CHAPITRE CIXQUIÈMK
talions. — Une maniaque convalcscenle continue pondant quinze jonrs après la cessation coniplète du délire, à entendre une voix qui lui j)arle à l'épifjastre. — Dans un cas, la voix, (jui semblait partir de la poitrine, cessait de se faire entendre quand l'aliéné retenait sa respiration. — Un halluciné que j'ai pu observer pendant plusieurs années à Cbarenton croyait avoii" dans le ventre un tœuia qu'il entendait souvent lui parler, en empruntant la voix de son frère. — Une des possédées de Loudun entendait une voix qui partait du pharynx. — • La plupart des somnambules mafjnétiques , d'après A. Bertrand, attribuent les prédictions qu'elles font à une voix qui leur parle à l'épigastre. — On sait que van Helniont a lui-même éprouvé un phénomène du même genre, et qu'il s'est appuyé sur ce fait pour soutenir son système de l'archée épigastrique. «
Une persécutée hypochondriaque observée par Pinel a donné de ce phénomène la description suivante : « C'est, dit-elle, comme si dans mon ventre était placé un ressort auquel tinssent tous les filaments, toutes les fibres de ma poitrine, de mon dos, de mes reins, de mes jambes, et qu'une certaine secousse ferait tout mouvoir à la fois. Le principe de tous mes maux est dans mon ventre ; il est tellement sensible, que peine, douleur, plaisir, en un mot, toute espèce d'affections morales, ont là leur principe. Un simple regard désobligeant me blesse si sensiblement dans cette partie, que toute la machine
212 LE DÉLIRE DES PERSÉCUTIO\iS.
en est ébranlée : au même instant, chaleur dans le dos; sueurs aux aisselles, tremblements, etc. Je pense par le ventre, si je peux m'exprimer ainsi. »
En présence de phénomènes aussi étranges, quelle explication peut-on tenter? M. Oaillarger, quiadécrit avec tant de talent tout ce qui a rapport aux hallucinations, s'exprime ainsi : " Quand nous prononçons mentalement des paroles, ce n'est pas à l'intérieur du crâne, mais bien au pharynx, que ces paroles semblent être prononcées. Nous faisons alors involontairement une sorte d'effort, comme celui qui a lieu lorsqu'on parle à haute voix. Si l'effort est plus grand, ce n'est plus du pharynx , mais de la poitrine et même du ventre, r^ue les paroles paraissent sortir. Il y a alors comme un commencement de ventriloquie sans émission de son, ou avec un son si faible, qu'il n'est perçu que par le malade.
î) Dans un fait observé par M. Lélut, il existait habituellement dans la région épigastrique un sentiment de chaleur et de bien-être qui irradiait dans tout le corps, et quand les révélations avaient lieu , cette chaleur s'accompagnait d'un bien-être plus grand. Il semble, dans quelques cas de mélancolie, que toute la sensibilité soit concentrée à l'épigastre, et les malades rapportent tout à ce point.
» Qu'on suppose dans l'état de rêve , de somnambulisme, d'extase, de catalepsie ou d'hallucination , alors que l'action des sens est suspendue , une pareille concentration de la sensibilité dans la région