CHAPITRE ONZIlhlE
lalifcs habituollos envers les fous et les malades, s'est rendu coupable de cet homicide.
M. *** a trouvé le moyen d'enterrer cette affaire avec le cadavre de la victime ; en sorte que l'assassin s'est vanté , devant des témoins sains d'esprit, notannnent devant le lieutenant Joseph-Maiie-Paul 15..., engagé volontaire, de cette déplorable impunité, aftlrmant qu'étant soutenu par M. ***, il continuerait de brutaliser les malades, et, par suite , dé les assassiner impunément.
Dans de telles circonstances, ma vie ne sera pas en sûreté tant que toutes les maisons de santé du département de *'^* seront sous la dépendance exclusive de M. qui, outre ses frais de tournée, et sans compter les accessoires, reçoit un traitement annuel de trente mille francs, dont dix mille francs comme médecin insaniste, et vingt mille francs comme agent supérieur de la police impériale et comme ancien membre de la Société du Dix-Décembre.
M. *** conq)rend , en effet , que si j'étais mis en liberté , je pourrais, par l'entremise et par l'appui de mon ami Lermina, faire livrer aux tribunaux militaires un traître et un assassin qui n'a que trop mérité la mort, ainsi que ses confrères les docteurs *** et «*, ce dernier, médecin en chef de la Maison nationale de complaisant bien
connu de la police impériale, et que la République a le tort de ne pas faire destituer et fusiller.
Pour se défaire d'un témoin et d'un républicain aussi dangereux pour lui, M. qui est très-riche et maître absolu des maisons de santé du département de *** et d*' leur personnel, pourrait bien ne pas reculer devant rbon.vcide par empoisonnement. Comme médecin , il lui est trèsfacile de se procurer du poison ; or, quand on laisse un homicide impuni, on est bien près d'en commettre un autre , surtout quand votre vie et votre honneur sont en jeu.
Je demande dès lors à être mis iranaédiatemeiat en liberté, ou à èire Iransporlc dans une maison de santé qui ne soit pas sous la dépendance diC M.
Fortuné
Marie à Louise M..., qui est morte de chagrin ou dans le plus complet désespoir, ne sachant pas ce que je suis devenu ; — père de cinq enfants en bas àgo , l'aîné n'ayant que quatorze ans et demi; — et libraire établi à V..., rue d'A..., 12, et rue de la P..., 100.
— Ce malade s'est un peu amélioré, et a pu sortir de l'asile public d'aliénés où il avait été placé. 11 a depuis intenté des procès au médecin, qu'il a dénoncé dans la lettre qu'on vient de lire, et il les a perdus, ce qui n'étonnera personne.
Tant que les fausses déclarations ont un caractère essentiellement grotesque comme celle qui précède, on comprend qu'il n'y ait guère lieu de s'en émouvoir; mais certains faits sont parfois présentés avec une astucieuse vraisemblance, et donnent lieu à de
sérieuses enquêtes !
Il y a lieu de rapprocher des persécutés cette catégorie d'infortunés qui s'accusent d'être les auteurs de la mort de leurs maris, de leurs femmes ou de leurs enfants. Les hypochondriaques et les gens à scrupules religieux excessifs font parfois le récit de leurs prétendues fautes ou de leurs crimes imaginaires avec une apparente sincérité résignée qui en impose, et qui, comme tout à l'heure, pour les fausses dénonciations des persécutés, donne
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lieu à des liésilations et à un eoiiimejicement de trouble de conscience.
" Les médecins, dit M. Alorel, qui s'occu|>eiit des affections nerveuses ont pu reuiarquer celte éli-ange disposition de la part des malades à donner une existence réelle à la variété infinie d'impressions et de pensées qui, malgré nous, viennent nous assaillir dans les circonstances douloureuses on critiques de la vie. On a des ennemis, des détracteurs, et des projets de vengeance ont pris involontairement naissance dans l'esprit. Sous l'iniluence d'une passion, il surgit dans notre âme mille pensées mauvaises dont on a Ijonte et horreur, et que l'on combat de toutes ses forces. Les hommes les plus sages, les plus vertueux, ne sont pas toujours h l'ahri des dangers de la tentation. Au milieu des conditions pénibles de l'existence, on a parfois l évé la cessation de ses propres misères; des songes heureux nous ont fait arriver à la fortune, aux grandeurs, etc. Kh bien, toutes ces idées mauvaises ou folles, tous ces rêves consolaMs ont pu, dans un état de folie réel, revêtir une réalité chimérique et devenir pour l'aliéné quelques-tmes de ces idées fixes qui foraient la base de son délire et qui sont si difficiles à déraciner.
» Une femme a prédit à son iliari que sa mauvaise conduite lui attirerait la punition du ciel; une naère a également cherché à ra[>peler son fils à la vertu par la perspective de la pmiition divime. Dans sa douleur, elle s'est laissée aller à des menaces et a
souhaité hautement que son pronostic se réalisât... Toutes ces circonstances se produisent dans la vie, et il serait facile de les multiplier idéalement et sans sortir de l'ordre des choses possibles. Or, que peut-il en résulter lorsque ces événements se réalisent et que, par une coïncidence fatale, celui qui les a rêvés ou prédits est sous le coup d'une affection nerveuse qui a pour premier effet d'exalter la sensibilité et de fausser toutes les perceptions? La conséquence est facile à prévoir, et les médecins aliénisles connaissent mieux que personne cette fatale disposition imprimée à la conscience de leurs malades, qui leur fait prendre pour des réalités les simples produits de leur imagination. On voit alors des aliénés s'accuser d'être les auteurs de tel ou tel crime dont l'existence a coïncidé d'une manière funeste avec une pensée qui a surgi involontairement dans leur âme. Heureux encore ceux qui prennent pour des réalités les projets d'ambition qu'ils ont roulés dans leur tete alors qu'ils étaient en santé, et qui se croient riches, puissants, millionnaires!... Malheureusement, il en est d'autres qui s'appliquent involontairement la doctrine de b coïncidence entre une pensée impie qui peut surgir dans le cœur humain et la réalisation de cette pensée par des auteurs inconnus. Ils s'accusent alors d'être les auteurs de la mort accidentelle ou violente de ceux sur lesquels, dans un moment de vertueuse indignation, ils avaient appelé la vengeance divine. 5'