CHAPITRE HUITIÈME
OHSERVATIOX LXVIII.
Contestations commerciales. — Procès perdu. — lîijurcs aux magistrats. — Pétitions infructueuses. — Insultes au roi. — Recours à Dieu : blasphèmes. (Casper, Ibid.)
Un cas concernant \m homme de la basse classe. J'en dirai quelques mots. Après de nombreuses contestations à propos de la vente d'un moulin, qui avaient duré plusieurs années, on lui avait donné tort. Il injuria les magistrats et fut condamné. Il fit alors des pétitions au roi qui n'eurent pas do succès , et se mit à injurier le roi ; il fut de nouveau puni pour crime de lèse-majesté. Alors il eut recours à celui qui rèjjne dans le ciel , à Dieu , qu'il ne tarda pas non plus à blasphémer de la manière la p^us orduricre. A cette occasion , on demanda son e.xploration mentale, dont le résultat ne pouvait être douteux.
Nous n'ajouterons qu'une réflexion à ces développements déjà longs. Les personnes qui durant une période plus ou moins étendue ont offert celte initabilité , cette manie des plaintes, des récriminations, après avoir subi des condamnations diverses, finissent par éprouver les symptômes d'une aliénation indubitable.
Les malades dont Casper vient de faire connaître la relation clinique sont des perséculés. La « manie des querelles j) ne devra donc pas rester dans la science et être enregistrée à l'élal d'entité morbide spéciale : elle n'est, en effet, que Tune des trèsnombreuses manifestations délirantes du groupe d'aliénés que nous étudions. Casper, du reste, paraissait très-hésitant en parlant de ces malades dont il n'avait fait qu'entrevoir imparfaitement l'état
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menlal si particulier, car il admeltait a qu'une manie tic persécution pouvait s'ajouter à la manie des querelles. »
A Paris, les hommes qui connaissent le mieux le délire des persécutions sont les commissaires de police. Ils ne s'y trompent pas. Dès qu'ils ont reçu plusieurs fois des réclamations ou des dénonciations — orales ou écrites — de la part de certains mécontents qui se plaignent de tout et de tous, ils consignent leurs observations, se tiennent vis-à-vis d'eux sur la défensive, et, au besoin, les font surveiller. Aussitôt que l'état mental des persécutés devient inquiétant et menace de troubler l'ordre public ou la sûreté des personnes, ils provoquent un examen médical et prennent des mesures administratives. Mais ils sont parfois devancés par les malades, et n'inicrviennent alors qu'après l'accomplissement d'actes graves! N'y a-t-il pas lieu d'espérer que ces faits vont désormais devenir de plus en plus rares? Je le crois.