CHAPITRE NEUViKMK
qu'une affection secrète m'occupe à l'exclusion de toute autre.
» C... chantée sur tous les tons, une inclination peutelle durer?
)) Il dil autre part ({ue je ne puis approcher de votre sexe sans m'émouvoir. Cette version est la plus (généralement répandue; elle m'isole de la société. Kniin, il est méchant, et se venge de la mauvaise opinion que j'ai de lui en se servant de l'inlluence inconcevahle qu'il a sur toutes les classes de la société; divulguant mes pensées, il garde celles qui le concernent, et dénaturant les autres, je suis par lui travestie de manière à égayer la société. Je ne puis et ne veux pas rester aux prises avec ces tourments incessants, et l'inquisition jusque dans les détails de toilette et d'hygiène est une infamie. Je vous en prie, Monsieur, rcnseignez-nioi sur ce (ju'il y a à faire pour sortir d'une po;-;itiou incroyable dans le dix-neuvième siècle; elle pourrait être un lait acquis à la physiologie médicale et à la justice; elle a fait naître, par ses abus et leurs conséquences, des impressions, des sensations , des mouvemenis, des douleurs qui n'eussent jamais existé. A Paris, j'ai souffert de cet état sans pouvoir me l'expliquer; arrivée ici, le repos m'a permis l'observation , puis des épreuves que j'ai ûiites et la faculté de voir eu réciprocité (jusqu'à un certain point) l'idée de celui qui pénètre les miennes, uj'ont éclairée sur tout ce q'.ie je vous écris , vrai sans la moindre exagération , bien au contraire.
Je me suis en vain adressée à ma famille et n'ai pu obtenir d'explication; si elle autorise une (elle position, peu honorable pour elle comme pour moi, c'est qu'elle est abusée. Mais pourquoi serait-il nécessaire , ce martyre? Comment l'ai-je mérité? Est-il une loi défectueuse qui le sanctionne?
î) On ne me répond pas, on ne m'interroge pas, il est facile d'avoir raison contre moi, sans fortune et seule; mais n'est-ce pas indigne de me priver de l'estime que je mérite?
» Je le répète, mon esprit est lucide , ma conduite non répréliensible ; forte de ma conscience et de mes intentions, injustement, inconséqncmmcnt tourmentée depuis tant d'années, j'obtiendrais justice devant tout tribunal, sans autres avocats que la vérité et le bon sens. «
Marie L.
Les fragments suivants ont été détachés d'une longue lettre de huit pages, écrite au préfet de police par un homme instruit. On y verra , à coté de phrases qui paraissent dictées par une saine raison, des passages où le malade avoue sans détour les hallucinations, qu'il prétend lui être causées par une j)ersonne de sa famille, qui ferait pour cela des sacrifices d'argent.
OBSERVATION LXXIIl.
Délire de pcrséciilioii. — HiilluciiiatioDS de l'ouïe. — Lollrc.
« Monsieur le préfet de police ,
» Je crois devoir vous prier tout d'abord de vouloir bien m'excuser de ce que je ne vous adresse pas ma requête sur papier timbré. Je suis retenu depuis bientôt dix ans dans un établissement d'aliénés. Par suite de cette détention, j'ai le triste privilège d'être exempté de l'impôt du timbre.
» Je suis le soussigné, François S..., votre très-humble serviteur, né le 21 novembre 1821, âgé aujourd'hui de quarante ans , arrêté il y a près de dix ans , le 2 septembre 1 H52 , à l'iiôlcl des Trois-Frères , rue Taitbout, à la demande de feu mon oncle , M. Eugène S.. . , puis retenu par votre prédéces-