CHAPITRE DEUXIÈME
aucune ressource. ^ Conlinuellcmcnt il y a un tas de monde qui crie après moi cl j'ai un clourfemcnt sur la poitrine; ils me font parler et disent ce qu'ils veulent après. On ne m'a jamais dit ce qu'ils disent en arrière, mais la nuit, ils parlent tout bas et me reprochent des choses atroces. Ils m'appellent g , s , et devinent ma pensée. Ils pensent et
ils font dire malgré moi des choses. Je ne réponds rien; le plus souvent je n'ai aucun sonmieil. Quand je suis trop taquinée j'ai peur, car il y a quelqu'un à mon oreille qui me dit : Prenez patience; les autres me disent : Je vais t'étoufl'er. Je n'ai pas cherché à savoir, n'ayant pas le caractère méchant et n'aimant pas les discussions. J'ai reconnu une voix qui m'a toujours poursuivie, à la Pitié comme ailleurs. Je ne sais si c'était une femme, un homme (elle n'entend que cela et pas d'autres bruits).
Ce n'est pas des vraies paroles, c'est des paroles par pensée et on répond de même ; je leur réplique de même par pensée. J'ai la tète fatiguée et je ne puis chercher. 11 me semble que c'est la voix d'une somnambule. Je n'ai rien entendu ici , mais c'est un tapage que je ne puis m'expliqucr. Je suis sans courage, sans énergie, y-
Il existe donc une forme d'aberration mentale, spéciale, particulière, dans laquelle l'aliéné se figure être l'objet de poursuites souvent occultes et surnaturelles, et qui l'incite constamment à se mettre en défense contre tout le monde. Cet étal s'accom- ])ajpie le plus souvent d'hallucinations de l'ouïe, qui consistent tantôt en bruits de différente nature, en quelques mois ou en quelques phrases toujours identiques, ou bien en une sorte d'eW/o; tantôt en conversations ou en deux voix distinctes, dont Tune
conseille le bien el l'autre le mai. Les voix ne sont parfois entendues que par une seule oreille; elles sont graves et fortes, ou ressemblent à des murmures, à des chuchotements et ne font pas de bruit , ou sont perçues à distance. Les interlocuteurs invisibles parlent ordinairement à la seconde personne.
Certains malades affirment qu'ils peuvent causer mentalement, que leurs interlocuteurs n'ont pas besoin de remuer les lèvres ou de proférer une seule parole, qu'ils comprennent le langage de la pensée, qu'ils entretiennent une conversation d'àme à âme, qu'ils entendent en idée des voix secrètes intérieures sans langage parlé.
Lorsqu'on presse de questions les persécutés atteints d'hallucinations de l'ouïe el qu'on leur demande comment ils peuvent entendre des voix à des distances absolument invraisemblables, leurs réponses invariables sont celles-ci : « On se sert de portevoix » , ou bien : « Ils emploient le magnétisme ».
Enfin on rencontre quelquefois des persécutés affectés de surdité. Ces malades, ainsi que l'a démontré depuis longtemps M. Baillarger, n'en éprouvent pas moins des hallucinations de l'ouïe trèstenaces.
CHAFITUE TROISIÈME.