CHAPITRE TROISllhlE. 9;i
délire et suffiraient pour démontrer qu'il est affecté d'hallucinations, d'idées de persécution et de <i[randeur.
Les certificats délivrés par plusieurs médecins chargés de l'examiner, à l'occasion de ses nomhreuses réclamations , ne sont pas moins significatifs. M. T..., disent-ils, est sans cesse halluciné; pendant le jour, les personnes qui passent à côté de lui lui adressent des injures; pendant la nuit, des inconnus s'introduisent dans sa chambre par le parquet, et lui tiennent les propos les plus offensants. Il ne peut concevoir une idée sans qu'elle soit répétée à haute voix et divulguée à la connaissance du public; on le persécute en l'entourant d'odeurs infectes ; il se plaint que tous ses aliments contiennent du poison, ou au moins des choses dégoûtantes; on refuse de reconnaître qu'il est Napoléon II, etc.
Quant au mode de progression des symptômes de sa maladie et à l'enchaînement des conceptions délirantes, iM. T... se charge lui-même de les faire bien comprendre. H écrit au président du conseil, le 30 juin 184... : « Monsieur le ministre, j'ai été transféré à l'asile de... pendant le mois de février dernier, à l'occasion d'un mémoire que j'ai publié et dans lequel j'exprimais la conviction que je suis le fils de l'empereur Napoléon I" et de l'impératrice Marie- Louise, retenu en France, en 1814, par des causes extraordinaires. Aujourd'hui plus que jamais je crois à cette hypothèse sur mon origine, parce qu'elle est la seule qui puisse m'expliquer les indignes et incessantes persécutions dont le gouvernement du roi des Français m'a environné depuis plusieurs années. File seule peut m'expliquer aussi pour quel motif le fils de l'empereur Napoléon 1" et de 1 impératrice Marie-Louise, dont l'existence fut reconnue sous le nom de duc de Parme par les traités de 1814, a disparu tout à coup, substitué par le duc de Reichstadt, dont le nom n'est compris dans aucun traité. »
n LE DÉLIRE DES PERSÉCUTIONS.
Il résulte évidemment des explications fournies par M. T... lui-même que sa maladie a débuté par le trouble des sensations. Les souffrances physiques et morales que ces troubles sensoriels lui faisaient éprouver, il ii'a pu les altribuer qu'à la malveillance, à la persécution d'un ennemi puissant; une pareille puissance ne lui a paru pouvoir appartenir qu'au gouvernement. Mais encore Louis- Philippe devait avoir un inlérêt bien impérieux pour s'acharner à sa perte ; il n'y a qu'une manière d'expliquer de telles perséculions , la peur de le voir faire valoir ses droits au trône. Qui élait-il donc pour avoir ces droits? Le duc de Reichstadt.
Par conséquent les trois groupes de symptômes : hallucinations , idées de persécution , délire des grandeurs, ont paru dans l'ordre où ils viennent d'être énumérés, en dérivant les uns des autres , le délire des grandeurs étant l'explication logique des idées de persécution, et celles-ci l'explication logique des fausses sensations; de plus, la personnalité réelle du malade a disparu pour faire place à une autre bien illustre : de simple homme de lettres il est devenu fils de Napoléon et prétendant au trône !