CHAPITRE XErVIÈMF
scur, M. Piétri, d'abord à Bicètre, puis en maison de saii(é, cliez M. B***, au faubourg Saint-Antoine, et plus tard, <à partir du 8 juillet 1853, cbez M. rue Picpus , 90, où je suis actuellement, depuis, toujours par l'ordrede M. Piétri, et depuis, autant que j'en puis juger, avec votre tolérance; halluciné artiûciellement pendant ces dix ans , sans décesser, jour et nuit, même pendant mon sommeil, par des mercenaires qui se sont tapis à demeure dans les caves de rétablissement, et qui prolitent de mou chuchotement involontaire pour écouter mes pensées, pour les répéter à haute voix et pour n)'outrager à leur guise, en médisant : Reste ici! reste ici! niais, ingrat, scélérat, etc
Aujourd'hui, dans ma lamille, ma tante, madame J. Kugène S..., parait être la seule personne s'opposant à ma délivrance; du moins c'est elle qui, forte de votre auloris.ition, continue à rémunérer mes hallucinateurs. Elle n'est cependant pas légalement ma parente, ni membre de mon conseil de famille; par conséquent, elle n'est pas recevable à faire opposition. De son côté, mon frère de mère, M. II..., âgé de quarante - sept ans, propriétaire à Levallois, banlieue de Paris, Seine, aujourd'hui mon plus proche parent, qui m'a vu naître, que j'aime tendrement et auquel feu mon père me reconmiandait souvent, m'a formellement dit, le 13 mars dernier, qu'il allait me réclamer. Quant au reste des membres de ma famille, les uns paraissent indifférents à mon sort, les autres ne denuindent pas mieux que de voir mon frère réussir en sa réclamation.
J'ai prié mon frère, M. H..., de se conformer au texte de la loi sur les établissements d'aliénés, c'est-à-dire de s'adresser directement à vous, monsieur le Préfet, pour vous demander ma mise en liberté, (car, d'après cette loi, lui disais-je, M. le Préfet peut me délivrer de sa propre autorifé, par cela même que c'est sous son prédécesseur,
M. Piclri , que la police m'a arrôlé et maintenu en arrestation), ou bien de provoquer auprès de M. le juge de paix du deuxième arrondissement la réunion de mon conseil de famille, à reflet de se faire autoriser par ce conseil de famille à me réclamci- auprès de vous encore, monsieur le Préfet, ou de l'autorité judiciaire
1) Dans cent ans. Monsieur le Préfet, pour vous exprimer humblement ici, si vous voulez bien me le permettre, ma pensée tout entière, celui qui lira dans les annales de la police du milieu du dix-neuvième siècle la narration de cet étrange et nouveau supplice d'hallucinations arliliciclles , en dehors de tout code pénal, et si raIGné, si cruel dans sa trivialité mémo, si spécieux et pourtant si réel, ne pourra comprendre qu'il ait pu avoir lieu de nos jours et se maintenir pendant dix ans pour la pure satisfaction d'uii préjugé exagéré et fourvoyé dans son application, et cela à la seule demande d'un seul membre ijifluent d'une famille de la bourgeoisie, sous le gouvernement de notre glorieux empereur Napoléon III, si palcrnel , si équitable, cl déjà surnommé le bienfaiteur du peuple
î) François S...
t 4 juin 1862.
« Né à Varaville (Calvados), le 21 novembre 1821, âgé aujourd'hui de quarante ans, bachelier ès lettres, bachelier es sciences, ancien élève diplômé de l'Ecole centrale des arts et manufactures, ex-directeur des manipulations chimiques de première année en cette école, ex-professeur de chimie au collège municipal Chaplal de la ville de Paris. — Mon frère aîné, M. H..., demeure 103, rue F..., à Lcvallois , banlieue de Paris, Seine.
» Mon notaire, M' Orcibal , rue d'Arcole, 19. »