CHAPITRE CIXQUIKME
temps à des étouffements symptoinatiques d'une hyi)ortrophie du cœur et d'une insuffisance milrale, il fut pris d'une dyspnée très-pénible, et de plus il se produisit une hémiplégie incomplète de la motilité à droite, non accompagnée de phénomènes apoplectiques. Après quelques jours de séjour au lit, il put se lever, mais resta plus impotent encore qu'avant.
Dans les mois qui suivirent , il survint de l'œdème des membres inférieurs et du ventre. Cependant, le 28 septembre 1865, il écrivait plusieurs lettres adressées à M. de Persigny, au conseil d'État, au Sénat, et à toutes les autorités supérieures, « pour demander l'expulsion du ministère et même du Sénat, du ministre de l'intérieur, comme s'étant rendu complice, par suite de corruption, soit de six mille assassinats commis par les chefs de la maison d'aliénés de Bicétre, soit de tous les crimes dont l'abbé Tresvaux s'est rendu coupable, qui sont d'avoir fait assassiner les trois derniers archevêques de Paris et M. Poinsot, et volé, en outre, dix millions au diocèse et au trésor de l'église Notre- Dame, w
Il est bon, je crois, de donner à peu près in extenso la lettre à M. de Persigny, afin de montrer que, près de sa mort, Paganel a conservé la même vigueur d'esprit qu'en 1850, et que si son délire s'est étendu, du moins il n'a pas varié de nature.
a Bicêtre, le 28 septembre 1865.
» A Monsieur le duc de Persigmj, sénateur et membre du conseil privé.
n Monsieur le Duc ,
" Il y a bien longtemps que je n'ai pas eu l'honneur de vous écrire. Si je m'en suis abstenu, c'est que je voyais
avec peine qu'un homme qui vous devait la haute position qu'il occupe, ù savoir le préfet de police, faisait en quelque sorte Cl de vos recommandations. En effet, vous aviez beau lui écrire lettre sur lettre pour demander ma sortie, il n'a jamais voulu vous l'accorder, parce qu'il avait été corrompu par l'abbé Tresvaux et les assassins auxquels j'ai affaire, pour me la refuser.
)) Si je romps aujourd'hui le silence que j'avais gardé jusqu'ici, c'est pour vous faire passer une pétition contre un homme que j'avais fait nommer ministre de l'intérieur et qui, nonobstant, a poussé ensuite l'ingratitude jusqu'à me refuser ma sortie.
» Si vous mettiez cette pétition sous les yeux de l'Empereur, vous pourriez être nommé ministre à sa place.
» Je sais bien que le sieur Baroche , et même le ministre
d'Etat Rouher, ne veulent pas au ministère des hommes d'un si beau caractère que le vôtre. Us aiment mieux des assassins comme celui que j'ai démasqué dans ma pétition. Mais c'est à vous à les combattre auprès de Sa Majesté, et à lui faire voir qu'un ministre honnête homme est préférable à un assassin, et même que s'il s'en rapporte en aveugle à des ministres tels que ceux que je viens de nommer, ils pourront Onir par conduire l'empire à sa perte.
» En effet, je m'aperçus qu'aussitôt après la lettre que je venais d'écrire à M. de la Valette, le sieur Baroche, qui ne fait qu'un avec Rouher, dit : « Nommez-moi cet homme » ministre de l'intérieur, parce qu'il m'a promis qu'en cette » considération il ne s'occuperait plus des pétitions que n l'abbé Paganel a adressées au Sénat contre moi » . — Vous pourriez même demander au Sénat communication de ces pétitions pour les mettre sous les yeux de l'Empereur, afin qu'il connaisse ses ministres.
5) J'ai l'honneur d'être, avec la plus haute considération,
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Monsieur le Duc, de Votre l'Acellence, le très-humble et très-obéissant serviteur.
» Pagaxel, D Prêtre et homme de lettres.
« P. -S. Vous êtes encore le seul auquel j'aie communiqué cette pétition. M. de la Valolle ne se doute n)éme pas çue je l'aie composée.
» Avant de terminer, il faut que je vous dise un mot de l'assassin de Hicètre. Vous savez que les principaux coupables étaient les sieurs lîrault, directeur, Hubert, surveillant, Marcé, F. Voisin, Delasiauve, médecins, et ce qui prouve que c'était vrai , c'était que depuis que j'ai eu l'honneur de vous écrire, deux d'entre eux se sont suicidés pour se soustraire aux poursuites de la justice : ce sont les sieurs Brault, directeur, que le préfet de la Seine a fait nommer maire de Genlilly, et qui s'est empoisonné, et Marcé, qui s'est coupé la gorge avec un rasoir.
» Il y a encore deux fonctionnaires élevés qui étaient devenus leurs compMces, en recevant de l'argent d'eux pour tolérer pendant sept ans tous ces assassins. Ce sont les sieurs Husson, directeur général de l'assistance publique, cl Boiltellc, préfet de police. Voilà ce que j'ai prouvé, avecla dernière évidence , dans deux écrits que j'ai composés contre eux, et que je pourrai vous faire pas.ser dans peu.
« En effet, je les prévins au.ssitôt leur entrée en fonctions, et depuis je leur ai écrit une vingtaine de lettres à chacun de tout ce qui se passait à Bicètre. Je leur dis que ces chefs assassinaient jusqu'à trois personnes par jour pour s'enrichir. Si nonobstant ils tolérèrent fous ces crimes et permirent qu'on assassinât tous les jours de plus belle, c'est parce que les coupables les récompensèrent à cette fin. Ils sont donc devenus par cela même leurs complices. Je vous
dirai de plus que le nouveau directeur a expulsé les docieurs F. Voisin et Delasiauve comme assassins '. »
Dans les premiers jours de janvier JSOG, Paganel ne put plus quitter le lit, en raison de sa dyspnée et de l'œdème de ses membres inférieurs.
11 conserva cependant le même esprit de controverse, argumentant à propos de tout, parlant avec la même facililé. Il interpréta, dans ces premiers jours, l'arrivée de nouveaux internes dans le service comme il l'avait toujours fait, prétendant qu'on avait expulsé les précédents parce qu'ils s'étaient laissé séduire par ses ennemis, etc.
Trois jours avant sa mort, il tomba dans le coma. Il mourut le 17 janvier 1866 dans le service de M. Berthier.
Autopsie le 19 janvier 1866, faite par M. le docteur A. Voisin, avec MM. Legée et Bax, internes de la deuxième section, et Henry Liouville, interne de la troisième section.
Température intérieure moyenne. — La mori date de trente-six heures. — La roideur cadavérique est assez prononcée. — Les pupilles sont égales, elles sont plus dilatées. — Elles mesurent 0,0035 à 0,004. — L'expression de la face n'indique aucune souffrance exceptionnelle.
L'ablation du crâne, faite par le procédé ordinaire, avec le marteau, n'offre rien de spécial. — Le crâne est normal. — V encéphale, enlevé facilement, pèse 1,305 gr.
Le cerveau paraît extérieurement bien conformé ; sous les méninges, qui semblent épaissies, et entre elles, on dislingue quelques taches opalines. — Sur les bords des hémisphères, nulles taches ecchymotiques. — A la base, les artères sont athéromateuses, surtout \ artère hasilaire, qui est dure, résistante , et qui contient des plaques jaunes un peu solides. — V artère syhienne est également athéromaleuse.
» C'est ainsi qu'il interprète la retraite volontaire de M. F. Voisin et la nomination à la Salpétrière de M. Delasiauve.