CHAPITRE AJliUVIK.VIE
donnée sérieuse sur la question de la folie. J'ai eu dans mon service, à Bicètre, en 18G9 et en 1870, un homme extrêmement dangereux qui accusait AI. X..., professeur à la Faculté de médecine, des faits professionnels les plus dégradants, M. le président C... des vols les plus scandaleux, et deux ou trois autres personnes marquantes des actes les plus coupables. Ses plaintes au parquet étaient sobres, mais catégoriques, et elles étaient conçues dans les meilleurs termes. Ce même malade a donné lieu aux aventures les plus singulières, en adressant des lettres à de grandes administrations et en les signant de noms très-connus. Le faux n'était pas toujours soupçonné!
Les médecins sont particulièrement l'objet de ces dénonciations. J'ai compulsé un grand nombre de plaintes dirigées contre eux ou contre moi, et je suis resié plus que jamais convaincu, en lisant les lettres de malades guéris et déjà rendus depuis longtemps à la liberté, que l'ingratitude est la résultante obligée de la folie.
Mais j'ai bâte de mettre sous les yeux du lecteur les curieuses pages qui vont suivre.
OnSEHVATIO.V LXXVIII.
Aufohiojjrapliic (l'ini persécuté. — Ilalluciiialioiis multiples. — Idées de uiicide. — Les farfudets sont partout. — Heprcsenlatioii de la Pie voL use. — Itnpiécalioiis contre les euiicinis et les l'ari'idets.
— .Moyens employés par les ennemis. — Idées de yrandeur.
Vœux. — Prière.
Le plus célèbre des persécutés, Al.-Vinc.-Cli. Bcr-
bigiiier, de Terre-Neuve du Thym, a publié son autobiographie en 1821, sous ce titre : Les Farfadets, ou Tous les démons ne sont pas de Vautre monde (Paris, 3 volumes in-8% avec planches). Cet ouvrage est dédié à tous les empereurs, rois, princes, souverains des quatre parties du monde, u Sires , leur dit-il, vous voyez à vos pieds le plus infortuné des hommes. Les tourments auxquels je suis en butte depuis plus de vingt-trois ans sont les plus beaux titres que je puisse avoir à un de vos regards paternels. "
D'après ce qu'il raconte avec une prolixité toute pathologique, Berbiguier commença par entendre des bruits pendant la nuit. Il était à peine couché, qu'on frappait avec force sur tous les meubles, liientôt, pour échapper à ce vacarme étourdissant qui devenait un véritable supplice, il prit le parti de ne plus passer la nuit chez lui. " Je courais les rues, dit-il, pendant que les habitants de la ville fermaient les paupières. Je ne prenais de la nourriture que quand le besoin le plus pressant m'en faisait une obligation. Je n'entrais chez moi que pendant le jour. Et comment aurais-je pu me déterminer à y rester pendant la nuit? C'était alors que le calme était banni de ma chambre, et que dans celle qui était au-dessus on frappait à coups redoublés. Il vit là un système de persécutions organisé par deux femmes qui travaillaient à son ménage. Bientôt il eut des hallucinations de la vue, et aper-