CHAPITRE CINQUIÈME
Paganel, prêtre interdit, àgc de cinquante ans, né à Aubin (Aveyron) . Sou père et sa mère , pas plus qu'aucun ascendant, ne sont ou n'ont été aliénés ; pourtant on peut supposer, d'après une lettre de son père donnée plus loin, qu'il ne jugeait pas sainement la situation de son fils.
Il est arrivé à Paris en 1819 et est entré au séminaire de Saint-Sulpice. Là (je tiens ce détail d'un de ses anciens condisciples), il s'est fait remarquer par un esprit de contradiction très-marqué, une grande originalité, unis du reste à une belle intelligence.
Ueçu prêtre en 1824, il fut attaché à l'église Saint- Ktienne du Mont. Il se Gt remarquer par une grande exaltation, un esprit de controverse et une notable originalité. Il combattit la doctrine du contraditionnalisme , dont M. de Lamennais s'était fait le champion dans son livre sur y Indifférence en matière de religion, et il obtint un certain succès à propos d'une brochure parue en 1828 et intitulée : M. de Lamennais déféré en cour de Rome. Cet opuscule fut assez fortement goûté des directeurs du séminaire de Saint-Sulpice.
Un peu avant 1830, il fut rappelé à l'ordre par l'archevêque de Paris, Mgr de Quélcn , à l'occasion de son allure de langage et de quelques actes excentriques commis dans l'exercice de son ministère.
La révolution de 1830 arrivée, son excentricité et son originalité se donnèrent carrière, et comme il compromettait par ses paroles et ses actes extravagants son caractère de prêtre, il fut interdit par Mgr de Quélen.
Il s'en prit de cette interdiction à l'abbé Trcsvaux, secrétaire de l'archevêché, et composa un libelle où il l'accusait, lui et l'archevêque, d'avoir dévalisé le trésor de Notre- Dame, et où il déversait sur la personne même de Mgr de Quélen les injures les plus grossières.
Malgré Topposiliou de Mgr de Qiiélen, il fut traduit pour diftamation devant le tribunal et condamné à huit mois d'emprisonnement. II tint au tribunal un langage d'une effronterie sans égale.
Son temps fini, il vécut d'articles dans de petits journaux, d'opuscules et d'argent que lui envoyait son père; niais il en arriva vite à un état de misère et de dénùmenl tel que quelques mois avant son arrivée à lîicètre (1850) il était dans l'impossibilité de payer son loyer, et un jugement d'un juge de paix, en date du 20 avril 1850, autorisait la vente de son mobilier, d'une valeur assez considérable du reste, d'après une lettre d'huissier.
Le 15 mai 1850, il fut amené à Bicctre, d'après un certificat portant qu'il est renvoyé comme aliéné d'une prévention d'outrages envers l'Assemblée nationale (outrages proférés pendant une séance contre la personne de M. de Lamennais).
Le certificat d'entrée à Bicètre du docteur Félix Voisin, médecin de Bicètre, porta qu'il était aUeinl de lypémanie et qu'î7 se croyait victime des machinations des prêtres.
Le 24 mai, M. Voisin certifiait encore : ^. Jl est atteint de monomanie; il croit être en butte à la persécution des prêtres, il veut faire rendre gorge aux vicaires généraux, qui ont volé des millions et qui ont fait assassiner l'archevêque de Paris. Ce malade est hors d'étal de gérer ses a f aires, v
Dès son entrée, Paganel fut un des malades les plus difficiles à maintenir, protestant contre sa séquestration sans le moindre relâche, parlant, écrivant sans cesse, et mettant à son service une mimique expressive et une parole pleine de vivacité et d' à-propos.
Peu de temps après son arrivée, il se mit à écrire de nombreuses lettres, tant au parquet du tribunal qu'au di-