‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 183 sur 234 · OBSERVATION LXXX · texte numérisé non relu

OBSERVATION LXXX

Hérédité. - Alcoolisme subai-iu. Anxi^^tés mélancoliques. - Idées de l'ersoculion - Tentative de suicide. - Tostamc.t. - Suicide. — Validation do 1 acte testamentaire.

Dairc a reçu avec la vie les plus fâcheuses prédispositions psychiques : son père passait pour un homme excentrique; sa mère — vraisemblablement atteinte de délire mélancolique — s'est obstinée à ne point sortir de sa de- Mieure pendant (p.arante ans, et elle y vivait au mihcu de la plus repoussante malpropreté ; sa sœur est morte cà l'asile de Saint-Yon, à Rouen.

Daire avait contracté l'habilude de boire des liqueurs fortes et s'enivrait très-fréquemment. L'ivresse est déjà par cUe-mémc une véritable enfance de la folie : elle ébranle h" cerveau le plus sain et compromet rapidement l'intelli- <|e/,ce la mieux douée; à plus forte raison consomme-t-elle aisén.ent la ruine de l'honnne que de fâcheux hasards ori- Jî.nels ont phicé sur la frontière de l'aliénation de l'esprit Daire ne pouvait point échapper à l'action si connue de ces causes prédisposantes d'abord, délerinina.ttes ensuite. Il passa toujours pour être excentrique, « drôl(> >, ; il parlait seul dans les rues depuis de longues années , . il faisait des annes contre les arbres, on l'entendait crier, et cela à toute heure du jour, soit qu'il fût ivre, soit qu'il fût à jeun, etc. »

La cause occasionnelle, — susceptible de faire violemment éclater la folie, avait seule manqué ; les événements la suscitèrent.

Daire , le 20 janvier 1803, perd sa mère qu'il avait toujours beaucoup aimée et dont il avait jusque-là partagé le sordide réduit. Sans guide, isolé, aux prises avec sa propre débilité et incapable de se conduire, Daire « pleure coinnie un enfant, se lamente, se frapj)e la léte , s'écrie qu'il esl perdu, que sa pauvre lèlc n'y tiendra pas; il menace de tuer sa domestique avec un hansard, etc. »

Daire esl évidemment atteint en ce moment d'alcoolisme subaigu. Cet état grave est d'ordinaire constitué par les phénomènes suivants : délire (riste, hallucinalions menaçantes, idées de persécution, tendance au suicide cl impulsions homicides.

Si nous approfondissons ce qui a trait au délire , nous voyons que le 11 ou le 12 avril, Daire va trouver l'une de ses locataires , qu'il lui réclame énergiquement le payement de son loyer, et que, sur le refus de la femme Brunei, il se met h se frapper la tête avec les mains, dit qu'il est perdu , qu'il n'a pas d'argent pour son boulanger et pour son tailleur, etc. On l'invite cà la patience, cl il reprend toujours : « Je suis perdu, il me faut de l'argent. » A ce moment-là, il possède une somme de cinq mille deux cents francs.

Quelques jours se passent, le mari de la femme Brunei va porter quelque argent à Daire : « Je suis un homme perdu, lui dit-il, je suis fou, je me déiruirai. » Et comme on lui fait des remontrances, il ajoute : " Ah! ça lînira par là. "

Les conceptions délirantes qui s'observent dans la mélancolie alcoolique présentent toujours ce caractère sombre, anxieux, dépressif et sinistre. L'un se croit assailli par les plus grands malheurs; l'autre est poursuivi et en faillile; celui-ci est très-malade et va mourir; celui-là est victime de machinations odieuses, cl il s'attend à être assassiné ;

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un autre, sur les indices les plus ridicules, accuse sa leuMiu' de lui être inlidèlc; un dernier, enlln, se livre à la justice et s'accuse de crinu's iuia<{inaires.

Ln lait considérable doit être noté ici : c'est (|ue ces malades ne présentent pas, dans la grande majorité des cas, d'incohérence dans les paroles, de dissocialion dans les idées; ils partent d'un point faux, raisonnent avec justesse, mais leur conclusion est nécessairement exlravaganle ou absurde; en un mol, ils sont « lojjiques » dans leur délire. Que fait Daire? Il est son propre juge, il s'apprécie lui-même , se rend compte de son isolement et du désastre de ses facultés mentales, et il annonce qu'il se tuera.

Nous sommes au 22 avril 18G3. Daire, de plus en plus obsédé'par ses maladives impulsions et dans un état complet de cécité d'esprit, met à exécution ses projets de suicide et se pend. De prompts secours surviennent : on coupe la corde, et le pendu est rappelé à la vie.

Kn commettant cet attentat sur lui-même, Daire a fléchi sous I o|)pression mentale et a été entièrement subjufjué par la lésion cérébrale. Il n'a pas plus résisté à. la fascination morbide de la mort qu'il n'a résisté, quelques heures plus tard, aux suggestions (|ui l'ont assailli.

Indilïérents, étrangers à tout, « les alcoolisés » arrivés à cette période sont exposés à déférer automatiquement à la première impulsion venue, et ils ne tentent même pas contre elle une lutte inutile. A ce périlleux instant, la cupidité veille, et tous les pièges sont tendus aux malades par la jilus honteuse convoitise.

Quelques heures après sa tentative de suicide, Daire a fait un testament. Cet acte de dernière volonté n'a été ni nuirement souhaité ni librement consenti, car, le niatin inême, Daire a failli mourir rth iiik'Slat! On lui a donc fait

m LK DKLIRK DES PEUSIÎCL TIOXS.

improviser des (lisj)osi(iojis icslaincntaires quelconques , et, il l'aul bien le reconnaître, c'clail tristement facile!

Les jours suivants, l'état iMi-ntal reste aussi mauvais, et le 20 avril, quatre jours après avoir fait son testament, Daire se brûle la cervelle.

Aucun commentaire n'est plus possible : la folie, arrivée (à son j)lus liaut paroxysme, a oblitéré la volonté, l'intelligence et la liberté; elle a achevé son œuvre en amenant violenmient la destruction physique.

On pense évidennncnt que le testament de Daire a été ainnilé? VÀ\ bien, non; mon opinion n'a [loint piévalu , et mon honorable contradicteur dans cette affaire, M. Morel (de Kouen) , a fait pencher la balance en faveui" de la validation de l'acte !

ORSEUVATION LXXXI.

Délire des per.sécutions. — Hallucinations de l'ouïe. — Suicide. —

Testament.

Au mois de juillet 1847, à dix heures et demie du soir, la diligence venant du midi de la France s'arrêta pour relayer sur la place publique d'un chef-lieu d'arrondissement. Un voyageur, passant la tête par la portière, s'écria ; « Conducteur, où sommes-nous? — " A tel endroit », lui fut-il répondu. — et Alors je descends, ouvrez-moi la portière et donnez-moi nia malle. » — « Mais vous êtes porté sur ma feuille comme allant dans telle localité, et nous n'y sommes pas encore, il s'en faut! o — >< Cela ne vous regarde pas, je vais descendre ici. »

Un hôtel d'assez bonne apparence se trouvait iîn face du bureau des Messageries, et une femme se trouvait sur le pas de la porte. Le voyageur l'aborda, lui demanda une chambre, entra dans l'hôlel, lit monter sa malle, demanda

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