‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 148 sur 234 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

C'était surtout dans les théâtres qu'il faisait le plus d'esclandre, parce qu'il se croyait offensé par des regards, des gestes et des rires.

En 1838, il fut de nouveau renvoyé de Dresde; il s'éleva contre cette mesure avec mille protestations très-adroites , mais qui portaient déjà le cachet d'un dérangement mental. C'est ce qui se voit surtout dans un écrit de I8i0, adressé à la police de Dresde, dans lequel il dit que, « en 1837, à Dresde, il était le plus hel homme et le plus chéri par les dames , et qu'elles tomhaient toutes en extase par amour pour lui. » Il ajoute qu'il propose de le prouver, et demande que " le plus bel homme de la police, M. le directeur lui-même, vienne avec lui au théâtre, et il est certain que personne ne se tournera vers le directeur, tandis que tout le monde se tournera vers lui. <>

Eu 18i'2, son état s'aggrava au point qu'il fut transporté à réiahlissement des fous de léna, d'oij il sortit le 23 décembre de la même année comme guéri » . 11 retourna à Dresde, où il resta jusqu'en 1844 chez son frère, avocat; mais, ennuyant toujours les magistrats de ses plaintes, il fut de nouveau renvoyé de Dresde comme sujet prussien. Son frère, qui tâchait de le défendre, parle « d'une Gerté outrée et d'une arrogance sans limite n .

Le 19 novembre 1844, L... écrit au\ magistrats d'Erfurt de lui attester olliciellement que, pendant son séjour dans la maison de santé en 1844, personne n'avait touché ses organes génitaux ni mesuré son pénis. Cette atteslation, disait-il, était nécessaire, afin de donner un démenti formel à un bruit qui courait sur lui.

A cause de cette affaire, il écrivit plusieurs fois au tribunal , et recommença à insulter publiquement des citoyens, ce qui le fit de nouveau renvoyer de la ville, malgré ses protestations. Il se plaignit un jour à un sergent de ville

qu'il avait cnlcadu sur la promenade le ministre de la justice Taccusant d'avoir un pénis trop petit et le menaçant de punition : L... voulut inicnter un procès au ministre à cause de cela. A celte époque, toujours pour de préicndues offenses, il fuit des plaintes contre le baron L..., le président Z..., le docteur V..., etc., dans de nombreux écrits remplis de citations des ouvrages de droit. Le 28 août 18..., L... quiîla Dresde et arriva à Berlin , où l'on fit explorer son état mental.

L... est un homme petit et maigre; une chevelure foncée et riche couvre son front plat et petit ; figure pàle, regard perçant. Dans son rire ironique, qui accompagne toutes ses paroles, il y a un trait de malignité et d'astuce. Sa sanlé physique est bonne. Il habite une petite chambre dans laquelle se trouvent deux glaces, dont l'une est couverte complètement d'une toile, parce que , dit-il, elle l'éhlouit, ce qui ne peut pas être vrai. La porte de la chambre à côté est garnie d'un double rideau; il a couvert ce rideau de papier, afin, dit-il, de n'être pas dérangé par les conversations dans la chambre voisine. Il a enfermé son bois à brûler dans son secrétaire, sa table est couverte d'écritures de sa main, que je ne voulus pas examiner de près, à cause de sa grande méfiance.

Je me présentai à lui comme médecin envoyé par une de ses connaissances de Dresde, afin de lui demander connuent il se porte. Aussitôt il recula d'un pas, et me dit combien il était blessé de la conduite extraordinaire et inconvenante de ce monsieur de Dresde.

Je lui expliquai qu'une telle mission , confiée à un médecin connu, n'avait rien que de très-ordinaire; il dit qu'il regardait comme une insulte qu'on lui demandât comment il se portait. Je lui répondis que cette demande était la manière habituelle de se saluer, et que tout le monde échan-

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