‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 62 sur 234 · OBSERVATION XXVIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXVIII

BK'pharitc chronique. — Tristesse, défiance. — Ensorcellement. — Idées de suicide. — Iul'aiiticides. — Xonibrcuses tentatives de suicide. — Menaces homicides. — Excitation maiiia(iue. — Traitements divers; iusuccès. — Dyssenterie suivie d'une amélioration de l'état mental. — Rhumatisme articulaire aigu. — Guéri.son. (Dajjron, Archives clini(p(es des maladies menlules et ncrc, 18(51, p. 1V5.)

Gaborit (Marie), femme Gaboiit, née le 16 novembre 1817, est une. femme de taille moyenne, de constitution médiocrement forte et de tempérament en apparence lymphatique; elle est atteinte d'une blépharile chronique.

Il résulte des renseignements qui nous ont été fournis, que Gahorit est la première de sa famille qui ait présenté des désordres des facultés intellectuelles. Mariée en 1845 à un journalier, elle se fit toujours remarquer par sa bonne conduilc , et bientôt mère de deux enfants , elle fit tous ses efforts afin de pourvoir à leurs besoins, et fut assez heureuse pour y parvenir.

C'est dans cette période de sa vie, vers la fin de 1854, alors que tout semblait lui sourire, que s'est déclarée l'affection dont elle a été atteinte. Triste d'abord, Gaborit devint bientôt défiante et se plaignit d'clre en butte aux maléfices d'ennemis imaginaires qui lui avaient jeté un sort. C'est en vain qu'on chercha à la rassurer; le mal faisant de rapides progrès, elle songea bientôt au suicide.

Après avoir longlemps nourri ce projet, qu'elle n'eut pas le courage de mettre à exécution , elle conçut le dessein de tuer pour être tuée. En mars 1855, elle fit, en effet, périr l'un de ses enfants en lui brisant la tête contre le sol , et ce ne fut qu'avec beaucoup de peine qu'on lui arracha des mains le second, dont les blessures furent assez graves pour donner des craintes sérieuses pour sa vie.

La justice, informée de ces faits, s'ctaiit transportée à son domicile, Gaborit se reconnut, sans hésitation, coupable du meurtre qui lui était imputé, et déclara que si elle avait tué, c'était dans l'espoir d'être tuée à son tour. Conduite à la prison de Fontenay, elle y fut interrogée, et M. le procureur impérial put facilement se convaincre qu'il avait affaire à une pauvre insensée; aussi la fit-il transporter à l'hospice pour y être examinée. M. le docteur Joffrion, médecin des prisons, chargé de cet examen, déclara, le 26 mars, c; avoir visité et interrogé la nommée Gaborit, détenue, et avoir reconnu qu'elle ne jouissait pas de la plénitude de SCS facultés intellectuelles, et n'était point, par conséquent, responsable de ses actes; " le 16 mai : « qu'elle était atteinte de monomanie manifestée par le désir de la mort et une tendance k maltraiter et même détruire les enfants, et qu'il y avait lieu, par suite, de prendre des mesures de nature à l'empêcher de commettre des crimes. «

Mise hors de cause sur ces simples déclarations , Gaborit fut transportée ici le 26 mai 1855. Interrogée le jour de son admission, elle nous raconta avec douleur les faits qui avaient nécessité son arrestation. Placée dans le quartier de surveillance continue, elle s'y comporta d'abord assez bien, tout en parlant de ses malheurs , qu'elle attribuait à un curé du voisinage; puis, le 1" juin suivant, déjouant la surveillance, elle se rendit seule sur le pvéau, où on la trouva un instant après baignée dans son sang; la malheureuse avait voulu se couper la langue avec un couteau qu'elle avait pu cacher sur elle le jour de son entrée. Guérie de cette blessure, elle ne songea plus qu'au suicide. Si on la perdait un instant de vue, elle en profitait pour avaler des épingles, des cailloux , des morceaux de verre , et chercher à se pendre ou à se briser la tète contre les murs, « le courage, disait-elle, lui étant enfin revenu,

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