CHAPITRE DIXIÈME
faut que le choix du testaleur puisse s'exercer libreiucnl. en (leliors comiue en dedans de la laiwille; que c'est d'ailleurs une hypotlièse qui paraît démentie par l'observation , q'ue de supposer qu'un houime puisse être lou en un point e( sage en tous les autres , el de vouloir faire marcher ensemble la raison et la l'olie; qu'un des effets les plus constants de lamononumie, c'est précisément d'altérer et de ])erverfir de proche en proche les sentiments affectifs ;
« Qu'il est évident que les fausses terreurs dont le testateur était ajjiié, l'itU'e fixe qui s'était emparée dé son esprit ne lui laissaient point la liberté des jugements ni de ses affei lions; qu'il était irrésistiblement poussé à aimer ou à haïr, selon qu'on j)araissait ou non s'associer à ses craintes cl cà ses ressentiments;
" Que c'est ainsi qu'on voit ses affections se détacher de tous les siens pour se concentrer exclusivement sur Marie Cassaignc, sa servante , qui, par position, sinon par calcul , devait se plier à ses manies ;
» Que par son testament, qui ne renferme qu'une seule disposition, il l'institue son hérilièie générale et universelle, sans laisser un témoignage d'attachement on de souvenir à son frère, (pii vivait alors, ni à ses deux sœurs, ni à aucun des nombreux parents ou amis de la famille ;
» Que la déclaration même qu'il a pris soin d'annexer à cet acte témoigne du trouble de sa raison et de l'influence qu'il exerçait sur ses sentiments; qu'on le voit en effet dans cet écrit qualiOcr de scélérat et signaler à toutes les rigueurs de la justice le même homme qu'il comblait peu de mois auparavant de témoignages de confiance et d'affection, sans qu'on trouve à ce brusque changement d'autre explication que le désordre de son esprit;
)) Attendu qu'il importe peu que, dans la mènie période
de temps, il s'occupe de ses affaires et rédige des mémoires où l'on remaïque de la suite dans les raisonnements et une certaine vivacité d'intelligence; qu'indépendamment de ce qu'on trouve aussi dans certains passages de ces écrits des traces de l'idée fixe qui l'obsède , ils offriraient seulement ce phénomène, souvent observé dans la monomanic , des facultés intellectuelles conservant un certain degré de force et d'activité , en même temps que les facultés morales éprouvent une lésion profonde; mais que le testament étant l'œuvre de la volonté spontanée du testateur, l'acte qui tient de plus près à ses affections, il faut surtout, pour être en état de tester,, que les facultés morales soient intactes;
>, Atlcndu que, dans ces circonstances, on doit tenir dès à présent pour certain que, lorsqu'il a rédigé son testament, Camille Fonfrèdc n'était pas sain d'esprit; qu'il n'y a lieu par conséquent de recourir à aucune preuve testimoniale, qui serait superflue; Par ces motifs :
La Conr, sans s'arrêter à l'appel interjeté par Marie Cassaigne du jugement rendu par le tribunal de première instance de Bordeaux, le 25 août 1851 , statuant sur l'appel incident des intimés, émendant, déclare nul le testament olographe de Camille Fonfrède en date du 1" décembre 1837, <mverl le 19 avril 1851, et déposé le 18 du môme mois dans les mains de M' Caboy^ notaire à Bordeaux; condamne Marie Cassaigne à délaisser aux intimés tous les biens composant la succession de Camille Fonfrède , qui se trouvent en sa possession. »
Du 27 mai 1852. ch. : prés., M. de la Sciglière , pr. prés.; plaid., MM. Princeteau et Vaucher, avocats.
Du délire des persécutions au suicide, on sait combien la dislance est facilement franchissable,