‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 152 sur 234 · CHAPITRE IVELVIÈAIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IVELVIÈAIE

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Le délire des persécutions présente des caractères tellement spéciaux, et s'isole si bien des autres l'ornies de désordre mental, que sur un simple écrit d'un malade, dicté par ses conceptions maladives, on peut déjà se faire une opinion sur son état intellectuel. Ce fait seul donne une extension très-importante au rôle du médecin aliéniste dans les expertises médico-Iéjjales , car il ne lui est pas toujours donné de voirie malade, puisqu'il doit dans certaines circonstances poser des conclusions posl mortem.

Un très -grand nonibre de persécutés écrivent au préfet de police, aux autorités, au chef de l'Etat, pour réclamer aide et protection contre leurs ennemis, et demander qu'on fasse cesser les persécutions auxquelles ils sont en bulle. Les caractères de ces écrits sont exactement ceux que nous avons assignés au délire lui-même j les aliénés se plaignent toujours do persécutions occultes qui leur ont été révélées par des faits insignifiants; ils sont assez souvent très-prolixes, et n'accusent pas d'hallucinations de la vue : rien n'est changé au tableau

que nous avons tracé dos persécutés parlants et agissants. Celle habitude qu'ont les persécutés d'écrire est d'un intérêt de premier ordre, puisque ces malades livrent ainsi les preuves permanentes et irréfutables de leur état psychique.

En thèse générale, il faut toujours apporter un très-grand soin à la lecture des écrits des aliénés, alors même que l'on a constamment les malades sous les yeux, car une idée délirante est parfois exposée dans une lettre avec moins de réserve et plus de clarté. L'enchaînement de toute une série de fausses conceptions — que l'on cherchait en vain — peut être surpris (ont à coup dans une seule phrase.

Cette question des écrits doit être envisagée de plusieurs façons, car une lettre peut à la fois mettre sur la voie d'un délire que l'examen direct n'avait pas fait soupçonner, confirmer l'existence d'aberrations déjà constatées, ou, par une habile dissimulation , induire complètement en erreur en travestissant l'état réel. La diplomatie pathologique, en effet, est une ressource dont quelques malades seulement savent user, mais qui, lorsqu'elle est mise en œuvre , manque rarement son elfet : l'opinion j)ublique s'émeut, la presse s'enflamme, la magistrature hésite, l'aliéné bénéficie du trouble des consciences, et le médecin a le tort d'avoir raison.

Lorsque je me trouve en présence d'un malade qui s'observe, se contient et se défie, qui refuse de se livrer, pèse la valeur de ses mots et étudie ses

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