‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 173 sur 234 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

la demande d'assistance que je forme présentement, et de me dispenser de fournir les certificats réglementaires, en raison de l'impossibilité matérielle où je me trouve de les obtenir.

') Enfermé à Bicêtre le 8 mai 1855, par suite d'une accusation calomnieuse et dont il ne me fut pas permis de démontrer la fausseté, par ordre de la police et du parquet, sans certificat de médecin qui constatât au préalable un état d'aliénation mentale, j'ai adressé, le 4 janvier 1856, à Son Excellence le ministre de la justice, une plainte en séquestration arbitraire et une demande de conseil de santé, qui me fut accordée.

» Le parquet de M. le procureur impérial, conjointement avec la police, ont éludé l'injonction du ministre par un semblant de conseil de santé; j'ai vu pendant quelques minutes un médecin altacbé au parquet et qui devait revenir, mais je ne l'ai pas revu. J'ai su qu'un autre médecin, également attaché au parquet, était venu à Bicêtre faire signer un bulletin de vacation, mais il ne daigna pas me rendre visite. Ces deux médecins, sous des prétextes que j'ignore, m'ont, paraît-il, déclaré fou. Puis, muni de ces deux déclarations, nn membre du parquet aurait requis contre moi un arrêt qui légaliserait ma séquestration arbitraire.

» Il est avéré et prouvé pour tous, à Bicêtre, et pour tous ceux qui m'ont connu au dehors, que je ne suis pas et n'ai jamais été fou.

» M. Félix Voisin et M. Moreau, docteurs médecins spécialistes attachés à l'hospice de Bicêtre, déclarent ne pouvoir accepter la responsabilité de ma captivité dans leur service médical, et qu'ils la considèrent comme un acte abusif et arbitraire de l'autorité.

» Le parquet et la police, de leur côté, excipent de l'ar-

rèt mentionné ci-dessus pour les contraindre à nie garder prisonnier.

!) Seulement, j'ai déposé une plainte contre des fonctionnaires administratifs; le parquet, prévenu par l'intrigue, a refusé de les instruire, et la police m'a menacé de me faire renfermer dans une maison de fous, si je ne donnais pas mon désistement. — Je n'ai pas cédé à la menace, je ne saurais sans lâcheté céder à la violence; j'invoque les dispositions de la loi, j'ai éprouvé un grave préjudice, j'en ai demandé réparation aux tribunaux; c'est un droit, il n'est pas contestable.

» J. Th. »

Le môme malade écrit au médecin du service : u Monsieur Félix Voisin,

» Comme je m'y attendais, le directeur a refusé de me recevoir, prétextant qu'il n'a pas à se mêler de mes affaires, et il a raison.

» Vous m'avez rendu la vie à charge; réfléchissez à ce que vous faites, car bienlôt vous aurez à vous en repentir. Je ne fais point de menaces , c'est un avis que je vous donne.

« Je ne comprends pas le plaisir que vous puissiez avoir à vous faire maudire et exécrer.

» Votre tout dévoué ,

« J. Tii.

i 20 juin 56. 1

Les dénonciations des malades ou des aliénés guéris sont quelquefois rédigées dans les termes les plus froids, les plus mesurés et les plus perfides. Elles ont souvent une apparence de sincérité et un air de vraisemblance qui, au premier abord, pourraient en imposer à quiconque ne possède aucune

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