CHAPITRE DIXIÈME
lieu à iinpufor col cvénoment à rininiitié et à la vcngoanco, je crus, après une journée de rc/lexions , ne devoir l'imputer qu'à des MOTIFS intéressés. „ Et plus loin il désigne sa niere. « Elle seule, dit-il , dans la position subite et forcée do dépendance où elle veut n.o n.oltre, est en pouvoir d'accorder ou de refuser son avoir personnel, sans crainte de lii rigueur dos lois. »
Lo 20 avril 1826, il s'agite, devient furieux, veut se jeter par la fenêtre, crie à knjarde! à l'assassin! à l'empoisonneur! et, anné d'une canne de fer, il menace tous ceux qu. 1 approchent. Ses cris et ses vociférations émeuvent tout son quartier, les voisins se plaignent, et le malade est conduit dans un établissement d'aliénés. Il ne tarde pas à calmer, à se déprimer, à gémir. « Son frère veut attenor a sa vie, afin de s'emparer de la portion de biens qui hn revient. Il est victime de la franc-maçonnerie. Il entend des VOIX lout éveillé.
Au mois daoùl 18-26, il est placé du„s une maison de sanio, „ Choisy-lo-R„i. Là, il visite souvent un gaide pa,l.ou[,or .les propriétés ,1e H. Delessert, et il l„i arrive de ne fa,re servir ,l„ lail; „„,;, j, s„|,i,„,„,„t .sn,s en avoir l,„ , eraignant que son frcVe ne le fasse en,poisonner Lorsqu'il sort et se rend dans une maison à Ode de e,. le qu il habile, il a pour et oblige sa servante à . -ter sur le seuil de la porte. S'il allait eneore reneontror < es assonuneurs! Dès qu'il rentre, il déplace les meubles •le son appartement et barricade sa porle , „ dans le but de se détendre contre son frère. >,
Au u,ois d'août 1827, M. Si„,on L... q„i„e Clunsy-le- Ro. et va habiter Poitiers. Là , il est eneore en proie à la ennnle d être assassiné, et il croit toujours que .s„„ frère '■"'(•••(tenter à sa vie. Il prétend avoir é(é plusieurs fois revedle par des mouvements fails pour forcer la porte de
sa clianibrc. U place (Us cadenas h ses fenêtres, et il se lève une nuit pour battre une servante. Il prie le maire de la ville d'user de son autorité pour l'aiie parcourir toutes les nuits, par de fréquentes patrouilles et par des agents de police, !a rue Neuve qu'il habite.
Le 2 janvier 1H31 , il écrit à M. Drault, avocat général : ce La position malheureuse, subite et eontinuelle dans laquelle j ai été placé par des formes illégales, et sans pouvoir m'y opposer, paraît devenir chaque jour de plus en plus cru^'lle par des circonstances diverses et des actions étranges qui ont lieu. "
Le 5 janvier 1831, il rédige son testament, a Moi, Simon L.... dit-il, ne pouvant prévoir d'une manière certaine, au milieu des diverses circonstances inquiétantes et délicates dans lesquelles je me vois, les événements qui peuvent arriver , etc. » . Dans tout le cours de son testament, on remarque qu'à chaque legs est répétée cette formule : ou à leurs héritiers , de telle sorte qu'il est évident que le testateur a moins pour objet de gratitier quelqu'un que de dépouiller son prétendu persécuteur. — A ce moment, sa mère était morte déjà depuis plusieurs années.
En novembre 1832, il change d'habitation, porte toujours sur lui la clef de sa chambre, s'oppose à ce qu'on fasse son lit, ne veut plus recevoir de lettres, défend d'acheter (hi pain à une boulangerie qu'il désigne, et voyant que l'on ne tient pas compte de ses avertissements, il va prendre ses repas au dehors.
En 1836, après avoir plusieurs fois encore changé de domicile, il ne se décide à jnanger les mets qu'on lui sert que lorsque ses commensaux en ont goûté, et il lui arrive souvent de se mettre au lit sans se déshabiller.
En juin 1839, pour prévenir un malheur, il croit prudent d'avoir deux gardes. Il fait un marché avec un sieur
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Jean ot sa fcinnio , <nii devront olro à ses ordres et coucher dans la maison; et cette précaution ne lui paraissant pas encore suffisante, il fait placer à chacune des portes des verrous de sûreté.
Après plusieurs autres chan<j;enienls d'hahilation , il va demeurer dans riiotel de France, et il y meurt le 25 janvier I8il .
M. Simon L... laisse plus de cinq cent mille francs de forlnne. Le testament est attaqué par les héritiers naturels. M Londe, membre de l'Académie de médecine, est consulté et rédige un long mémoire médico-légal. Il établit que le testateur a eu un accès de manie, qu'il a présenté de la mélancolie avec mononianie, et qu'enfin il a été panophobe ou lypémane. « L'autopsie du corps, dit ce médecin , signale une de ces altérations qu'on retrouve dans le cerveau des aliénés. » Mais laquelle alors?
AFalgré toutes les erreurs de diagnostic commises par .\r. Londe, comme il était évident pour tous que M. Simon L... avait vécu dans un état permanent d'aliénation mentale et qu'il n'avait pas pu lester sainement et librement, le testament fut cassé, et la succession fut mise à la disposition des ayants droit.
Dans l'exemple qui va suivre et qui va être rapporté dans tous ses détails, on va voir que le sort d'une succession de quatre cent mille francs environ a pu reposer entièrement sur cette question de diagnostic posthume : le testateur était-il atteint de la monomanie des persécutions, comme le dé-
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clarent MM. Tardieu et Baillarger , et son acte de dernière volonté est-il entaché de nullité; ou le testateur n'a-t-il présenté, sous l'influence des progrès de l'âge, comme l'affirment MM. Ch. Lasègue et Legrand du Saulle, que des bizarreries méfiantes qui ne l'ont en aucune façon privé du droit de régler
son hérédité ?
La discussion médico-légale va nécessairement metlre en lumière des aperçus scientifiques de diagnostic différentiel, délire des persécutions ou sénilité avec conscience, et faire ressortir les principaux arguments de la cause. Le lecteur aura ainsi sous les yeux les pièces principales d'un procès intéressant qui s'est terminé conformément à noire manière de voir, c'est-à-dire par la validation de l'acte testamentaire.