‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 89 sur 234 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

tentative d'assassinat, fut examiné le 4 mars 1865 par M. Billod , qui dans son rapport s'exprime ainsi :

L'inculpé est un homme grand, maigre, d'un tempérament sanguin, d'une constitution ordinaire; son visage, injecté, rappelle celui des hommes hahitués aux excès alcooliques; sa physionomie, assez ouverte, est hahiluellement empreinte de douceur et de bienveillance, et ne trahit pas un sensible égarement; toutefois sa chevelure longue et en désordre, ainsi que le négUgé de sa toilette, dénotent un degré d'insouciance qui paraît être le propre de certains aliénés. Il résulte des renseignements qu'il nous fournit luimême avec une lucidité parfaite, qu'il est né à Hlaison le 4 ou 5 mai 1817, c'est-à-dire âgé de quarante-sept ans, qu'il y est domicilié chez son frère , avec lequel il exerce la profession de maréchal ferrant; que marié à vingt-trois ans, il est séparé non judiciairement depuis huit ans de sa femme dont l'inconduite était notoire ; qu'il a un flls aujourd'hui âgé de vingt-trois ans, lequel est cultivateur à Sainl-Remy. A propos de sa femme, B... nous dit qu'il l'avait prise en flagrant délit d'adultère avec le sieur D..., complice de la personne qu'il a frappée , et que telle était son impudeur , qu'elle n'a pas craint de lui dire que son fils n'était pas de lui.

Son père et sa mère sont morts , mais de maladies étrangères à l'aliénation mentale ou à toute autre affection nerveuse. Il avoue, toutefois, avoir eu un cousin germain du côté paternel aliéné et mort à Sain te- Gemmes. Cet aliéné se nommait M..., et aurait été, dit-il, conduit à l'aliénation mentale par les excès alcooliques; une information spécialement faite à l'asile de Sainte -Gemmes nous a permis de vérifier l'exactitude de ces renseignements.

Le frère de l'inculpé , sans être précisément aliéné , ne nous a pas paru être dans un état absolument normal , à en

juger par ce fait, que tout en reconnaissant la folie de son frère, il paraît tenir pour vraies quelques-unes de ses aberrations.

Vu plusieurs fois à travers le judas de la porte, B... nous apparaît toujours avec une manière d'être invariable et qui ne diffère nullement de celle qu'il présente lorsqu'on l'aborde directement.

Le négligé de sa personne se retrouve dans sa cellule. Il s'occupe ù casser des noix. D'après le témoignage des gardiens, il est doux, bienveillant, docile et obéissant. II porte souvent la main à la totc, se plaint toujours d'y souffrir, d'y manquer d'air. Par ce motif, il prie ordinairement de laisser sa cellule ouverte, ajoutant que si on la ferme, le lendemain on le trouvera mort. Il se couche tout habillé; c'est une habitude qui résulte, d'après lui, de son élat de santé. Quand le sang me travaille, dit-il , je suis obligé de me lever, de me promener, et si je n'étais pas habillé, j'aurais froid. A cette observation qu'il en serait qui-tte pour se rhabiller, il répond : Cela me prend trop vite et trop souvent^

Il ne croit avoir aucun ennemi dans la prison, et se loue, au contraire , des procédés de tous les employés. Mais il n'en est pas de même à Blaison, où il se connaît trois ou quatro ennemis qui ne cessent de le persécuter et qui ont juré sa mort. Ils viennent le poursuivre jusqu'à la prison, car il les entend le soir, et il subit souvent la nuit les effets de leur inimitié. C'est à eux, en effet, qu'il attribue ces accidents qu'il éprouve si souvent alors que, dit-il, le sang le travaille et qu'il manque d'air. Ils ont, dit-il, le pouvoir de lui imprimer cà distance des secousses , des commotions violentes contre lesquelles il a de la peine à lutter, et qui le renversent quelquefois.

Il venait d'en éprouver plusieurs coup sur coup, lorsqu'il

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