‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 134 sur 234 · CHAPITRE SEPTIKMR · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIKMR

ORSERVATION LVIIl.

AttiUjues multiples d'alcoolisme subaiyu. — Nouvelle attaque. — Hallucinations de l'ouïe, de la vue et de l'odorat. (Laïègue, loc. cil.)

L..., trente-deux ans, garçon brasseur, grand, robuste, ayant été déjà alfecté à plusieurs reprises d'alcoolisme subaigu. La crise acluellc remonte à près de quinze jours.

« On m'en veut. Il y a des gens qui m'empècbent de travailler. Chaque lois que je passe au coin d'une rue, je sens un mauvais goût qui m'avertit qu'ils ne sont pas loin. J'ai la tète ([ui bat du malin au soir; ils m'ont rendu malade. La preuve que je ne me sens plus, c'est que quand on a-fini d'uriner la verge remue, et chez moi pas du tout.

» J'étais chez un marchand de vin , où je buvais un canon avec deux ouvriers. Il arrive une personne qui, soi-disant, élait de la police de sûreté. Il demande un nommé Gilbert. Je réponds que j'en connais un qui demeure cité Doré. Il me demande si c'est un artilleur. Je dis : Non. Il ajoute : N'importe; suivez-moi.

>' Nous descendons la rue Gracieuse et nous allons dans la direclion du pont d'Austerlitz. Chemin faisant, il me dit que ce Gilbert a volé quatre mille francs. Cela me faisait de la |ieine de le faire arrêter; mois dans ces choses-là il n'y a pas de camarades.

j) Nous entrons chez un marchand de vin. Pendant que nous étions à boire, il me dit : Xlonircz-moi vos nuiins : vous avez deux M dans l'une, un T et un M dans l'autre. Savez-vous ce que cela veut dire? Il me regarde comme pour prendre mon signalement.

V Quand il m'a eu quitté, j'ai rencontré des gens de police bien habillés en bourgeois qui prenaient aussi mon signalement. Un individu en (ilbury avec un cheval s'est arrêté

comme les autres. Il en était aussi; ça m'a frappé de peur.

» En rentrant , il y en avait un en paletot à la porte avec un gamin. Il lui a dit : Monte au quatrième (L... demeure au quatrième élage), et il a fait une croix noire sur la porte. Je suis remonté vivement et j'ai fermé la porte à clef. J'étais perdu. Un étourdissement m'a pris. Ma femme a demandé un médecin , qui m'a fait vomir, »

Nous pourrions multiplier les citations, mais nous croyons celles qui précèdent suffisantes pour nous permellre de tracer un tableau général et de tirer des conclusions pratiques.

Le délire alcoolique subaigu s'accompagne donc d'idées de persécution ; ce fait est constant, soit que les malades se croient poursuivis et innocenls, soit qu'ils supposent avoir commis ou promis de commelire des crimes imaginaires au sujet desquels ils sont poursuivis; ils peuvent même avoir des tendances suicides. Nous allons montrer qu'il n'est pas possible de les confondre avec les persécutés proprement dils, car si les idées qui constituent la base du délire sont analogues dans les deux cas, leur mode de manifestation diffère néanmoins très-sensiblement.

Ce qui a pu frapper dans les observations de persécutés que nous avons relatées, c'est que les aliénés racontent toujours des cboses passées qui leur sont arrivées ou leur ont été révélées, et qui éveillent en eux des idées tristes , mais exemples de terreur. L'alcoolisé, au contraire, est menacé,

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