OBSERVATION XXIII
Hallucinations. — Délire des persécutions. — Idées de grandeur.
M. X,.. a apporté en unissant certaines prédispositions à la folie. Reçu avocat a; rès des études ordinaires, il s'est fixé dans une petite ville et n a jamais été sérieusement oc-
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oupé. Il s'est marié, mais son caractère fantasque lui a lait taire mauvais ménage , et il s'est séparé (le sa femme.
Habitant un pays voisin de la frontière, il a été obligé de prendre la fuite, à la suite de troubles politiques pendant lesquels il avait été compromis. Par une nuit de décembre, il a dù traverser à pied une chaîne de montagnes, au milieu de la neige, à travers mille dangers. Dans ce voyage émouvant, il a commencé à éprouver des illusions; les arbres de la route lui paraissaient être des gendarmes mis à sa poursuite; le son éloigné des cloches le menaçait de loin.
Il était à l'étranger depuis quelques mois, lorsque éclata un accès aigu de folie qui nécessita un traitement de plusieurs semaines dans un asile d'aliénés.
Plus tard il revint en France, dans sa ville natale; mais sa conduite y dénota un trouble mental tellement grave, qu'il dut être placé d'ofiice dans un asile d aliénés, où il fut pendant plusieurs années soumis à notre observation. \ oici quel était alors son état.
Les halli:cinations ont été le point de départ de son délire, qui pré.^enle le mélange le plus complet d'idées de persécution et d'idées de grandeur.
Il a des ennemis acharnés; on le tourmente sans cesse; non contents de s'adresser à lui, ses persécuteurs étendent leurs maléGces à tous les siens. Il entend dans les greniers de la maison les cris de ses deux Glles que l'on viole; il veut voler au secours de sa mère que l'on égorge; il ne peut pas faire un repas sans cire victime de tentatives d'empoisonnement ; la cuisine de l'établissement lui sert un mélange d'arsenic et de chair humaine, quand les repas ne sont pas uniquement composés de matières fécales mélallisées.
Quant aux motifs de ces persécutions, ils ne sont autres que son inmiense supériorité sur tous les autres hommes;
il avait les plus heureuses dispositions, et il les a tellement cultivées, qu'il a acquis un talent supérieur, surtout en mécanique. Aussi a-t-il depuis longtemps surpris le secret du mouvement perpétuel, et il passe une grande partie de son temps à dessiner les divers organes de la machine qui doit résoudre cet important problème. Appliquée à l'industrie, à la locomotion , cette machine changera la face de l'univers. Mais ce n'est pas seulement pour le priver du fruit de ses découvertes qu'on le retient de force dans une maison de fous. Un motif bien plus élevé le fait enfermer.
Les souverains de l'Europe se liguent contre lui , parce qu'on a découvert depuis peu qu'au lieu d'être le ûls de M. et madame X..., il a une origine impériale et royale. Il est le fils de Louis XVI et de la reine Horlense. Ce n'est pas le vrai Louis XVI qui a été exécuté; il a pu fuir et s'est caché dans une petite ville de Franche-Comté, où il a exercé jusqu'à un âge avancé le métier de cordonnier, ce qui ne l'a pas empêché d'avoir un fils avec la princesse Hortensc Beauharnais, lors d'un voyage de cette dernière en Suisse. Ce fils, c'est lui, connu jusqu'ici sous le nom de X...; il réunit donc tous les droits au trône des Napoléon et des Bourbons; on ne saurait méconnaître son origine en voyant son profil et ses cheveux ; et en effet il s'applique à se donner la physionomie la plus majestueuse qu'il peut. Mais, eût-on encore quelques doutes , qu'ils devraient disparaître en présence des aigles impériales mêlées aux fleurs de lis dont il est prêt à montrer l'empreinte évidente sur son prépuce, devant un jury composé de sénateurs et de sagesfemmes.
Ici encore nous remarquons la réunion de tous les symptômes caractéristiques, avec la succession ordinaire dans les phénomènes. Nous ne saurions rien