‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 217 sur 234 · CHAPITRE OMZIKME · texte numérisé non relu

CHAPITRE OMZIKME

pas sans savoir que la position présente des périls de plus d'un genre, est la première à s'y prêter. Un intérêt majeur conmiande. Et alors même qu'il ne s'agirait pas de sauver des intérêts matériels si menacés, n'importe-t-il pas de faire juridiquement constater dès aujourd'hui l'état mental d'un homme qui déshéritera sa lamille et dont il laudra idlérieurement attaquer les dernières dispositions?

L'interrogatoire du persécuté ne manque pas d'importance. Il permet d'examiner le maintien du malade, l'expression de sa physionomie, et fait ressortii- les singularités peut-être étudiées de son discours. Après s'être entretenu d'abord avec eux d'insignifiantes généralités, il convient de les interroger avec soin snrlcs sujets qui les tourmentent, et de les amener avec précaution et adresse à parler de leurs convictions délkantes. Lorsqu'on a gagné leur confiance, ils se livrent et mettent à découvert les incertitudes soupçonneuses de leur es[)rit, la nature inquiète de leurs impressions et les mobiles de leurs actes. On les questionne enfin sur les objets qui les entourent : mauvais observateurs en général, ils donnent sur l'élablissement, sur leurs compagnons d'infortune ou sur les chefs de la maison des renseignements entachés d'erreur.

11 arrive fréquemment que les perséculés dissimulent avec soin leur délire et qu'ils ne sont, en définitive, que des bien porlanls iinag inaires. Ils masquent leurs hallucinations de l'ouïe lorsqu'ils

comprennent qu'on ne leur rendra leur liberté qu'autant qu'on sera persuadé qu'ils n'entendent plus telle ou telle voix , qu'ils ne trouvent plus dans leurs aliments le goût du soufre, de l'opium ou de l'arsenic. Les malades tentent alors de convaincre le magistrat et le médecin, cherchent à leur persuader qu'ils sont parfaitement revenus de leurs erreurs passées ou de ce qu'ils appellent eu^-mêmes leurs anciennes bizarreries et leurs absurdités. Mais pour pouvoir sainement apprécier l'état mental de ces dangereux et rusés malades, il ne faut rien précipiter, renouveler plusieurs fois l'examen et faire épier tous leurs mouvements soit par les employés de l'établissement, soit par les gens de service. Il est très-difficile de dissimuler habituellement et longtemps; aussi la vérité finit-elle par se faire jour.

Ces aliénés viennent parfois s'asseoir sur les bancs de la police correctionnelle ou de la cour d'assises. Là encore, ils peuvent donner lieu à certaines observations. Lorsque le persécuté est arrogant et vaniteux et qu'il veut à tout prix que l'opinion publique s'occupe de lui, la solennité d'un débat judiciaire le flatte et le grise. Il éprouve à l'audience la jouissance du vœu satisfait : il rapporte à sa propre importance l'appareil qu'on déploie, son amour-proprey triomphe.

a II faut que la France sache qui je suis et ce que je suis » , disait l'un de ces malades. Son banc d'accusé se transforme dans son imagination , et devient une place d'honneur, une tribune d'où il pourra se faire

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entendre et se venger des hostilités coupables qu'on a dirigées contre lui avec tant d'acliarnemcnt. il puise dans l'idée qu'on le regarde une force qui le contient et le renferme dans une retenue relative qui peut paraître de l'adresse, et il pourra presque faire preuve d'une raison supérieure jusque dans le ton hautain des réponses que son orgueil opposera aux juges.

En résumé, toutes les applications médico-légales qui découlent du délire des persécutions ne sont que la conséquence directe ou indirecte du délire luimême. Lorsqu'on est sûr d'avoir devant soi un persécuté, et lorsqu'on sait bien ce que c'est qu'un persécuté, la médecine légale n'est pas une difficulté. C'est la sûreté du diagnostic qui résout les embarras.

Simulation.

Je ne crois pas avoir jamais vu un seul cas de délire des persécutions simulé, et je me l'explique très-bien, car comment le simulateur s'y serait-il pris et à quelles sources aurait-il puisé l'étude de son rôle? Que le fait soit désormais possible, parce que l'on connaîtra mieux les caractères, les particularités et les phases de la forme spéciale de vésanie qui vient d'être décrite ici, je l'accorde, et, à l'occasion, il y aura lieu de se tenir sur ses gardesmais les individus qui simulent n'ont pu jusqu'à ce

jour s'adresser qu'à des troubles intellectuels trèsconnus, grossiers, et courant en quelque sorte les rues. Indépendamment de l'épilepsie que l'on simule toujours , mais que l'on ne calque jamais d'uae manière parfaitement exacte, on a fréquemment feint l'imbécillité, le délire maniaque aigu avec turbulence, cris et insomnie, puis l'hébétude et le mutisme, cl encore a-t-on toujours fini par éveiller les soupçons et par ne donner le change à personne sur la maladie mentale imitée. L'exagération a donné l'éveil et projeté une clarté inattendue sur la supercherie , car c'est toujours par l'exagération que pèchent les simulateurs. •

Caspcr a rapporté l'observation qu'on va lire : elle ne fait que confirmer notre opinion sur la presque impossibilité de feindre avec quelque connaissance de cause une variété de délire non encore décrit.

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