‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 19 sur 234 · OBSERVATION IX · texte numérisé non relu

OBSERVATION IX

Symptomatolojjie du délire des perFéculions décrite par le malade lui-même. — Hallucinations de l'ouïe. — Tendauces impulsive. . — Franc-maçonnerie cl magnétisme. — Projets de vengeance contre un personnage probablement imaginaire. — Rccbutcs. — Évasion.

B..., nianufaclurier, est àgc de Ircnlc-scpt ans. C'est un honiiue de petite taille, niais d'une vigoureuse conslitulion.

U n'a jamais été gravement malade. Il a un peu souffert de quelques hémorrhoides, à une certaine époque, mais il a plutôt considéré ces malaises comme un bénéfice de nature que comme une indisposition véritable. Sa physionomie est douce et très - intelligente ; sa parole est Gne, facile et nette.

Après s'être d'abord élevé en termes énergiques contre sa séquestration, et après avoir réclamé sa mise en liberté avec une insistance émue et acerbe, B..., sur les représentations bienveillantes que nous lui adressons, abandonne le terrain des récriminations et consent à répondre à nos questions avec la plus grande droiture. La reproduction textuelle de la partie la plus saillante de son premier interrogatoire dépeint avec une rare ûdélité les particularités maladives de son état mental. On va pouvoir en juger.

Demande. " Avant le mois d'avril 1867, lorsque vous commenciez à tomber malade , qu'éprouviez-vous?

Réponse. J'étais moins disposé à m'occuper d'affaires; j'étais moins actif, je m'ennuyais, je m'inquiétais, je songeais à liquider ma maison , car j'étais exproprié ; j'avais besoin de changer de milieu , et, quand l'ennui vous prend, vous savez que l'on dort moins et que Ton fume davantage. C'est à ce moment-là que je me suis mis k boire du genièvre. Peut-être bien en ai-je trop pris?

D. N'avez'-vous pas éprouvé des erreurs du sens de l'ouïe ?

R. Oui. J'ai commencé d'abord par entendre le bruit doux et harmonieux d'une petite fontaine , puis les murmures d'une eau gazouillante, puis des cadences musicales, le sifflet d'une locomotive, puis enfin des paroles sottes, gouailleuses, injurieuses, outrageantes. Ces bruits ou ces voix prenaient pour moi telle ou telle forme, mais je n'ai jamais pu voir les gens qui les produisaient.

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