I. DES CONCEPTIONS DELIRANTES SPÉCIALES Qll ACCOMPAGNENT OI
COMPLIQUENT LE DÉLIRE DES PERSÉCl TIONS. II. PRÉOCCUPATIONS
HYPOCIIONDRIAQUES. — 111. CRAINTES d'eMPOISOIVNEMENT. — IV. IDÉES DE GRANDEUR.
Des conceptions déUranles spéciales qui afcompacjnoil ou coinpliquenl le délire des persécutions.
L'élude approfondie des maladies psycho-cérébrales démonlrc très - nellement que les délires généraux bouleversent de fond en comble les facultés inlellecluelles et en compromettent l'exercice ultérieur, tandis que les délires partiels laissent plus ou moins intacts certains côtés de l'entendeinenl. Le délire des persécutions est un délire partiel, reconnaissable aux signes fixes et aux sjmptômes limités dont l'énumération a été faite. On a vu que l'on pouvait, à la rigueur, esquisser les contours du cercle pathologique parcouru par les malades, prévoir les manifestations possibles du délire et prendre des garanties ou des sûretés contre des éventualités plus ou moins ficiles à annoncer d'avance, et surtout plus ou moins imminentes.
Le persécuté a créé sa folie de toutes pièces. Il l'a en quelque sorte méditée , écliafaudée et bâtie. Cela fait, le délire a pris possession du malade, s'est imposé à lui et l'a subjugué.
Des nuances diverses qui ressortent clairement de tout l'exposé qui précède et des détails morbides différents que les observations ont pu mettre en lumière, il résulte que le moment le plus propice pour juger sainement un malade est la période d'état du délire. Au début, le malaise intellectuel, l'indécision, l'embarras, la méfiance et les doutes, rappellent trop bien la céphalalgie et le frisson qui servent si souvent d'avant-conreurs à des lésions physiques aiguës, mais qui ne précisent rien encore. On est averti seulement qu'il va se passer quelque chose , et l'on reste dans une expectalion inquiète.
A une période très-avancée du délire, l'intelligeuce est souvent si troublée, si altérée, si désorganisée, que l'aliénation partielle primitive est rejetée très-loin, ou que l'élément vésanique essentiel a disparu dans ce désarroi de l'entendement. Pour pouvoir exprimer sur le compte d'un persécuté une opinion exacte, il faut donc autant que possible l'examiner en dehors des deux périodes extrêmes du délire.
Le persécuté type a été suffisamment mis en scène pour que son état mental ne donne plus lieu à la méprise- mais il importe maintenant d'étudier les transformations et les complications les plus fré-
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quentes du délire des persécutions, el de signaler les conceplions délirantes spéciales qui peuvent coexister avec les idées de persécution. Ces dernières sont principaleuient les préoccupations hypochondriaques, les craintes d'empoisonnement et les idées de grandeur.
Préoccupations hypochondriaques.
L'hypochondrie est une véritable aberration de l'intelligence; c'est une névrose cérébrale qui porte sans cesse l'individu à s'occuper de ses sensations réelles ou imaginaires, et à les considérer comme autant de maladies graves.
On coudoie tous les jours des hypocbondriaques. II en existe partout, on en rencontre dans toutes les classes de la société,' et les hommes les plus émineuts par leur intelligence sont loin d'être exempts de vives préoccupations relativement à leur santé. Les uns redoutent une maladie du cœur, se croient déjà atteints de palpitations et tàtent fréquemment leur pouls; les autres, afin d'éviter des souffrances gastralgiques et le début probable, sinon certain, d'un cancer de l'estomac, suivent un régime alimentaire particulier, s'imposent des diètes sévères et fréquentent des établissements d'eaux minérales ; ceux-ci sont constipés ou se croient menacés d'accidents congestifs du côté du cerveau, et les voici qui
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prennent des lavements, qui se purgent, qui s'éloignent du feu, qui consultent sans cesse le thermomètre, qui se promènent le chapeau à la main, etc. ; ceux-là se regardent constamment la gorge; ils se gargarisent et se cautérisent sans cesse , et ils portent un cache-nez en plein mois de juillet; d'autres craignent d'avoir la pierre et inspectent constamment leur urine; d'autres se croient phlliisiques , boivent des tisanes, se posent des vésicatoires , examinent tous leurs crachats à la loui)e , et vont passer l'hiver à Nice et l'été aux Eaux-Bonnes; d'autres se prétendent diabétiques , portent des urines chez le pharmacien, s'astreignent à un régime particulier et se pèsent tous les quinze jours; d'autres, appréhendant outre mesure une infection syphilitique, interrogent plusieurs fois |)ar jour l'état d'humidité ou de siccilé de leur canal urélhral; d'autres, enfin, s'attendent à mourir subitement, prennent des précautions infinies pour éloigner toute émotion, et ne sortent jamais sans avoir sur eux des papiers qui établissent leur identité et donnent les renseignements les plus circonstanciés.
Un homme bien connu de M. Delasiauve, possédant des notions anatomiques et physiologiques étendues, prétendait, depuis plusieurs années , que son cerveau était le siège d'une hyperémie contre laquelle il croyait urgent d'employer un traitement énergique. Il gardait une diète rigoureuse, réclamait des émissions sanguines et des bains prolongés. Ses