CHAPITRE CINQUIÈME
cipaiix se sont rapidement aggravés, et plus il existe de chances de guérison. Si le délire s'est graduellement développé et s'est lentement systématisé, et si, après cette longue incubation, il y a eu explosion subite, on doit, en général, porter un pronostic assez grave. Dans les cas qui doivent se terminer par la guérison , toutes les chances favorables se groupent dans un espace de temps qui oscille entre six semaines et cinq ou six mois. Ces délais une fois passés, si toutes les conceptions délirantes restent stalionnaires, et si l'état d'excitation ou de dépression du persécuté tend à s'immobiliser, on doit concevoir des craintes sérieuses sur l'issue de la maladie. Un accès soudain de délire maniaque ou de mélancolie profonde pourrait cependant survenir encore, changer la situation et modifier le pronostic. C'est là une circonstance à noter d'une manière toute spéciale.
Dans la période de déclin de la maladie, les intermissions passagères sont d'un bon augure. Lorsqu'elles se rapprochent et se prolongent, elles peuvent bientôt aboutir à une franche convalescence.
La brusque terminaison du délire ne doit être favorablement interprétée qu'autant que l'accès de délire a été court; sinon, tous les phénomènes morbides sont seulement masqués. De cet état imparfait d'amélioration, avec persistance habituelle de quelques hallucinations de l'ouïe plus ou moins bien dissimulées par le malade, peuvent résulter parfois les conséquences les plus fàciicuses. Il y a donc lieu
d'apporter une allention exlrêmc à l'examen de toute trêve aussi rapide.
Le pronostic se déduit enfin d'un grand nombre de conditions diverses et d'antécédents propres au malade, des caractères spéciaux, des complications et de la marche de son délire. Mais en face du nombre si considérable d'insuccès (quatre-vingts sur cent), on s'expliquera facilement comment l'élément « persécution » appelle tout d'abord tant de réserve sur le sort destiné au malade, et comment il oblige si souvent le médecin à porter tout d'abord le jugement le plus sombre.
En ce qui concerne la longueur possible de la durée du délire des persécutions, aucun exemple n'est plus frappant que celui de l'abbé Paganel, malade qu'ont pu observer successivement plusieurs générations de médecins et d'élèves à l'hospice de Bicêtre (1850-1866).