‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 65 sur 234 · CHAPITRE CIXQIIKME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CIXQIIKME

sa souffrance. Seulement, il est du devoir du médecin de prévenir les familles du danger de la situation, et d'exiger d'elles, autant que possible, une allentive surveillance. II conseillera, en outre, l'éloignement des affaires ou des occupations d'autrefois, le séjour à la campagne, loin du bruit et de l'activité dos grandes villes, et les voyages à l'étranger, sous la direction d'un jeune médecin ou d'un interne d'un service d'aliénés. Si le malade est militaire, artisan ou laboureur, il rentre dans son milieu, rcj)rend ses anciennes liabitudes, écliappe beaucoup plus à la sollicitude incessante des siens, est exposé à plus d'un péril et retombe plus vite. On a dit qu'il serait bien préférable de conserver indéfiniment ces malades dans l'établissement, de les affranchir un peu de la règle commune, de les occuper à un travail spécial, de leur procurer quelques distractions, et, au besoin, de leur permettre des promenades et des sorties en ville, pendant toute la durée de la trêve. Je me rangerais volontiers à ces vues, que dicte une philanthropie sincère, mais elles sont difficilement réalisables et peu pratiques. Le Code n'a pas deux poids et deux mesures. Lorsqu'une loi protège la personne et sauvegarde la liberté des citoyens, il Aiut la respecter, même dans ce qu'elle peut avoir d'excessif. Les malades doivent donc être rendus à leurs familles. Seulement, la prudence veut que le médecin ne signe jamais, dans ce cas, un certificat de guérison, car sait-il ce qui va peut-être arriver?

Lorsqu'un malade qui jouit des bénéfices d'une rémission vient à être poursuivi pour un acte délictueux et que son état mental est déféré à l'examen d'un expert, il faut nécessairement étudier avec le soin le plus attentif les circonstances particulières du fait, descendre en quelque sorte dans Fintimité du sujet, analyser les conceptions délirantes antérieures et les rapprocher de l'acte incriminé, discuter à part soi les questions relatives à la préméditation du fait, au mobile possible et.à l'intérêt probable de l'accusé, et conclure selon sa conscience. Quand la rémission est de bon aloi et que l'acte incriminé n'a aucun rapport direct ou indirect avec le délire passé , la théorie de la responsabilité partielle ou proportionnelle trouve là une saisissante application. La rémission n'est-elle, au contraire, qu'une simple intermission, il ne peut y avoir ni liberté morale ni responsabilité. S'agit-il enfin d'un affaissement mental progressif, le fait n'est pas imputable et son auteur doit être par conséquent exonéré de toute pénalité.

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