CHAPITRE CKvQUIÊlIE
s'est jeté sur sa victime. « Si je ne suis pas mort, dit B... , c'est qu'ils n'ont pu y arriver. Du reste, ils me le disent bien en moi-même.
« Ils répètent continuellement qu'ils me feront tuer. Ils me poussent et m'adressent des injures ; ils me poursuivent dans les rues en me traitant de fou et d'imbécile, et en me disant qu'ils me feront casser la g v
B... prétend les sentir à distance. Il ajoute que c'est Deniau qui est à la tète du complot, qu'il agit sur les autres, et en particulier sur Léger , pour les pousser à le tuer. Les uns et les autres l'ont prévenu plusieurs fois. Sa victime même ne lui avait pas dissimulé que si lui, B..., ne prenait pas l'initiative, il serait tué inévitablement; il assure de plus que Léger lui aurait conseillé lui-même de le frapper le premier, s'il tenait à ne pas être assassiné par lui. « Si je n'avais pas fait le coup, dit-il, c'est eux qui l'auraient fait. 1)
L'inculpé convient de quelques excès alcooliques , mais il les justifie par le besoin de se donner des forces pour résister aux violences de ses ennemis et à la brutalité des chevaux excités par eux.
Pour faire apprécier plus complètement l'état mental de B..., nous ne croyons mieux faire que de reproduire ici quelques fragments des conversations que nous avons eues avec lui, et dans lesquelles il s'est révélé de la manière la plus accentuée. Ils témoignent en même temps de la lucidité parfaite, et même de la suite avec laquelle il exprime les aberrations intellectuelles les plus caractéristiques.
D. Oiiels motifs supposez-vous à vos ennemis pour vouloir vous tuer ?
R. C'est par jalousie.
D. Jalousie de quoi ?
7^. De ma force pour les chevaux. Il agit (Deniau) aussi
sur les chevaux pour les faire ruer et pour qu'ils me donnent des coups de pied ; mais il sait que je suis plus fort que lui, et que je peux arrêter quelquefois les chevaux, quand ils s'emportent et quand ils marchent, rien que par ma volonté. Léger, lui, m'en veut parce qu'il sait que je connais ses bassesses sur plusieurs filles qu'il a voulu violer. . . D. L'avez-vous pris sur le fait ?
R. Non, mais je l'ai su. Il aurait voulu que je ne lui en
parle pas. Je le traitais de c
D. Les entendez-vous ici?
R. Oui, mais pas tant qu'à Blaison. Ils étaient toujours sur moi.
D. C'est en vous-même qu'ils disent tout ce que vous leur attribuez ?
R. Oui, monsieur.
D. Croyez-vous qu'ils aient voulu vous empoisonner?
R. Ils me l'ont dit eux-mêmes. Pendant quelque temps j'ai mangé chez eux, et je voyais bien qu'ils f des co-
chonneries dans ce que je mangeais, et ils continuent toujours; la nuit, je les entends sous ma croisée. Ils m'ont fait respirer de mauvaises odeurs , ils me jetaient des cochonneries sur le corps pour me faire tomber. Quand je lui ai donné le coup, à Léger , il venait de jeter le iremhle sur moi pour me faire tomber. Deniau m'en avait fait autant. Si je n'avais pas eu de forces, je n'aurais pas résisté, car à tout moment je les sens me pousser.
D. Vous savez que vous êtes accusé d'un crime, et que vous allez être jugé ?
R. Oui , pour avoir frappé Léger. Si je n'avais pas fait le coup, il me le faisait, il m'en avait prévenu devant sa femme, il m'y avait même autorisé; sa femme aussi me l'avait dit , ajoutant : Il est jaloux de vous à cause de la force des chevaux; si vous ne le tuez pas, il vous tuera.