‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 216 sur 234 · CHAPITRE OXZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE OXZIÈME

Si les faibles d'esprit ou les déments peu avancés peuvent être entendus comme témoins, à titre de renseignements, dans une affaire, on voit que le témoignage d'un certain nombre d'aliénés peut, à l'occasion, devenir très-suspect. Le persécuté pourra donner sans doute, en dehors de ses conceplions délirantes habituelles, des éclaircissements précis et véridiques, mais ce malade est si sujet aux violences passionnelles et il est tellement exposé à prendre des chimères pour des réalités, qu'il ne sera pas possible en somme de faire fond sur sa déposition. N'en sera-t-il pas de même de ces malheureux mélancoliques qui se calomnient sans cesse eux-mêmes, qui s'accusent d'être les auteurs de tel ou tel crime, et qui, en dehors de leurs anxiétés oppressives, sont si peu ap(es à porter sur quoi que ce soit un jugement de quelque valeur?

n est assez rare que des demandes en interdiction ou en dation de conseil judiciaire soient formulées contre des malades atteints de délire des persécutions de légère ou de moyenne intensité. Très-maîtres d'eux-mêmes, vivant à leur guise, se défendant avec énergie, car ils voient dans la mesure projetée une persécution nouvelle, ces malados offrent assez peu de prise à la procédure et triomphent généralement de l'enquête. iMais comme les perséculés ne prennent aucun souci de leurs affaires, qu'ils négligent tous leurs inlérêls et qu'ils se laissent complaisamment absorber par leurs préoccupations spéciales, il s'en-

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m.it qu'ils sont exposés à voir s'écrouler leur forlune, iauie d'une intelligente gestion, ou à la gaspiller de leurs propres mains en changements de domicile, en voyages lointains, en procès, en ventes inconsidérées de propriétés, en allocations distribuées dans un but de vengeance ou en enfouissement improductif de capitaux dans la cheminée de leur chambre, sous le parquet, dans la cave, dans une cachette du grenier ou. sur leurs propres personnes. Leurs babils sont quelquefois doublés et littéralement rembourrés de billets de banque! Il y a donc lieu, lorsque le malade est placé dans un établissement privé, de lui faire donner immédiatement un administrateur provisoire, et l'on sait, à ce sujet, que celte sage mesure est prise en sa faveur par le fait seul de l'entrée de l'aliéné dans un établissement public. L'administrateur provisoire n'a malheureusement que des pouvoirs très-bmités, et, il faut bien l'avouef, il y a souvent, au point de vue de la direction de la fortune et des intérêts de la famille du malade, plus d'une situation embarrassante ou presque inextricable créée parle fait de l'explosion d'un délire partiel si peu maniable.

Dans les cas graves de délire des persécutions, lorsque le malade craint d'être empoisonné, qu'il a des hallucinations constantes et qu'il est dangereux pour lui-même et pour autrui, les parents ne doivent pas hésiter à provoquer des mesures conservatoires beaucoup plus radicales. La magistrature, qui n'est

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