CHAPITRE HUITIÈ-ME
goait de nombreux «Comment vous porlez-vous?» ; il ne vouliil pas être d'accord avec moi, cl il dit qu'il allait se plaindre au ministre de la justice de Dresde, en me faisant entendre qu'eu même temps il m'en voulait; il me dit qu'on abusait de moi u pour tirer les marrons du feu » , mais qu'il ne s'y laisserait pas prendre, qu'il me prévenait qu'il avait déjà fait arrêter un médecin pour cette raison. Il me pressa de lui dire le nom de celui qui m'avait envoyé. Alors, disant que je ne m'en souvenais plus bien, j'inventai le nom « Bruckner il devint encore plus violent ; il me déclara qu'il voyait toute l'intrigue , et me pressa de lui dire si je n'étais pas, envoyé pour voir s'il était fou.
Pendant l'entretien, je laissai tomber quelques noms se trouvaiit dans les actes, MM. de M... et P...; il passait légèrement sur ses rapports avec eux , et revenait toujours avec fureur sur l'offense actuelle. Comme je ne pouvais pas l'en détourner, je le quittai.
Le docteur L..., d'après ses antécédents et sa conduite actuelle, doit être regardé comme un liomme cliez lequel la grande différence qui existe entre la valeur qu'il croit avoir et celle que le monde lui attribue , le blesse tellement, que son intelligence en est dérangée. Cette cause, l'amourpropre blessé, est, comme on le sait, très-souvent celle de l'aliénation mentale.
Que cette difiérence existe pour le moral ou pour le pbysi([ue, elle exerce la même influence funeste, (^bez le docteur L... c'est le physique qui est en jeu, comme le prouve sa lettre à la police de Dresde. Il se croit bel homme, favorisé des dames, et semble convaincu de pouvoir répondre à ces hommages avec succès , puis(]u'il est fier de ses parties génitaies. Le doute l'offense. Dans les moments calmes, il répudie « la vengeance personnelle » et dépose des plaintes aux tribunaux; dans les moments d'excitation ,
LE DiÎLIRE DES PEUSlÔCUTIO\îS.
il exerce sa vengeance liii-monie, menace, frappe, blesse avec un poignard.
C'est un Iionime atteint de la manie des qncrelies et de manie de persécution. Chez lui, homme de droit, celle maladie mentale n'est pas étonnante ; plusieurs de ses écrits portent le cachet d'une aliénation mentale qui ne peut être mise en doute par les quelques éciils qui sont raisonnables; car, cbcz lui, la manie n'a d'abord été que partielle et ne se rapporle (|u'à un désir de conquête de droits prétendus violés. On ne peut constater le moment où la manie partielle est devenue générale; il est certain que maintenant l'idée fixe persistante de l'atteinte continuelle que l'on fait à son honneur et à son droit a amené un dérangement mental qui n'est pas resté partiel, puisque l'arrangement de sa chambre montre d'autres extravagances. Il est hors de doute que L... n'a pas une conscience bien claire de sa position vis-à-vis du monde, qu'il vit dans des erreurs continuelles, et qu'ainsi il n'a pas la faculté de réfléchir sur les conséquences de ses actions.
OBSE»VATIO\ LXU.
Parjure. — Pétitions incessantes. — Injures anx ma,f]istrats. — Dcranjjcniciit intellectuel. (Caspci-, Ibid.)
Le cordonnier K..., lors de la régularisation de son patrimoine, dix- ans avant juon exploration, avait eu à payer des frais de procès. Il se présenta au tribunal, et jura qu'il ne j)ossé([ait absolument que les habits qui le couvraient; mais comme on constata qu'il avait caché une montre d'argent, il fut condamné comme parjure. A partir de ce momejit, il s'occupa continuellement à déposer des plaintes pour prouver son innocence. (Entre autres choses, il disait qu'il n'avait pas parjuré, car il avait juré qu'il n'avait que ce qui était sur lui, et sa montre était dans sa poche.) Ses
ai \I'ITIÎM III lilKMK. .•i2!)
|K;lilions dcvciianl innombrables, on deiiiaiida rexploralion de son état mental.
Je dis dans mon ia|)j)oii . [,(• cordonnif-r K..., fjiJC je trouvai tr.in(|nillenient occupé à son travail , est à;{é de trenfe-sept ans, se porte bien, si ce n'(!st (|ue son visa;je est un peu paie. Il n'.i pas été dilïicile de l'amener sur l'objel de l'exploralion. Il me raconta avec iiidijjnalion rpie son droit avait é(é lésé lors de la vente de son palrinioin';. Il demanda (jnc le procès fut recommencé, et j(; ne pus Ini oU'T de l'idée que le président et les jn;{es n'étaient pas aussi injustes et corrompus rju'il le répétait sans cesse.
Il parlait avec tranfpiillilé et clarté; mais c'est à tort que I on en déduirait la lucidité de ses facultés intellectuelles.
Le nombre d'individus de celle espèce est considérable. Ces bomme-;, naturellement irritables, viennent-ils à perdre im procès, ils se croient victimes d'une injustice, ils vont en ap[)el ; de nouveau condamnés, il leur faut pa;^(;r les frais, et tons les moyens de se faire rendre justice sont épuisés. .Vi lieu de se convaincre qiu; leurs prétentions sont erronées, ils font refond)er leur malbeur sur l'iniquité, la corruption des juges et du jjonvernement ; celle aniniosité contre les tribunaux et le roi passe bientôt à l'état &n/ce firc On décida (pu- les injures faites aux rna;{istrats avaient été faites sous l'influence de cette idée fixe, et K... fut déclaré Jion coupable.
On.SKIUATIOX [.
Demandes d'aiaiicemcijt. — Rc'crimiiiations. —Injures. (C ispin-, Ihid.)
l'n cas se rapporte à un em|)loyé surnuméraire de la Cour, dont les demandes nombreuses d'avancement n'avaient pas clé éeoufées. Il adre.s.sait conlimiellemcnt des plaintes et même des injures à la Cour, ce (jui domia lieu à son exploration mentale. Il était complètement raisonnable sous
tous les autres rapports; niais il dounait les raisons les plus absurdes quand il s'agissait de démontrer son droit : on ne pouvait pas le convaincre que si vingt personnes étaient avancées avant lui, il n'y avait pas eu pour cela le moins du monde " vingt injustices criantes " , etc.