Excitation légère, pas de terreur, expression de la physionomie souriante et en pleine contradiction avec ses récits.

C'était hier dans la nuit. Il est arrivé une halaille de Russes, parce qu'il est rentré dans la maison une fennne qui avait un petit sauvage, un petit homme qu'elle avait chez elle. Je les ai eiilenclus et bien vus. Le sauvajje a la gueule (on peut bien dire une gueule) allongée, j'en avais peur. Il se mcllait de côté, et quand elle a passé, il lui a donné un coup de couteau ou de stylet. Il l'a enlevée dans la maison à côté, en passant par le toit. Elle est tombée et s'est achevée.

» On a pensé que j'étais de l'attaque des Polonais, ou s'est trompé. Les Russes sont arrivés dans la cour par l'aide des singes qui courent sur les toits des maisons. lisse sont tous tués; on rejette la faute sur moi. Tout le monde dit : Tu as fait l'accident. 11 est venu un bataillon de chasseurs, on a enlevé tous les corps et les femmes aussi. Les femmes se sauvaient dans le puits en descendant par la corde. — H y avait des bouchers qui lavaient le sang. Moi , je n'ai pas voulu. Ils étaient habillés en bourgeois, mais l'autorité doit les avoir emmenés. Le chef est condamné à perpétuité par la loi. — Vous n'avez qu'à voir si les papiers se raccordent.

)) J'ai été condamné à mort pour celte affaire. Je suis jeune encore , je demande ma grâce. Il n'y a plus de crainte que cela recommence; la femme est morte et le singe aussi. On a fermé les portes et on les a forcés de se donner des coups de couteau. y>

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